« En Chine, j’ai découvert un tout autre monde »
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Mao Zedong se montre tout d’abord avenant et promet au dalaï-lama de respecter l’aspiration à l’autonomie du Tibet. Pour attester de sa bonne foi, le grand timonier l’invite à Pékin et le couvre de cadeaux.
Le dalaï-lama se met alors à rêver d’une coexistence du marxisme et du bouddhisme... tout au moins en théorie : « Je me suis rendu en Chine en 1954. Ce fut une occasion formidable de découvrir un autre monde. Durant ce périple, j’ai rencontré de nombreux habitants des régions tibétaines de Kham et d’Amdo. Cet épisode fut riche en expériences et en impressions. J’ai côtoyé de grandes personnalités, au premier rang desquelles Mao Zedong. J’ai beaucoup appris. »
Mao prêche l’amitié et la réconciliation. Le Tibet est pour lui un grand pays qui régna un temps sur la Chine mais qui accuse un certain retard et doit être soutenu dans son développement et sa modernisation. Le chef communiste va même jusqu’à nommer le dalaï-lama vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale – un poste honorifique sans réelle influence politique.
Pendant ce temps, la situation empire au Tibet. Contrairement à ce que prône Mao dans ses discours bienveillants, les soldats chinois redoublent de violence. La résistance tibétaine s’organise ; le dalaï-lama ne la soutient pas, mais se garde bien de la condamner. L’armée populaire de Chine réprime la résistance d’une main de fer. En mars 1959, quatre ans après son retour de Pékin, le dalaï-lama assiste à l’entrée des troupes chinoises dans Lhassa. L’armée tibétaine est neutralisée, les moines bouddhistes persécutés.
Les exilés tibétains trouvent refuge en Inde, berceau du bouddhisme. Un retour aux sources en quelque sorte.
« Je me suis toujours considéré comme le porte-parole du peuple tibétain »
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En 1980, après 20 ans d’exil, le dalaï-lama est autorisé à se rendre à Lhassa accompagné d’une délégation. Son frère et sa sœur sont à ses côtés. L’accueil qui lui est réservé est enthousiaste – preuve qu’il exerce encore une influence très forte sur le peuple tibétain, malgré la répression et la sinisation massive. Pékin redoute cette influence et n’engage pas de réel dialogue avec le leader spirituel. Comment trouver une solution dans ces conditions ? La Chine ne desserre pas son étreinte sur Lhassa – le retour du dalaï-lama paraît plus que jamais improbable... En mars 1989, l’armée populaire réprime dans le sang les manifestations de Lhassa commémorant l’invasion chinoise. Le massacre est condamné avec la plus grande fermeté par les Etats-Unis, de nombreux pays du Vieux continent et le Parlement européen. Ces événements préfigurent l’attribution du Prix Nobel de la Paix au dalaï-lama – une distinction qui honore le leader spirituel et le peuple tibétain.
Le dalaï-lama est aujourd’hui âgé de 72 ans. Il est donc temps d’envisager sa succession – sa réincarnation. « En occident, on me demande souvent si la réincarnation du dalaï-lama peut être une femme... En théorie, oui, c’est possible. La réincarnation du dalaï-lama a pour tâche principale de mener à bien la mission que son prédécesseur n’a pu achever. Si je devais mourir hors du Tibet, ma réincarnation sera quelqu’un qui vit en exil afin d’accomplir ma mission. »
Malgré le différend qui l’oppose à la Chine, le dalaï-lama a toujours soutenu la candidature de Pékin pour l’organisation des Jeux Olympiques. Mais il partage les craintes des organisations internationales quant à la situation des droits de l’homme. Il demande donc aux nations démocratiques de rappeler la Chine à ses obligations.






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