Taille du texte: + -
Accueil > Echappées culturelles > Cultures Electroniques > Ars Electronica 2006 > Invisible suspect

Cultures Electroniques

elektra exit 2010 trabsmediale Sk-interfaces Orlan Shift Nancy Happy Cube Day Ars Stelarc Stimuline 3Dkids varusschlacht Elektra dorkbot paris douglas repetto (...)

Cultures Electroniques

Un texte de Véronique Godé - 02/09/08

Invisible suspect

“Le corps humain serait-il une onde solitaire en attente d’un éclair ?” posait Charles Halary, comme introduction de l’exposition. Solitaire ? pas sûr. Toujours est-il que le corps est ce que nous avons de commun. En 1993, un rapport de l’OMS avait enregistré des fréquences de l’ordre de 300 gigahertz, inhérentes au champ électromagnétique naturel du corps humain. “Ces mesures se situent au beau milieu mais aussi au-delà des gammes de fréquences émises par la radio diffusion, les satellites, les mobiles, l’UMTS, précise Maxence Layet.” C’est dire si ça vibre à l’intérieur !

Avec Homewrecker, Paulette Phillips illustre cette idée de force attractive ou de répulsion qui nous anime. S’inspirant d’un effet spécial utilisé par Hitchcock (quand les cheveux de l’actrice se dressent sur la tête) l’œuvre évoque le thème du désir. Elle fait allusion à cette perception de l’électricité répandue au XIX siècle, associée aux phénomènes parapsychologiques comme la télépathie ou l’hypnose. Camera Exercises, la vidéo de Simone Jones fait justement référence à la lévitation, cette force aussi invisible que l’électromagnétisme, et qui défie la gravité terrestre.

Alors que Norman T.White avec Abacus (1974) produit un semblant de vie autonome à partir de quatre oscillateurs déphasés et de tubes lumineux en déplacement aléatoire, Jean-Pierre Aubé, avec Spying the electromagnetic work force, nous donne à entendre par le biais de récepteurs TBF (très basses fréquences) le rayonnement émis par les appareillages électriques qui nous entourent.

Si la philosophie orientale a toujours pris en compte l’énergie, le Qi des objets ou de la nature environnante, ces considérations sont en occident bien souvent reléguées au rayon ésotérique. Pas d’exception pour le livre de Maxence Layet (qu’on trouve aussi en médecine douce) mais qu’il serait pourtant plus juste de chercher sous l’étiquette « scientifique » : depuis les expériences d’Harold Saxon Burr entre 1935 et 1972, on sait mesurer ce qu’il a baptisé « L-field », « le champ vital » et dont les différences de voltage se révèlent très efficaces dans le dépistage de maladies telles que le cancer.
Il n’y a rien d’ésotérique là-dedans !

Et pour capter les émanations lumineuses des champs électromagnétiques qui entourent le corps Marie-Jeanne Musiol recourt à la photographie.
Dans les sous-sols obscurs de la MEP, son installation Bodies Light reproduit l’effet Kirlian de tout un herbier fraîchement collecté. Du nom de l’électricien russe qui en 1939 (re)découvrit un effet révélé par Tesla en 1893, la photographie Kirlian consiste à prendre en sandwich une plaque photo par deux plaques de métal électrifiées. Une décharge d’électricité statique se produit alors sur le corps photographié ; ici une feuille d’arbre. Un courant à haute fréquence court à sa surface sans pouvoir y pénétrer, électrifiant l’air qui l’entoure. Cette décharge gazeuse invisible à l’oeil nu impressionne alors la pellicule avant de se dissiper.
Ce halo qui comme des milliers de petits cristaux suit les contours de feuille est « visible » pendant près de 48 heures parfois d’avantage après la cueillette, observe l’artiste.
Les boîtes lumineuses de Marie-Jeanne-Musiol révèlent ainsi l’énergie naturelle du monde vivant comme s’il s’agissait d’une illumination cosmique.

Comme une onde partie du Québec l’exposition Corps électromagnétiques résonna au ZKM, (Karlsruhe, Allemagne) au Conde Duque Medialb de Madrid, au V2-&Tent de Rotterdam et au Ludvig Museum de Budapest. Et pour en boucler l’édition parisienne, Jean-luc Soret (le commissaire d’@rt outsiders) souhaitait rendre hommage à Lowry Burgess pionnier américain de l’art spatial. « Issu d’un procédé complexe, qui déconstruit un signal et reconstruit une image en se servant de l’électromagnétisme Moon Bounce (1987), n’est autre qu’un hologramme qui comporte physiquement la topographie lunaire, dit-il. Un objet assez "low-tech" et poétique finalement lancé comme une bouteille à la mer et dont on n’est pas sûr de l’arrivée ».

Sachez que cette image toute simple est le fruit d’une vidéo transcodée en sons émis vers la lune. Le concentré sonore réfléchis à la surface de la lune vers la terre a été capturé par le radiotéléscope Haystack avant d’être à nouveau transformé en image par synthèse informatique et transféré en hologramme. La vidéo originale étant celle du déverssement des eaux terrestres purifiées de plusieurs grands fleuves du monde dans Diamond Spring aux USA !

Pas facile d’anticiper la perception d’un signal, et encore moins son effet « feed-black ». Il en est de même pour cette exposition dont l’aura de Tesla, sa perception du monde et le fruit de ses recherches questionnent inlassablement depuis cent ans notre rapport au vivant.

  • La suite
>> Une longueur d’onde d’avance
>> Question des TIC
>> Quelle immunité ?
>> Invisible suspect

>> Questions à Charles Halary

  • Le festival
Festival @rt outsiders
Corps électromagnétiques
jusqu’au 15 octobre 2006
Maison Européenne de la photographie - Paris
>> Le site officiel
....................................................
Cultures Electroniques
Octobre 2006
par Véronique Godé
...................................................

Edité le : 06-10-06
Dernière mise à jour le : 02-09-08