A 28 ans Nina Hoss est l’une des actrices de sa génération les plus reconnues en Allemagne : elle a été lancée par son interprétation de la prostituée Rosemarie dans un remake signé Bernd Eichinger de A Girl called Rosemarie. Elle emboîtait ainsi le pas à Nadja Tiller qui avait incarné ce même personnage dans la version originale de 1958. Depuis, elle a autant de succès sur scène que dans des films ambitieux destinés au cinéma ou à la télévision. Elle avait déjà tourné sous la direction de Christian Petzold à l’occasion de Rencontres dangereuses. A ses côtés dans L’Ombre de l’enfant : Benno Fürmann, sous les traits de Philipp, le marchand de voitures insaisissable qui renverse le fils de Laura et prend la fuite.Kirsten Liese (K.L.) : Mademoiselle Hoss, vous êtes issue d’une famille cultivée, large d’esprit. Votre père, Willi Hoss était député des Verts allemands et a fait partie de la présidence du parti. Votre mère, comédienne elle aussi et en tant que telle l’un de vos modèles, a de surcroît milité en faveur des droits de la femme. Est-ce l’une des raisons qui vous font préférer au théâtre comme au cinéma des personnages au caractère bien trempé ?
Nina Hoss (N. H.) : C’est un fait, mes parents sont de fortes personnalités qui m’ont permis de m’épanouir en me laissant beaucoup de liberté. Il est bien possible que ma prédilection pour les femmes de caractère soit liée à ma mère. Mais je pourrais aussi incarner d’autres types de femmes, de charmantes naïves comme en a joué par exemple Marilyn Monroe. Malgré cette naïveté, je leur trouve quelque chose d’infiniment séduisant, j’aime leur intelligence intuitive. J’évite autant que possible les petites poupées pâles et sans intérêt, qui n’ont rien d’autre en tête que de trouver un mec.
K.L. : Pourtant c’est bien ce que voulait la jeune Rosemarie du film de Bernd Eichinger et c’est le rôle qui vous a lancée. Qu’est-ce qui vous a le plus attiré dans ce personnage?
N.H. : D’abord le culot avec lequel elle s’est propulsée vers le haut, elle qui sortait d’un milieu très modeste. Elle ne se laisse approcher que par la crème de la crème, elle roule dans la plus extravagante des voitures, et ça dans les années 50. J’étais fascinée aussi par son refus pathétique de la solitude qui la pousse finalement à se jeter dans les bras d’un homme qui ne l’aime pas. Cet amour malheureux la conduit à la mort.
K.L. : Ensuite, le contact avec Bernd Eichinger s’est relâché.
N.H. : Il n’y a simplement pas eu de suite. Il était plus important de terminer mes études au conservatoire. Je n’ai jamais regretté cette décision. Aujourd’hui, je suis bien contente de pouvoir faire alternativement du théâtre et du cinéma.
K.L. : C’est en travaillant avec Christian Petzold que vous êtes revenue à la télévision. Vous avez tourné avec lui Rencontres dangereuses et L’Ombre de l’enfant. Les personnages féminins de ces deux films sont à première vue fort différents. Ces deux femmes ont-elles aussi des points communs ?
N.H.: J’ai plutôt le sentiment que tous mes personnages ont un lien. Parfois, j’ai presque l’impression que l’un engendre l’autre. Dans Rencontres dangereuses, c’est Leyla qui porte le film. Elle est active, d’emblée elle a le projet de se venger de l’assassin de sa sœur. Laura en revanche, dans L’Ombre de l’enfant, est plutôt passive ; elle subit le destin, la mort de son enfant fauché une voiture, la bouleverse complètement. Je perçois Laura comme un personnage beaucoup plus chancelant, vulnérable, frêle et je me suis donc efforcée de lui donner des traits plus doux qu’à Leyla, qui a quelque chose de très froid.K.L.: L’ombre de l’enfant n’a été présenté à la Berlinale « que » dans la catégorie Panorama, et ce n’est « qu’une » fiction TV, pourtant cette œuvre a l’étoffe d’un film de cinéma.
N.H. : Pour un film de cinéma, il faut prévoir une longue période de préparation à cause du montage financier. Or après Contrôle d’identité, Christian Petzold avait envie de continuer à tourner, et c’est beaucoup plus simple si c’est une fiction. D’ailleurs Rencontres dangereuses comme L’Ombre de l’enfant tiennent du théâtre intimiste. Cela me rappelle beaucoup le cinéma français. L’intrigue est sobre et on parle peu.
K.L.: N’êtes-vous pas parfois piquée par l’envie d’aller à Hollywood ?
N.H.: Non, pas vraiment. Le cinéma européen m’intéresse bien davantage. J’aurais aimé y être du temps de Marlene Dietrich, Greta Garbo ou Ingrid Bergman. Mais aujourd’hui je ne sais pas très bien ce qu’Hollywood représente.
Propos recueillis par Kirsten Liese pour ARTE Magazin, le mensuel allemand des programmes d’ARTE.
- Biographie Nina Hoss
Nina Hoss a débuté sa carrière au théâtre en 1989, et depuis, on a pu la voir au Theater im Westen à Stuttgart, au Staatstheater d’Esslingen et au Deutsches Theater de Berlin. Elle a travaillé avec Heidemarie Rohweder, Knut Koch, Thomas Ostermeier, Amelie Niermeyer, Stefan Otteni et Einar Schleef. Elle a joué dans Minna von Barnhelm de Lessing, dans Don Carlos de Friedrich Schiller - au Deutsches Theater -, dans Verratenes Volk d’après Alfred Döblin et dans la soirée de lieder montée par Franz Wittenbrink au Berliner Ensemble, Zigarren. Actuellement, Nina Hoss est à l’affiche du Deutsches Theater, dans le rôle de la comtesse Orsina d’Emilia Galotti de Lessing, admirablement mis en scène par Michael Thalheimer.La comédienne débute au cinéma en 1995, dans Und keiner weint mir nach, un film d’amour de Joseph Vilsmaier. Bernd Eichinger la remarque et lui donne le premier rôle dans Das Mädchen Rosemarie (1996), remake TV d’un film qui avait connu un grand succès dans les années 1950. Ce rôle lui vaut une Caméra d’or, le prix allemand de la vidéo et un Lion d’or. Récemment, Nina Hoss a été l’interprète de la mystérieuse Leyla dans le film de Christian Petzold, Toter Mann. Dès cet automne, on la retrouvera dans deux productions cinématographiques : Epsteins Nacht d’Urs Egger et le dernier film de Doris Dörries, Nackt, où elle joue le rôle de Charlotte.
- Filmographie (sélection)
2002 Wolfsburg Réalisation : Christian Petzold
2002 Nackt (long métrage) Réalisation : Doris Dörrie
2001 Toter Mann (téléfilm/ZDF) Réalisation : Christian Petzold
2001 Epsteins Nacht (long métrage) Réalisation : Urs Egger
1999 Die Geiseln von Costa Rica (téléfilm/Pro7) Réalisation : Uwe Janson
1998 Der Vulkan (long métrage) Réalisation : Ottokar Runze
1997 Feuerreiter (long métrage) Réalisation : Nina Grosse
1995/96 Das Mädchen Rosemarie (téléfilm/Sat.1) Réalisation : Bernd Eichinger
1995 Und keiner weint mir nach (long métrage) Réalisation : Joseph Vilsmaier






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter