Avant cela, j’avais travaillé dix ans en Allemagne, où j’ai pu tourner des films passionnants. J’ai beaucoup travaillé pour la Radiotélévision bavaroise (Bayerischer Rundfunk) et la ZDF (la deuxième chaîne allemande publique). Et puis j’ai eu un contact avec l’ORF (la chaîne publique autrichienne), qui souhaitait que je revienne tourner en Autriche, me soutenant que le roman d’Alfred Komarek était très différent de tout ce qu’on peut lire comme polars, qu’ils voulaient enfin un film lui aussi très différent de tous ces policiers qu’on voit sur les chaînes germanophones. Evidemment, cela a taquiné ma curiosité…Et c’est effectivement ce que cela a donné.
Nous avons fait le maximum pour qu’il en soit ainsi.
Qu’a-t-il de si particulier ce Simon Polt ? L’idée qu’il suffise de lever le voile sur le petit monde tranquille des viticulteurs autrichiens pour découvrir des horreurs est certainement un aspect, mais il doit bien y avoir autre chose...
Ce qui fascine les gens chez Simon Polt, c’est, je crois, qu’il arrive à trouver le coupable sans poursuites de voitures ni coups de feu ni scènes de bagarre. Il est habité par un sentiment, le sens de la justice, et il sait qu’il doit s’y tenir. Même s’il doit pour cela se mettre ses amis, voire tous son village à dos. Ce qu’il veut savoir, c’est comment les choses se sont réellement passées et je crois que cela plaît. Ce n’est pas un héros au sens classique du terme, c’est un homme tranquille mais tenace, et c’est ainsi qu’il arrive à dévoiler ce qui ressemble à la réalité. Même si dans ces films policiers-là, la vérité est toujours une sorte d’oignon avec des pelures concentriques.Mais ce milieu viticole a lui aussi son importance, les gens voient bien que c’est un personnage singulier.
Bien sûr. Après avoir lu mon premier Polt, j’ai machinalement ouvert une bouteille de vin blanc pour en boire un verre. C’est ce que nous avons essayé de faire passer dans le film. Si la série a si bien réussi, c’est en grande partie aussi grâce à mon chef-opérateur, Fabian Eder, qui a très bien su mettre en images ce milieu. Mais je ne crois pas que ce principe se limite au milieu viticole, celui qui consiste à dire « La vérité est juste derrière la façade ». Il existe bien d’autres régions en Autriche où il en va de même, et en Allemagne aussi, d’après ce que j’ai pu voir.
Ou en France ! Vos films ne sont pas sans rappeler les premiers films de Claude Chabrol, qui aimait placer l’action de ces films en province pour montrer cette façade qui se fissure rapidement.
Tout à fait. C’est exactement ça. Je suis un grand adepte du cinéma français, qui m’a beaucoup marqué. En lisant ce roman, Polt, je me suis dit que je pouvais enfin tourner un film français dans le vignoble autrichien.
La série des quatre policiers diffusée sur ARTE ce mois-ci s’achève sur un inédit, « Nuit au pressoir ». Cette fois-ci, l’inspecteur est campé par le truculent Josef Bierbichler, qui convient à la perfection dans ce cadre. Quel genre d’affaire Polt doit-il tirer au clair cette fois-ci ?Pour une fois, on verra du sang. Une vraie première ! Du sang que l’inspecteur, qui est de la gendarmerie cette fois-ci, a sur les mains. Un homme est retrouvé dans un pressoir. Gelé. Lorsque les hommes mettent le pressoir en marche pour faire du vin de glace, la machine lui brise la nuque. Comment est-il arrivé là ? L’instruction nous emmène de l’autre côté de la frontière. La région viticole de l’Autriche appelée « Weinviertel » est proche de la frontière tchèque, qui était il n’y a pas si longtemps le fameux rideau de fer. Polt se rend donc en République tchèque pour enquêter dans le milieu de la prostitution. En fait, on s’aperçoit par la suite que l’affaire n’a qu’un lien assez vague avec ce milieu, que c’est bien les habitants de cette vallée, le Wiesbachtal (décor du roman et du film), qui ont quelque chose sur la conscience.
N’est-ce pas un peu étonnant et réjouissant à la fois que ce gendarme tranquille et mélancolique arrive si bien à ses fins dans un film policier presque contemplatif ? Vous n’avez pas été surpris ?
Je dis toujours, c’est mon credo, j’en suis convaincu - et dans les chaînes de télévision, on a du mal à me suivre à ce sujet - je crois fermement, et le succès de Polt me donne raison, que les téléspectateurs savent très bien faire la différence entre lenteur et longueur. Polt est un film lent mais qui n’a pas de longueurs. Intéressant comme distinction. J’aime beaucoup la musique de Haindling, je trouve qu’elle convient parfaitement à cette atmosphère. Haindling a-t-il été tout de suite partant ?
Oui, j’avais déjà travaillé avec lui en 1999 pour l’adaptation à l’écran du roman d’Anzengruber « Der Schandfleck » (La tache honteuse). Ce fut un gros succès, et la très belle musique n’y était pas pour rien. Ce film nous a valu le Prix bavarois de la télévision, dont nous avons été très flattés. Après, nous nous sommes demandé ce que nous pourrions encore « commettre » ensemble et c’est là que je lui ai parlé de l’inspecteur Polt. Haindling a été tout feu tout flamme dès le début. En écrivant le scénario, j’écoutais en permanence Les Quatre saisons de Vivaldi, et comme l’action du premier roman se déroule en automne, j’écoutais ce mouvement-là. J’en ai parlé à Haindling, qui m’a proposé de faire une sorte de « Haindling joue Vivaldi ». Car d’emblée, il était prévu de faire quatre films – quatre romans, quatre films, dans quatre saisons, ce qui tombait sous le sens.
Le dernier film de la série, diffusé le 29 mars 2005 sur ARTE, est donc « Nuit au pressoir ». Mais vous n’allez pas vous arrêter en si bon chemin. Quelles sont les prochaines aventures de Simon Polt ?
Pour l’instant, je travaille sur un nouveau personnage, créé lui aussi par Alfred Komarek. Il s’agit de Daniel Käfer. L’histoire se déroule en Autriche dans le Salzkammergut, en Styrie. Une région très différente, mais très belle aussi. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un policier, mais plutôt d’un film-devinette. Mais une fois que Käfer aura trouvé ses marques dans les montagnes du Salzkammergut, Polt retrouvera le chemin du vignoble autrichien, c’est ce que m’a confié Alfred Komarek, mais il ne veut pas en dire plus. Soit parce que lui-même n’en sait pas plus pour l’instant, soit parce qu’il n’a pas envie d’en parler si tôt.
Nous attendons avec impatience les prochaines instructions de l’inspecteur Polt.
Propos recueillis par Thomas Neuhauser (ARTE Deutschland) en mars 2005
Julian Roman Pölsler
Scénariste et réalisateur
Né au pied du mont Kreuzberg dans le Steiermark en Autriche, il fait ses études à l’Ecole de cinéma de Vienne (Wiener Filmakademie), au séminaire Max-Reinhardt et à l’Institut de management culturel.
Pölsler a été l’assistant des réalisateurs Axel Corti et Xaver Schwarzenberger. En 1996, il reçoit le prix Erich-Neuberg pour son film en deux parties coproduit par l’ORF et le BR « Die Fernsehsaga - Eine steirische Fernsehgeschichte » (La saga télé, une histoire de la télé en Styrie). Pour l’adaptation à l’écran (coproduction ORF/BR) du roman d’Anzengruber « Der Schandfleck », il s’est vu décerner en 2000 le Prix de la Télévision bavaroise « Blauer Panter ».
En l’an 2000, Julian Roman Pölsler s’attelle jusqu’en 2003 à l’adaptation des 4 romans policiers d’Alfred Komarek de la série « Polt », dont il signe la réalisation et le scénario.
Julian Roman Pölsler vit et travaille à Vienne et à Munich.






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