20/12/05
Interview du ténor argentin Marcelo Alvarez
par Teresa Pieschacón Raphael
Artistes A-K
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- Interview de la soprano Vivica Genaux
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Monsieur Álvarez, il y a à peine quinze ans, vous étiez propriétaire d’une usine de meubles et vous ne saviez chanter que l’hymne argentin. Auriez-vous imaginé devenir un jour chanteur ?
Marcelo Álvarez : Je n’avais pas le moindre contact avec la musique classique. J’avais entendu parler d’un Pavarotti, d’un Domingo, mais je n’aurais jamais penser les écouter. Je suis né à Córdoba. Enfant, je prenais des cours de musique mais à dix-sept ans, je préférais le sport. J’ai ensuite commencé à étudier l’économie d’entreprise et j’avais l’impression que la musique était bien loin de ma vie.
Comment en êtes-vous arrivé au chant ?
A trente ans, j’ai un jour demandé à ma femme, qui était alors ma fiancée, si je ne devrais pas devenir chanteur d’opéra. Un ténor célèbre était de passage à Córdoba et faisait passer des auditions. Elle m’a encouragé à m’y rendre et j’ai suivi son conseil. Une fois arrivé, le ténor voulait que je chante une aria d’opéra mais comme je n’en connaissais pas, je lui ai chanté l’hymne national.
Vous l’aviez appris à l’école ?
Oui, bien sûr. Il m’a dit, tu as une bonne voix, mais Córdoba est à huit cents kilomètres de Buenos Aires, la seule ville ayant un grand opéra. L’idée de quitter une usine qui tournait bien pour me consacrer au chant me semblait étrange. J’avais peur, l’impression d’être trop vieux. Mes parents non plus n’étaient pas d’accord du tout. Ils me disaient que j’étais fou de me lancer dans un tel projet à mon âge. Mais ma femme m’a soutenu, elle m’a aidé financièrement.
Pourtant les femmes veulent toujours que leur mari aient une situation stable...
Elle tenait avant tout à ce que j’ai quelque chose à moi. L’usine appartenait en fait aussi à la famille. Elle a plus cru en moi que moi-même.
Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre vie ?
J’ai découvert ma vocation, voilà longtemps que les études ne m’intéressaient plus, je cherchais constamment des excuses pour ne pas les terminer. Dans le chant, je me suis investi à 100%, j’aime vraiment cela. Aujourd’hui, je sais ce qui me plaît, ce qui me va bien. En mon for intérieur, je suis devenu beaucoup plus calme.
Vous gravitez maintenant dans des cercles différents...
Ce sont bien entendu des univers différents. Mais ma devise a toujours été d’avoir les mêmes amis au début et à la fin de ma carrière d’artiste. Dans les moments de réussite, on oublie parfois les autres. Mais récemment, j’étais en Argentine, et mes frères et sœurs et mes amis m’ont bien fait sentir que j’étais resté le même Marcelo. Si je veux être vraiment grand, c’est sur scène que je dois le prouver. En dehors, je n’ai pas à me donner de grands airs.
Vos études en économie d’entreprise vous ont-elles aidé dans votre carrière de chanteur ?
Dans mon métier, l’argent peut arriver très vite. Dans le même temps, il y a certaines choses à payer. Si l’on ne maîtrise pas les chiffres, on a tendance à beaucoup dépenser et on se retrouve sans le sou une fois les impôts payés. Je tiens moi-même ma comptabilité, j’ai tout enregistré dans mon ordinateur. J’investis. Je ne suis pas bohème.
Y a-t-il une différence entre vendre des meubles et chanter une aria ?
(rires) Je me rappelle encore quand on nous livrait les troncs d’arbre par camion, nous les détachions et les travaillions afin de pouvoir en faire un meuble. C’est la même chose avec un morceau de musique. A la différence près que, à l’usine, j’avais des employés pour m’aider, et aujourd’hui, je dois me débrouiller tout seul. (rires) Tout dépend de moi.
Actuellement, les ténors d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale sont très en vogue. José Cura et vous venez d’Argentine, Ramón Vargas, du Mexique. Comment expliquez-vous ce succès ?
Un élément joue en notre faveur. Nous avons appris l’ancienne technique de chant, qui a été bien trop perfectionnée en Europe. Il est important de chanter des notes magnifiques, mais ce qui est véritablement déterminant, le cœur, l’âme, a été négligé.
Rapidement, on a voulu vous faire faire un album de tango. C’est un peu comme si on proposait à Fischer-Dieskau d’enregistrer un disque de musique folklorique bavaroise…
Au départ, je ne voulais pas faire ce disque de tango. Chez nous, c’est une musique pour les personnes âgées. Nous le trouvons ennuyeux, sentimental, larmoyant. Ce n’est qu’à la troisième offre que j’ai accepté. Je l’ai enregistré à ma manière, non pas larmoyante, mais pleine d’émotion.
Vous appréciez beaucoup le public allemand...
C’est le premier public qui m’a donné de la force. J’ai chanté à Hambourg en 1996. Le public me parlait dans la rue, comme à Baden Baden ou à Berlin. Les Anglais aussi se sont montrés très accueillants. Les Italiens sont différents. Ils pensent que la réussite d’un chanteur est due uniquement à la chance. Ils n’y prennent pas plaisir.
Tout l’inverse du public allemand, qui, lui prend plaisir. En tant qu’Argentin, je n’aurais jamais cru trouver une telle latinité en Allemagne. Les Italiens m’avaient un jour dit : « essaie de trouver un public qui t’applaudira comme le nôtre. » Mais le public allemand, c’est tout autre chose !
Edité le : 20-12-05
Dernière mise à jour le : 20-12-05