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50 incontournables du jazz

arte.tv et la rédaction jazz de la station de radio allemande SWR 2 présentent une nouvelle série intitulée : Les incontournables du jazz. Des entretiens avec (...)

50 incontournables du jazz

10/08/11

John Stevens' Spontaneous Music Ensemble (SME) : «Quintessence »

Incontournables du jazz


Un jeu sensible dans sa forme la plus libre

Auteur : Thomas Neuhauser

Le choix en sommaire


En 1966, le batteur et percussionniste britannique John Stevens fondait le Spontaneous Music Ensemble, ou SME : tout un programme… On doit à ce groupe une musique improvisée véritablement libre et spontanée et, fort heureusement, quelques-uns de ces moments de grâce sont encore disponibles sur disques ou CD. Leur concert de 1974, réédité sous le titre « Quintessence », est sans nul doute l’une de ces pépites. Un document fascinant sur le jeu collectif libre dans sa forme peut-être la plus avancée, homogène et pourtant disciplinée, où John Stevens met l’accent non seulement sur le côté « spontané » et « libre », mais aussi sur l’aspect « collectif ».

Dans les années 60, la scène jazzistique anglaise, avec ses nombreux migrants, était à maints égards en avance sur l’Europe continentale, peut-être les Pays-Bas exceptés, dans cette forme de jeu sans entrave. Dès le milieu de cette décennie, des musiciens tels que Keith Tippett, Stan Tracey, Derek Bailey, Evan Parker, Barry Guy, Harry Miller, Louis Moholo, Lol Coxhill et surtout le percussionniste et compositeur John Stevens se sont peu à peu arrogé, au sein de collectifs de musiciens à géométrie variable, de nouvelles libertés de jeu.
Libertés qui relèvent davantage de l’immanence de la musique que d’un vécu sombre qui serait à l’origine d’accents sociaux pesants. Chez John Stevens et son Spontaneous Music Ensemble, fondé en 1966 avec le saxophoniste Trevor Watts, c’est l’approfondissement des formes d’expression musicales libres qui est au premier plan, avec des musiciens qui donnent vie, en direct et en temps réel, à cette recherche sur le son et la structure qui se joue sur scène. À strictement parler, l’enregistrement sur une bande-son, fixe par nature, est en contradiction flagrante avec cette conception, mais au moins permet-il d’entendre encore aujourd’hui John Stevens, disparu hélas bien trop tôt, en 1994, et sa vision d’un jeu collectif aussi spontané que sensible, développant une grande abstraction sonore.

Le 3 février 1974, c’est un ensemble réunissant l’élite de la musique d’improvisation britannique qui est monté sur la scène de l’ICA Theatre (Institute for Contemporary Arts), à Londres, où il a joué à deux reprises, d’abord 40 minutes puis 35. Sans que rien n’ait été convenu au préalable et alors même que les cinq musiciens de cette formation n’avaient encore jamais joué ensemble, l’enregistrement, publié sous le titre fort bien trouvé « Quintessence », constitue une illustration étonnante d’une entière liberté et spontanéité de jeu, en même temps que d’une empathie maximale et d’une parfaite écoute du jeu des autres musiciens du groupe.
De façon encore plus homogène que, par exemple, dans le Michel Portal Unit, autre enregistrement incontournable de l’improvisation libre, chacun veille à ne pas déployer ses idées de jeu aux dépens des autres musiciens, mais aussi à écouter les autres à chaque instant. Même les saxophonistes Evan Parker et Trevor Watts, qui, dans d’autres formations, jouent avec une grande tension narrative et en respiration circulaire, témoignent ici de retenue et de discipline. « Si tu ne peux pas entendre un autre musicien, c’est que tu joues trop fort », telle est l’une des maximes du SME de John Stevens, que l’on pourrait compléter en disant qu’en l’occurrence, la liberté d’improvisation est toujours et avant tout la liberté des autres.

Ainsi, les nuances douces, apparemment secondaires, deviennent importantes, et l’interaction des musiciens n’est plus un simple jeu de question-réponse. Une telle démarche musicale exige la plus grande concentration et ne peut s’installer que lentement, au fil du jeu. Ici, avec John Stevens aux percussions et au cornet à pistons, Evan Parker et Trevor Watts au saxophone soprano, Derek Bailey à la guitare et Kent Carter au violoncelle et à la contrebasse, le Spontaneous Music Ensemble parvient à la « Quintessence » d’une improvisation collective aussi libre que possible et, en même temps, marquée par une extrême sensibilité, dans un champ de tension créative entre l’individu et le groupe.
John Stevens' Spontaneous Music Ensemble (SME) : « Quintessence »
Enregistrements 1973 et 1974
Emanem 2007
No 4217

Edité le : 02-08-11
Dernière mise à jour le : 10-08-11