Un film de Ken Loach
(2007, Grande-Bretagne, 1h33)
Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek...
Un DVD DiaphanaSynopsis : Angie (Kierston Wareing), la trentaine, n’en peut plus d’enchaîner les jobs épisodiques, entre sexisme et précarité. Avec son amie Rose (Juliet Ellis), elle monte sa propre boîte en reprenant à son compte l’expérience dont elle a gratifié les nombreux cabinets de recrutement où elle a travaillé. A Londres, les mesures d’embauche dans le secteur primaire peuvent se révéler particulièrement souples, surtout quand on sollicite de la main d’œuvre venue des pays de l’Est, prête à beaucoup de sacrifices et d’autant mieux corvéable. Du travail, il y en a, et il faut le prendre à n’importe quel prix, c’est-à-dire parfois sans aucune rémunération avérée. Angie et Rose se disent qu’elles assainiront leurs finances et leurs méthodes une fois à l’équilibre, mais les coups durs et la réalité du monde libéral forgent plutôt leur individualisme.
Critique : A 70 ans, Ken Loach a gagné en punch ce qu’il a affiné en sentimentalisme édifiant, tout en évitant comme au premier jour l’écueil du cynisme. En d’autres termes, il boxe d’égal à égal avec le monde véloce, sec et contemporain qu’il décrit pour ce retour en plein cœur des infrastructures londoniennes et périphériques : zones industrielles, paysages manufacturés… où d’autre que dans cette ville emblématique ? On y sent le plaisir de la mise en scène, au détour des moments eux mêmes énergiques. Lorsque Angie et Rose créent leur petite société, la séquence est montée à la manière des vrais films d’entreprise enthousiastes et publicitaires. Dès le moment où Angie bâtit un mur entre sa famille et ses employés afin d’éviter de se poser trop de questions, Loach nous la montre se divertir d’une série B d’épouvante en compagnie de son fils, et apprécier passivement le spectacle d’un loup-garou décidé à s’introduire à l’intérieur d’un logis, tandis que les résidents repoussent l’assaut avec force lancés de grenades pour contenir la bête à l’extérieur. Nul parallèle n’est imposé entre la créature monstrueuse, poilue et bruyante, et le célèbre plombier polonais dont l’immixtion donne des sueurs froides à l’Europe, mais dans une France où le modèle économique des années Blair continue d’être cité unilatéralement en exemple, cet interlude énorme est relativement savoureux.
Petit soldat de la mondialisation, Angie est incarnée par Kierston Wareing, qui fait montre d’un bagout équivalent à celui de la comédienne Carol White, fille perdue de « Pas de larme pour Joy », le premier film de Ken Loach pour le grand écran. Elle est essentielle au récit de par sa position médiane dans la chaîne commerciale, qui est source de contradictions évidentes. Ni au sommet avec les décideurs, ni dans les tréfonds avec les soutiers, elle est l’un de ces intermédiaires persuadés de n’avoir pas inventé la puissante machine et de n’en constituer que l’un des maillons. Elle est plus identifiable aux yeux du public de Ken Loach que les agents d’entretiens mexicains, sans aucun pouvoir et révoltés quasiment pour l’exemple, d’un de ses films plus anciens, « Bread and Roses », où le cinéaste soustrayait le réalisme en faveur de l’idéalisme militant pour un résultat beaucoup moins fort. Grâce à Angie la batailleuse, un peu vulgaire, parfois déplaisante, Loach privilégie une mise en situation efficace qu’il serait dommage d’assimiler à de la complaisance. Fort d’une énergie de mieux en mieux employée, il saisit les paysages industriels britanniques avec un engagement équivalent à sa peinture des reliefs verts et irlandais (« Le Vent se lève »). Il restitue surtout à ces extérieurs, apocalyptiques sous le règne tatchérien, puis en vogue avec le revival post-punk, leur laideur conventionnelle. Une uniformité traversée à l’écran par les actions et les mouvements incessants, ceux des acteurs d’un monde qui se hâte, quand bien même il ne sait vers où.
Julien WelterCompléments :- Film commenté par Ken Loach-
Scènes coupées- Débat politique autour du film avec Lionel Jospin- Filmographie- Bandes-annonces
It’s a free WorldDe Ken Loach
(2007, Grande-Bretagne, 1h33)
Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek...
Un DVD Diaphana