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Interview - 13/03/07

Jean-Pierre Sinapi

Auteur et réalisateur


Interview de Jean-Pierre Sinapi, auteur et réalisateur du téléfilm « Vive la bombe ! » diffusé sur ARTE 16 mars 2007

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Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’histoire de cet essai nucléaire raté ?
Il y avait là une matière dramatique très riche. Car la France mettait au point la bombe atomique dans la décontraction et dans un esprit joyeux : on croyait naïvement qu’avec l’atome civil, on allait guérir le cancer, et avec l’atome militaire, abolir la guerre ! C’est une période passionnante, et paradoxale, puisqu’on développait une arme de destruction massive, dans l’espoir qu’une abomination comme la Shoah ne puisse jamais plus se reproduire.
D’une certaine façon, on voyait dans ces essais nucléaires la naissance d’une panacée universelle. Dans le même temps, je voulais évoquer le mensonge d’Etat qui a accompagné l’accident de Béryl en 1962. Il s’agit d’une terrible manipulation que le gouvernement de l’époque a exercée au nom d’un soi-disant intérêt national.
Vous êtes-vous plongé dans les archives de l’époque ?
Non, pour la simple raison qu’il n’y a pas d’archives ! Il n’existe qu’un document de la première explosion souterraine qui a eu lieu deux ans plus tôt et qu’on peut consulter à l’Ina. Au départ, je souhaitais que Vive la bombe ! commence par une scène de projection en plein air, sur la base militaire, d’un film de propagande sur les bienfaits du nucléaire : ce film a vraiment existé, mais nous n’avons jamais réussi à mettre la main dessus…
En revanche, nous avons recueilli les témoignages de survivants de l’accident et, notamment, de la veuve de l’un d’entre eux : c’est ainsi que nous avons pu rassembler de nombreuses photos de l’événement.
Quels étaient vos parti pris de mise en scène ?
Je me suis beaucoup inspiré de Bloody Sunday de Paul Greengrass : comme lui, j’ai tourné caméra à l’épaule pour éviter
au maximum les clichés de la reconstitution d’époque et donner un côté documentaire au film. Je voulais qu’il y ait de la chair,
et j’ai donc filmé les personnages en plans serrés. De même, je me suis refusé à montrer les décors – pourtant superbes – pour filmer les comédiens dans les décors. Je voulais que la caméra force le regard du spectateur.

  • Jean-Pierre SINAPI : auteur-réalisateur
Jean-Pierre Sinapi a écrit pour la télévision de nombreux téléfilms et séries.
Pour mémoire : La Vallée des espoirs, réal. Jean-Pierre Marchand (1989).
Et en co-écriture avec Daniel Tonachella : Jalna, réal. Philippe Monnier (1994), La rivière Espérance, réal. Josée Dayan (1994).
Il a réalisé son premier téléfilm en 1996 : Un Arbre dans la tête, écrit par Colo Tavernier avec Gérald Thomassin (FIPA d’Or du meilleur comédien / Prix SACD 1997). Puis Les Beaux Jours, co-écrit avec Anne-Marie Catois (Prix Meilleure réalisation au Festival Fiction TV de Saint-Tropez / Prix Fiction 2003 des Lauriers de la radio et de la télévision).
Il a réalisé Nationale 7, co-écrit avec Anne-Marie Catois, coproduit par ARTE France (2000) et plusieurs fois primé (Festivals de Berlin, Londres, San Sebastian...), Vivre me tue, co-écrit avec Daniel Tonachella, coproduit par ARTE France (Swann d’or au Festival de Cabourg 2003), et récemment Camping à la ferme, scénario d’Azouz Begag, qu’il a aussi adapté avec Daniel Tonachella (2005).

Edité le : 13-03-07
Dernière mise à jour le : 13-03-07