Toutes nos interviews vidéos de l'actrice
Ces mots de Patrice Chéreau à double tranchant résonnent d’une drôle de façon. Ils parlent d’une actrice virtuose mais secrète, à l’ambition dévorante, courageuse et tenace, intellectuelle mais instinctive. On pense à l’ « Eve » de Mankiewicz incarnée par Bette Davis… Un monstre sacré. Et sacrée, Isabelle Huppert l’a été jusqu’à l’excès : 13 nominations aux Césars, un gagné (pour « La Cérémonie » de Chabrol), deux coupes Volpi à Venise, 16 films en compétition officielle au Festival de Cannes assortis de deux prix d’interprétation (pour « Violette Nozières » en 1978 et « La Pianiste » de Mickael Haneke en 2001). Depuis ses débuts en 1971, sa filmographie comprend presque 80 films et une pléiade impressionnante (et surtout magnifiquement éclectique) de cinéastes : Jacques Doillon, Hal Hartley, Werner Schroeter, Benoît Jacquot, Raoul Ruiz, Olivier Dahan, Jerzy Skolimowski, Claire Denis, Rithy Panh, les frères Taviani, Andrzej Wajda, Michel Deville, Bertrand Tavernier, Joseph Losey, Bertrand Blier, Marco Ferreri, Christine Pascal…
Mais s’il fallait retenir six films qui ont marqué sa carrière, ce serait peut-être ceux-là… :
La dentellière (1977) de Claude Goretta
Violette Nozière (1978) de Claude Chabrol
Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard (1980)
Loulou de Maurice Pialat (1980)
La Porte du paradis de Michael Cimino (1980)
La Pianiste de Michael Haneke (2001)
En 2005, un livre sort, « La Femme aux portraits », succédant à des expositions à New York et à Paris. Il révèle son goût impeccable pour la photographie : pendant trente ans au gré des commandes ou des rencontres, I’actrice s’est fait tirer le portrait par les plus grands photographes (Boubat, Cartier-Bresson, Jacques Henri Lartigue, Richard Avedon, Robert Doisneau, Helmut Newton ou Nan Goldin). Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Une expérience artistique ? Un luxe inouï ? Le besoin de rendre hommage à soi même ou à des artistes ? Le rapport à la caméra des actrices est forcément troublant, comme une histoire d’amour assez tordue. Miroir ou fenêtre, l’objectif rend malgré tout exhibitionniste même si, dans le cas d’Isabelle Huppert, le visage garde toujours son mystère. Même dans ses rôles les plus dépouillés, « ingrats », son jeu révèle toujours une ultime coquetterie, un rien, un regard, une intonation, plus exactement une tentative de séduction qui fonctionne ou qui dérange selon.
Quand un journaliste demande en 2000 à Claude Chabrol, qui l’a fait jouer dans sept de ses films, à quel instrument de musique il comparerait Isabelle Huppert, il répond : « Ce n'est pas un violon, ni un violoncelle. C'est plus subtil. C'est un bel alto. C'est un Stradivarius ! Moins elle en fait, plus elle en fait dans le moins, en quelque sorte. Elle réussit à faire passer les choses avec un bout d'intonation maintenant. C'est très agréable, parce que moi je rame derrière elle pour essayer d'en faire le moins possible aussi… Il y a des films où on est obligé d'égorger douze personnes pour obtenir un cri d'horreur. Là, on peut peut-être obtenir un cri d'horreur avec presque rien. » (1)
Au final certains l’adorent, d’autres la détestent, mais tous tombent d’accord sur son immense talent d’actrice. Sublime à l’écran, elle apparaît parfois au théâtre en égérie du metteur en scène Bob Wilson qui la voit en Merteuil glamour et glacée dans « Quartett » de Heiner Müller en 2006 ou en androgyne à la Garbo dans « Orlando » de Virginia Woolf en 1993. Et personne n’a oublié sa performance incroyable dans le « 4.48 Psychose » de Sarah Kane en 2002.
Membre du jury à Cannes en 1984, elle a été désignée Présidente du jury cette année. À voir le contrôle implacable qu’elle exerce sur son image ou sur la moindre de ses interviews (elle demande à les relire systématiquement avant publication, même pour Le Monde !), on imagine à peine les débats qui vont suivre les projections des films en compétition. Brillante et terriblement exigeante, elle va peut- être faire pencher la balance vers des films ou des cinéastes sans concession.
Car cette actrice intellectuelle est attirée par l’extrême, les personnages complexes, sulfureux, intenses, et peut-être par le défi. Elle a un certain goût de la provocation et semble repousser ses limites d’année en année…
Ses rôles les plus « hardcore » :
- dans « La Pianiste » d’Haneke, elle joue Erika Kohut, une artiste frustrée, voyeuriste, qui s’auto-mutile et vit une relation perverse avec un de ses élèves (Benoît Magimel),
- dans « I Love Huckabees » de David O. Russell , elle se fait sodomiser dans un bain de boue,
- dans « Ma Mère » de Christophe Honoré d’après Bataille, elle joue une femme qui initie son fils (Louis Garrel)) à la débauche… et au maniement du scalpel,
- dans « Gabrielle » de Patrice Chéreau, elle se dévoile nue à son mari (Pascal Greggory)
- et enfin dans « Une affaire de femme » de Chabrol en 1988, son personnage, une faiseuse d’ange, lance avant son exécution : « Je vous salue Marie, pleine de merde. Le fruit de vos entrailles est pourri. »
Le qualificatif « intrépide » employé par Chéreau prend toute sa mesure au regard de ces performances…
Pas beaucoup de comédies au final mais, apparemment, il ne faudrait pas se fier à la solennité imposante de sa filmographie pour juger de sa personnalité. Isabelle Huppert n’est peut-être pas dénuée d’humour. Le mot de la fin revient donc au cinéaste qui la connaît le mieux, Claude Chabrol, (dans « Première ») :
« Première : Quels rapports entretenez-vous avec Isabelle Huppert, actrice chabrolienne par excellence?
Claude Chabrol : On rigole. Quand je lui demande de grimper aux rideaux, elle y grimpe. [Il s’écroule de rire.] Moi, j’évite de prendre des comédiens auxquels il convient de rappeler que leur grand-père était menuisier pour qu’ils puissent ouvrir une porte. [Nouveau rire.] Non, mais il y en a des comme ça: «Quelle est ma motivation?» – [Il prend une grosse voix.] Ton chèque.»
(1) voir l'interview de Claude Chabrol
VIDEOS
A VOIR EGALEMENT :
Toutes nos interviews vidéos de l'actrice
- Sauve qui peut (la vie) de Jean –Luc Godard
- La Porte du Paradis de Michael Cimino
- La Pianiste de Mickael Haneke
- Madame Bovary de Claude Chabrol (crise de nerfs)
- I Heart Huckabees de David O. Russell
BONUS :
>> Son hagiographie « officielle » sur Wikipedia
>> Isabelle Huppert Vintage en 1976: « Mais qu’est-ce que vous en savez ? »
>> Beau portrait d'Isabelle Huppert par Céline Laflute







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