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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

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Sortie du 22 avril 2009 - 22/04/09

Jerichow

Un film de Christian Petzold


Christian Petzold filme noir

  • Interview de Christian Petzold, réalisateur de "Jerichow"

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Interview de Christian Petzold

Christian Petzold s’éloigne des récits mêlés de fantastique auxquels il nous avait habitué depuis Gespenster (2005) et Yella (2007) au profit d’une intrigue resserrée sur un trio amoureux d’influence très noire. A l’image de la trame du roman de James Cain The Postman always rings twice, le film met en situation Laura (Nina Hoss magnifique de fébrilité), une jeune allemande au passé trouble, emprisonnée dans la relation ambigüe qu’elle forme avec son mari, un businessman turc prénommé Ali (Hilmi Sözer). Lorsque ce dernier embauche comme chauffeur Thomas, un ex-militaire, Laura s’éprend de lui : le couple illégitime et passionné, fomente très vite d’éliminer Ali… Christian Petzold qui exprime depuis longtemps son intérêt pour les individus sans accroches, focalise le début de son film sur le personnage de Thomas incarné par Benno Fürmann, une sorte d’athlète vagabond aux yeux perçants littéralement terrassé par les aléas de la vie. Avec cette précision toute allemande qui révèle souvent la primauté du contexte (ici Jerichow, une paisible petite bourgade en Allemagne), le cinéaste suit l’errance de Thomas prêt à repartir à zéro dans une demeure vide et dans le quotidien d'un boulot sans perspectives. Prototype du héros des films de Christian Petzold, Thomas est une âme toujours en sursis, une sorte de fantôme de lui-même au même titre qu'Ali et Laura : le premier est un étranger en Allemagne, turc à moitié alcoolique, solitaire dans son mariage et sur la route de ses affaires qui l'éloigne quotidiennement de sa demeure bourgeoise. La deuxième est fragile, discrète, porte l’ombre d’un passé tordu qui la fige, prisonnière d’Ali dont elle dépend financièrement, in. Dès lors le regard quasi clinique de Petzold prend de l’amplitude dans l’émulsion savamment concoctée de la rencontre des trois individus. Aux détours d’une mise en scène de plus en plus éclatante, où l’éblouissement des couleurs et des paysages naturels allié à un sens raffiné du cadre contraste terriblement avec le tragique des situations, Christian Petzold créé une forme d'abstraction proprement inédite à mi chemin entre le film noir, la romance passionnée et le constat socio-réaliste.

Jerichow
de Christian Petzold
Allemagne, 2008, 93 min.
Avec Benno Fürmann, Nina Hoss, Hilmi Sözer
Compétition - Une coproduction ARTE

En sous-main de cette histoire, le thème de l'argent, véritable nerf d'une guerre dont les deux allemands désargentés Laura et Thomas sont les victimes, dénie paradoxalement au riche Ali, malgré ses simulacres, d'en être tout à fait le maître. La phrase emblématique de Laura, « Tu ne peux pas aimer si tu n'a pas d'argent », possède en germe autant l'exclamation d'une prostitution bien réelle qu'elle renvoie directement à l'impuissance et au drame de la jalousie vorace de l'homme d'affaire. Avec Jerichow Christian Petzold franchi ainsi tout en nuances subtiles une marche supplémentaire de sa filmographie, aussi fidèle à ses préoccupations qu'il réussit avec une adresse exceptionnelle à se renouveler.


Olivier Bombarda


Edité le : 20-04-09
Dernière mise à jour le : 22-04-09