
Jean Genet multiplie quant à lui les séjours en prison pour vols, falsification de papiers, désertion ou vagabondages. C’est d’ailleurs en prison que Jean Genet écrit ses premiers textes : Le Condamné à mort, Notre-Dame-des-fleurs ou Miracle de la rose.
En 1944, Jean Genet et Nico Papatakis décident donc de mettre en chantier un film qu’ils qualifient eux-mêmes « d’érotique » : Un chant d’amour, prévu tout d’abord sur une durée d’une heure, en 16 mm, muet et en noir et blanc. Papatakis en sera le producteur, Genet le scénariste, le réalisateur et le monteur.
Le film est tourné en 1950, du mois d’avril au mois de juin. Le décor de la prison est construit au premier étage du cabaret de Papatakis alors que les extérieurs sont filmés dans la forêt de Milly, au sud de Paris.
Le premier montage d’Un chant d’amour est d’une durée de 45 minutes, que Genet ramènera finalement à 25 minutes.
Vient le moment de montrer Un chant d’amour et là, tout va se compliquer. Le film « érotique » voulu par Genet va pendant plusieurs décennies être jugé comme un film pornographique, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Nico Papatakis et Jean Genet décident de ne pas distribuer le film de manière officielle mais plutôt de faire circuler des copies dans des réseaux privés. C’est en 1954 que la première projection publique d’Un Chant d’amour a lieu. Elle est organisée à la Cinémathèque française par Henri Langlois mais la copie est tronquée de tous les plans ouvertement sexuels.En 1964, Nico Papatakis vend des copies du film à la Filmmaker’s Cooperative de New York, laquelle organise des projections qui se termineront par des descentes de police, ce qui vaudra d’ailleurs à Jonas Mekas, le programmateur de ces séances, quelques jours d’emprisonnement pour avoir voulu « salir l’Amérique ».
En 1975, soit 25 ans après sa réalisation, Nico Papatakis décide de présenter Un chant d’amour à la commission du Prix à la qualité du Centre national de la cinématographie. Le film obtient une récompense de 9 millions d’anciens francs. En total désaccord, Jean Genet envoie alors une lettre à Michel Guy, le ministre de la culture de l’époque, et refuse de manière catégorique une telle récompense. Jugeant son film d’après ses propres termes comme « l’esquisse d’une esquisse », il ne veut pas le voir officiellement commercialisé et menace même Papatakis de poursuites judiciaires.
Après Un chant d’amour, Jean Genet développera de nombreux autres projets cinématographiques, il écrira par exemple quelques scénarios comme Le Bagne au milieu des années 50 ou Le Bleu de l’œil dans les années 70, sans qu’aucun ne voit finalement le jour.Jean Genet s’éteindra en 1986. Un chant d’amour constitue donc l’unique film de l’écrivain.
Luc Lagier pour Court-circuit (le magazine), octobre 2005.







Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter