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16/12/05

Interview du violiniste russe Wadim Repin

par Teresa Pieschacón


Monsieur Repin, si on vous proposait un Stradivarius et une Maserati, quel serait votre choix ?
(Rire) .... Les deux !... Non, ce serait quand même le Stradivarius ! Priorité au violon !

Pourriez vous imaginer vivre d’autre chose que de la musique ?
Je n’ai encore rien essayé d’autre…

Même pas comme coureur automobile ? Vous qui aimez tant les voitures de sport…
(Rire) … Peut-être…

Avez-vous jamais constaté des points communs entre votre violon, un Stradivarius ‘Ruby’ de 1708, joué jadis par Sarasate, et votre voiture ?
Ah oui ! Un bon violon a une âme, tout comme une bonne voiture. Surtout les bolides italiens. Pour les nouveautés, les Italiens sont de vrais pionniers, surtout pour l’automobile. Ils inventent quelque chose et le réalisent aussitôt. Les Allemands commencent par faire des tests pendant cinq ans et ce n’est qu’une fois que la sécurité est garantie à 150 % qu’ils lancent la fabrication en série. Les voitures allemandes sont très sûres…

A vous entendre, j’ai l’impression que vous ne roulez pas en Mercedes ?
En effet, ma voiture est d’une autre marque.

Et vous roulez vite, très vite ?
Ah oui ! J’adore ça ! Les autoroutes allemandes sont rectilignes et il n’y a pas de limitation de vitesse, alors que dans les autres pays… (soupir…)

A quelle vitesse roulez-vous, 200, 250 kilomètres à l’heure ?
Plus que ça, au moins à 300 !

Avez-vous déjà eu un retrait de permis ?
Bien sûr, plusieurs fois… Les policiers étaient à mes trousses, une course-poursuite comme au cinéma.

Avez-vous aussi fait le fameux « test de l’élan » ? (rem. du trad. : test qui a failli être commercialement fatal à la classe A d’une marque allemande de voitures de luxe et qui consiste à éviter un obstacle soudain)
Bien entendu ! C’est la première chose que j’ai essayée, mais ma voiture à moi ne s’est pas renversée.

Y a-t-il aussi un « test de l’élan » pour les violonistes ?
Il y a par exemple le concerto pour violon de Beethoven. C’est une œuvre très longue et c’est l’enfer pour l’intonation. Mais pour ce qui est de la vitesse, je me suis un peu assagi. Il m’arrive maintenant de préférer lire, au lieu de rouler en voiture. A Monaco, où je séjourne parfois, les paysages sont très beaux, et quand j’ai le temps, je prends la voiture pour faire des balades sur les petites routes de montagne.

Est-ce que Monaco est devenue votre seconde patrie ?
Non, pas vraiment. Je suis encore à la recherche de la ville dans laquelle je voudrais m’installer. Actuellement, je me sens très bien à Londres. Mais je ne sais pas où est vraiment ma place.

Et votre ville natale, Novosibirsk?
Novosibirsk est loin. J’y ai passé 17 ans. Ma mère était infirmière et lorsque j’ai commencé à donner des concerts, elle m’accompagnait dans mes déplacements. Mon père était ce que l’on appellerait aujourd’hui un peintre et graphiste. A l’époque du communisme, on lui demandait souvent de dessiner des affiches de propagande pour certaines grandes fêtes du Parti. Maintenant, il peint plutôt à l’huile, comme un véritable artiste, et il peint ce qu’il ressent vraiment. Maintenant, c’est un vrai artiste-peintre.

Etes-vous fils unique ?
Oui et j’ai toujours voulu apprendre la musique, dès l’âge de 3 ans. A 5 ans, on m’a inscrit à l’école de musique et la classe de violon était la seule dans laquelle il restait une place. Au bout de six mois, j’ai donné mes premiers concerts. Plus tard, j’ai rejoint Zakhar Bron, avec qui je suis allé à Lübeck en 1989, lorsqu’on lui a proposé là-bas un poste de professeur invité. En matière de violon, il est mon « père ». Nous avons beaucoup voyagé et joué ensemble.

Il a encouragé votre talent et votre virtuosité…
Oui, il y tenait beaucoup. La technique en rapport avec la musicalité, bien sûr. En outre, il nous a bien fait comprendre que nous devions toujours nous demander pour quelle raison et dans quel but nous répétions. Il organisait toujours de petits concerts pour ses élèves parce qu’il ne voulait pas que nous restions seuls à la maison, à répéter dans le vide.

Un jour, vous avez dit que si on étudie un instrument en Russie, c’est pour s’épanouir, alors qu’en occident, on se demande plutôt comment en vivre et si on ne ferait pas mieux de faire du droit…
C’est vrai pour la Russie d’autrefois. Je ne sais pas si c’est encore valable maintenant. La musique, c’était une vocation que l’on traitait avec énormément de respect, sans penser à l’argent qu’elle allait peut-être nous rapporter.

Ce qui confirmerait la fameuse théorie selon laquelle le capitalisme rend matérialiste…
Non, pas forcément. Maintenant, la situation en Russie s’est améliorée. Le principe du sponsoring s’impose de plus en plus et il y a plus de liberté. Avant, il n’y avait qu’une seule grande agence – à Moscou – qui s’occupait de tout et de tous. Et la corruption y régnait en maître. Si on proposait par exemple un engagement à un certain monsieur X et que la personne qui avait le pouvoir de décision venait de recevoir un petit cadeau de monsieur Y, eh bien c’est ce dernier qui décrochait le contrat. Personne ne savait ce qui se passait vraiment, le piston était primordial. Pour nous, c’est Zakhar Bron qui se chargeait de tout.

Est-ce que la vie de vos parents en Russie a beaucoup changé ?
Non, pas tellement. Sur le plan financier, c’est difficile, mais je suis là pour les aider. Les amitiés sont toujours les mêmes. Bien sûr, ma famille me manque, alors que mes amis, je les rencontre à New York ou à Paris, à Londres, maintenant. Et pourtant… Novosibirsk, c’est une autre planète. On n’y pense qu’au présent. C’est aujourd’hui qui compte, et demain est un autre jour. Peut-être profite-t-on plus de la vie, là-bas…


Propos recueillis par Teresa Pieschacón Raphael

Edité le : 16-12-05
Dernière mise à jour le : 16-12-05