Jannette Dates, Ph. D., doyenne de la John H. Johnson School of Communications de la prestigieuse Université Howard à Washington DC, est une éminente spécialiste des médias. Co-auteur du bestseller « Split Image : African Americans in the Mass Media », elle croit fermement que la génération montante des étudiants noirs-américains saura briser les stéréotypes et réaliser ses propres rêves.
 |
|
|
« Je n’avais jamais rêvé d’être là où je suis aujourd’hui. Je savais qui j’étais : une enseignante. Les étudiants, pour la plupart d’entre eux, assistent aux séminaires et tâchent d’obtenir la meilleure note en fournissant le moins d’effort possible. Quant à moi, je mettais mon énergie à leur donner envie d’aller plus loin. Je voulais attiser leur curiosité. Qu’y a –t-il de plus gratifiant que d’être une source d’inspiration ? Que de leur ouvrir les portes de la connaissance, de l’information, de la compréhension, de l’analyse, que de les pousser à s’intéresser à ce qui se passe dans le monde ? Aujourd’hui, les Noirs américains ne se souviennent même plus qu’à une époque, ces portes leur étaient fermées. La technologie internet a, elle aussi, contribué ces dernières années à multiplier leurs chances de réussite. Ils ont acquis de l’audace, ils sont davantage prêts à être des éléments actifs de la vie sociale, dans tous les domaines possibles. Je ne suis pas certaine qu’ils regardent l’histoire qui les a précédés – à moins que nous ne les y contraignions de temps à autre. Je pense qu’ils sont extrêmement motivés par tout ce qui concerne la technologie et les moyens de s’en servir à leur propre fin ; ils veulent raconter leurs histoires de leur point de vue et les voir relayées par d’autres.
Dans une société qui a bâillonné les Afro-américains, leur génie et leur talent, il est terriblement excitant pour les générations des parents et grands-parents de voir comment les barrières ont été renversées, comment aujourd’hui les jeunes Afro-américains savent s’imposer. J’ai quatre grands enfants qui regardent beaucoup de choses d’un œil différent du nôtre. Je trouve captivantes les discussions très animées que nous avons avec eux. Elles nous ont conduits, mon mari et moi, sur des voies inattendues, notamment en ce qui concerne la course à l’investiture. Mes enfants ont très tôt soutenu Barack Obama tandis que nous étions convaincus qu’il ne pourrait pas s’imposer dans cette société qui, à notre avis, n’était pas encore prête à faire le pas. Nous étions persuadés qu’arrivé à un certain point, il serait stoppé net dans sa course au sommet. Nous avions peur d’être terriblement déçus, une fois de plus. Alors pourquoi y mettre tout notre cœur ? J’ai dit : non, je ne suis pas partante. Je ne m’engage pas. Nos enfants nous ont traités de fous, ils étaient atterrés. Mais qu’est-ce qui vous prend, nous ont-ils demandé. Qui ne tente rien n’a rien. Beaucoup de gens de ma génération ont oublié le sang versé autrefois, l’envers du décor. Ils voient ceux qui, aujourd’hui, n’ont pas de quoi vivre, ils voient le prix de l’essence augmenter. Et moi, je leur réponds : chaque génération a ses problèmes, ses défis et ses enjeux. Vous devez faire avec. C’est un fardeau que nous traînons tous avec nous. Ne vous laissez pas abattre. Assumez vos responsabilités, veillez à ce que les choses n’empirent pas. Contribuez à améliorer la situation. Ne soyez pas des pantouflards qui râlent confortablement installés dans leur fauteuil : pourquoi se plaindre, c’est pas si grave. Au contraire. Regardons les problèmes en face et prenons-les à bras-le-corps ! »
www.howard.edu/schoolcommunications/
Ecoutez l'entretien (3'53'', en anglais)