Avec Séverin Blanchet, Jacynthe Jacquet, Michel Piccoli…
Synopsis : Vincent est un ministre tout-puissant : un immense bureau, une limousine avec chauffeur et gardes du corps, une très belle femme, Odile, qui passe ses journées à dépenser son argent. Soudain, une manifestation gronde sous ses fenêtres. Le peuple qu’il a si longtemps ignoré l’oblige à démissionner. Désormais seul, de retour dans l’appartement de son enfance, il redécouvre avec ses amis le plaisir de boire un verre, le goût de la musique, de la séduction amoureuse et la douceur des jardins publics. C’est dans l’authenticité de ces rencontres que Vincent retrouvera la joie de vivre. Critique : A l’écoute du monde qui vacille, pour en tirer un habituel comique désenchanté, le cinéma d’Otar Iosseliani s’est tout à la fois porté hors des modes et hors des conventions, à son rythme et jusqu’à tourner aujourd’hui en vase clos. Un politicien grimé en sosie de Patrick Balkany, des sénateurs dont les silhouettes et la garde-robe sont jumelées à celles de mafieux caucasiens, une épouse de ministre sorti d’un porno chic français des années 1980… L’un des plaisirs pris à la vision des films du cinéaste géorgien a souvent tenu, il est vrai, à cette indécision délibérée entre mauvais goût et truculence presque ruizienne. Mais l’embarras domine au terme de ce nouvel opus, quand le relâchement du rythme, les nombreuses incohérences du montage et la post-synchronisation désastreuse sont devenues semble-t-il bien moins le signe d’une liberté toujours plus affirmée et insolente (comme chez Luc Moullet) que d’un désengagement latent muée en signature.
La force du film réside uniquement dans une vision pessimiste et assez marquante des relations intercommunautaires (pour le cas présent, de vieux russes et des africains), quand l’une met systématiquement l’autre à la porte, et que le rapport à l’autre est sans cesse compromis ou avorté, quand bien même il est drapé par la musicalité des va-et-vient habituels de ces personnages vagabonds ou fêtards chers au cinéaste. Les vieux popes de l’église orthodoxe russe sont assoiffés de vin rouge et convertis au cyclisme dans Paris, un vétéran d’une guerre indéterminée (ou tout du moins un pauvre hère vêtu d’une veste militaire) déverse ses glaires sur un nouveau résident de son quartier en guise de bonjour, un ex-ministre fait du roller et passe la tondeuse au parc Monceau… Au bout du compte, le café où cette poésie anarchiste se rejoint et se devait de triompher sera cédé sans ménagement et les dessins griffonnés avec amour sur ses murs recouverts de peinture au son d’un : « effacez-moi cette saloperie ». Mais tout cela, Iosseliani l’a déjà bien mieux dit dans ses oeuvres précédentes. Julien Welter






Envoyer à un ami
Des nouvelles d’Otar Iosseliani,
RSS
Facebook
Twitter