Arts du mythe - 07/01/11
Interview du réalisateur Philippe Truffault
Un documentaire c’est rarement la vraie vérité. La caractéristique de cette série c’était de faire la liaison entre des choses un peu similaires mais sans lien direct. La séquence d’ouverture servait à montrer la persistance, enfin le fait que cette coiffure n’est pas uniquement une coiffure rituelle, qu’elle existe toujours. Et c’est une coiffure typique Fang.
Je n’ai pas vu le byéri, je ne suis pas censé voir le byéri. Je ne suis pas initié, et donc je n’ai aucune raison de le voir, ni de brader tous les interdits et de choquer tous ces gens en voulant absolument le voir…donc ce n’est pas facile à filmer. Et on n’a pas filmé de byéri. On n’a filmé que cette tête qui en fait est un panneau de sens interdit, un warning, comme l’explique le vieux monsieur dans le film. Elle sert à dire « attention, c’est sacré en dessous, si vous n’êtes pas initié, partez». Ce n’est pas du tout elle l’objet de dévotion. L’objet important c’est ce qu’il y a dessous, en l’occurrence, les crânes des ancêtres ou de l’ancêtre.
La datation a été faite en cours de tournage. Et ce qui était mystérieux c’était les clous qu’on apercevait à l’intérieur ; et c’est pour ça qu’on a fait un scanner d’ailleurs, mais on n’a pas pu aller tellement plus loin, parce qu’aller plus loin ça voulait dire quasiment la brûler…pour voir ce que c’était que ces clous, il fallait vraiment prendre le risque de la désintégrer. Donc on n’en sait pas tellement plus sur ces mystérieux clous, mais ce sont sans doute simplement les miroirs qui servent d’yeux qui devaient avoir un système pour les maintenir qui a dû être changé en cours de route.
Le bois n’était pas pris à tout hasard comme ça... Et quand vous parlez du bois ekouk, les vertus de ce bois sont d’ordre médicinal, curatif…C’est un bois qui soigne quand même pas mal de choses…
Mais il faut quand même comprendre que cette partie là n’est pas un objet en soi. C’est vraiment la partie d’un ensemble : la boîte, les ossements, tout l’ensemble. Le byéri est une sorte de kit, de tombeau portatif. Les Fang sont un peuple nomade, et ils transportent avec eux les tombeaux portatifs des ancêtres.
Dans ce film là comme dans les autres, y compris ceux qu’a fait Jean-Loïc Portron, on voit 7 ou 8 intervenants à peu près, et en fait il y a le double ou le triple de gens interviewés. En général c’est environ 2 % de ce qu’on a au total. D’autant qu’en général je ne pose pas de questions, je laisse aller un petit peu et puis j’attends que ça vienne. Et puis ça finit par venir. Pour certaines interviews il y a 8 heures de rush. En général les gens disent pleins de choses qui n’apparaîtront pas à l’image. Il faut choisir… ou plus exactement on sacrifie tout le reste…pour ne garder qu’un morceau.
La personne essentielle c’est Gustaaf Verswijver qui est Kayapo, enfin qui belge et qui est devenu Kayapo…et la majeure partie des images a été ramenée par lui, tournée en pays Kayapo. Donc ce sont des images quasiment uniques. Ce que je peux vous dire c’est que sur cette fabrication d’une coiffe Kayapo, qui a été réalisée spécialement pour le film, derrière on entend du Queen, et donc on a dû tricher un petit peu et enlever Queen…parce que théoriquement les bandes sons sont exclusivement des bandes son synchrones, il n’y a pas d’illustration sonore.
Chaque objet est un prétexte à tout ce qui peut s’accrocher à cet objet, que ce soit scientifique ou artistique, que ce soit les passerelles avec les différentes cultures…donc on aurait pu développer bien davantage à chaque fois évidemment.
Ces images sont celles d'un film de télévision mongol du début des années 80, qui raconte la fameuse histoire du chameau qui pleure. Il y a eu une adaptation récente plus polie, plus lissée. Le chameau qui pleure est soigné grâce à la vièle, au chant de la vièle mongole à tête de cheval, le cheval étant un élément primordial de la culture mongole, par la force des choses. C’est très triste. Mais c’est très beau.
Tournage et montage: Dorota Kuzmicka.
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Arts du Mythe
chaque samedi à 20h15
du 1er juillet au 19 août 2006
8 x 26mn
ARTE France, Program 33
et le musée du quai Branly
Edité le : 13-07-06
Dernière mise à jour le : 07-01-11