... pas l’ordinateur ou le jeu en tant que tel, du moins au départ. Car l’addiction des jeunes suppose une prédisposition psychique souvent induite par leur lien excessif à la mère. Les sujets les plus vulnérables sont des jeunes hommes d’une intelligence supérieure à la moyenne, plutôt introvertis, au Moi peu affirmé et aux tendances dépressives.
Pour les jeunes ayant de telles dispositions, ce sont surtout les jeux de rôle en ligne qui présentent un risque. Les jeunes qui jouent en réseau pratiquement nuit et jour communiquent entre eux par le biais de leurs « guildes ». Cette combinaison entre le temps passé devant la console et le mode de communication est un comportement à haut risque. En revanche, les jeux de tir subjectif dont l’éthique est certes assez discutable ne provoquent en général pas de dépendance.
Signal d’alarme
Il n’existe (heureusement) pas de critères pour définir ce type de dépendance, mais pourtant l’on observe quelques mécanismes qui se produisent indépendamment de la durée du jeu. Le premier signal se manifeste de manière insidieuse : les amis « réels » du joueur prennent leurs distances et sont remplacés par les amis qu’il se fait sur la Toile. Quand des jeunes qui étaient très proches de leurs parents ont subitement du mal à se concentrer, à rester assis tranquillement, quand ils retournent très vite dans leur bulle autiste, il est grand temps de surveiller de près leur consommation de jeux sur ordinateur. S’ils restent collés à l’écran jusque tard dans la nuit et y reviennent le lendemain matin avant de partir à l’école, il serait bon de prendre conseil. L’étape suivante est celle de la négligence corporelle. Si l’on constate que le jeune n’attache plus aucune importance à sa tenue vestimentaire, qu’il ne se nourrit plus que d’aliments transformés qu’il n’a pas besoin de mâcher, cela traduit en fait une négation de son corps, à l’instar des jeunes filles qui souffrent d’anorexie ou de boulimie. Face à un enfant en situation d’échec scolaire et dont l’état physique se détériore, il est temps de tirer la sonnette d’alarme et de faire appel à un professionnel.
« Il est toujours préférable de jouer sur l’ordinateur que de rester scotché devant la télé »
C’est vrai en principe parce que la télévision a un caractère régressif, qu’elle finit par rendre apathique et obèse ; en revanche, elle n’engendre pas une dépendance aussi forte que les jeux vidéo. Il ne faut pas oublier, malgré ces risques, que l’ordinateur avec toute sa technologie, ses synchronisations multiples, ses images de synthèse complexes, les scènes d’action virtuelles, tout cela est devenu indissociable de notre culture. Dans ce domaine, les pédagogues ne peuvent ni interdire ni influencer. Les enfants jouent de toute façon sur l’ordinateur mais il faudrait qu’ils le fassent à bon escient, et de préférence avec des jeux adaptés qui n’ont pas toujours besoin d’être « éducatifs ». Il serait bon que les parents comprennent qu’ils doivent laisser leurs enfants se plonger jusqu’à un certain point dans ces fascinants paysages virtuels, vivre cette aventure. Mais la vigilance reste de mise et il faut qu’ils réagissent dès qu’ils remarquent les changements de comportements évoqués plus haut.
Les jeux de rôle en ligne aident à mieux communiquer
Non, ces jeux ne favorisent pas la communication sociale, bien au contraire. On pourrait dire qu’ils poussent les jeunes dans un isolement narcissique. En effet, ces derniers ne communiquent pas entre eux dans un dialogue de « je » et « toi », ils ne se regardent pas en face, ils ne sont pas jugés et ne portent pas de jugement. En revanche, ils s’investissent avec leur sensibilité propre dans les chats ou les jeux pour réagir au caractère fictif de leur interlocuteur. Dans les jeux vidéo, on assiste à la fusion de deux fantasmes : les personnages des jeux de rôle sont tout-puissants, semblables à des divinités. Le plaisir généré est hautement narcissique, et c’est précisément ce qui donne tout son intensité au jeu.
Les accros aux jeux de tir subjectif risquent-ils de devenir des tueurs fous ?
Il n’existe bien sûr pas de causalité directe entre ces deux stades. On observe pourtant des passerelles. Le narcissisme et l’impression de toute-puissance ressentie dans les jeux de rôle – « je me dresse avec mon Moi suggestif contre le reste du monde, je ne veux rien savoir du monde parce qu’il dérange mes velléités d’omnipotence » – est évidemment une caractéristique du psychisme d’un forcené en puissance. Lorsqu’un jeune ayant de telles dispositions traverse une crise, il peut réagir en se réfugiant dans un déni de la vie. Chaque fantasme narcissique masque un profond manque d’estime de soi. Si un jeune croit qu’il n’est pas digne de vivre, il peut également penser que ce monde ne vaut pas la peine qu’on y vive. Il va donc détruire sa vie et le monde en provoquant un désastre universel, scénario au cœur d’un grand nombre de jeux vidéo.
Dans ce monde virtuel, les enfants sont en quête des …
… choses élémentaires qui leur manquent aujourd’hui. Comme la forêt où leurs pères et grands-pères pouvaient se bagarrer, ce qui leur faisait prendre conscience de leur corps. L’activité physique est un bon remède pour étouffer dans l’œuf les formes narcissiques de la dépendance. Ce qui fait également défaut, c’est la dimension magique et mystique du Réel qui fait travailler leur imagination, comme celle de la génération de leurs pères. Aujourd’hui, la maternelle et l’école les « dressent » pour qu’ils aient un comportement purement rationnel. Alors, dans un effort d’y échapper, ils s’immergent dans la technologie, dans les motifs et dans l’esthétique des jeux vidéo, pour retrouver cette dimension fantastique mais aussi le rapport avec la vie en communauté qui devient de plus en plus rare.
La prophylaxie…
…commence le jour de la naissance, voire même quelques semaines avant. Plus le lien à la mère est intense, plus l’enfant prendra plaisir à découvrir le monde avec son père, et moins il courra le risque de développer une dépendance. Les jeux vidéo exacerbent le besoin de rêverie des enfants, ils stimulent leurs tendances narcissiques innées qui les poussent à imposer leur dictat et à vouloir être le maître du monde. Seule une force élémentaire, humaine, peut contrer ces pulsions, à savoir l’amour que l’enfant éprouve pour Maman et Papa, les deux personnages qui dominent la petite enfance. Un enfant à la personnalité stable jouera peut-être trop longtemps mais ne deviendra jamais accro. Les enfants se laissent happer par les univers virtuels parce qu’ils ne veulent rien savoir de la réalité qui leur paraît complexe et menaçante. Il faut comprendre cela avant de chercher des recettes pour lutter contre la dépendance. En tous cas, les bons conseils ne sont pas d’une grande utilité en la matière.







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