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Thema Vatican

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Thema Vatican

26/03/10

Joseph Alois Ratzinger, un pape fâché avec la diplomatie

Intellectuel polyglotte, spécialiste de scolastique médiévale, maître à penser de nombreuses réformes de l’Église. Défenseur intransigeant du catholicisme, dogmatique aux conceptions archaïques, convaincu de la supériorité de son Église sur toutes les autres croyances du monde. La vie de Joseph Ratzinger a été marquée par la lutte interne de quelqu’un qui croit à la fois au dogme catholique et à la force du logos. Lutte titanesque qui fait de l’actuel pape Benoît XVI, derrière la façade de l’exégète réservé, un personnage tourmenté, contradictoire, fascinant.

Né en 1927 au cœur de la très catholique Bavière, Joseph Alois Ratzinger est incorporé dans les jeunesses hitlériennes pendant ses études au séminaire. Après la Seconde Guerre mondiale, il est ordonné prêtre en 1951 et accède au titre de docteur en 1959. Il enseigne en Rhénanie et devient le collaborateur de Joseph Frings, cardinal de Cologne et grande figure du concile Vatican II qui, en 1963, réforme profondément la structure et le culte de l’Église. En 1981, il devient chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi (institution qui a succédé au XVIe siècle au sein de la Curie romaine à la Sainte Inquisition). Après la mort de Jean-Paul II en avril 2005, Joseph Ratzinger est élu pape.

Commence alors le pontificat d’un éminent théologien qui, à la différence de nombre de ses prédécesseurs est plus intéressé par le dogme et les idées que par la pastorale et les réalités diplomatiques. L’idée, tout d’abord, d’une vérité qui s’épanouit en Dieu. Ainsi, écrit-il dans le discours prononcé en 2006 devant les étudiants de la faculté théologique de Ratisbonne : « La raison et la foi ne sont pas incompatibles en soi. La raison est même fondamentale pour la Bible ». Il cite alors l’Ancien testament : « Dieu est logos », « Dieu est l’être en soi », « Dieu est comme le buisson ardent qui dit à Moise : "Je suis" ». Et il poursuit : « Ce qui est dangereux, c’est le savoir purement positiviste. » Nous faisons alors connaissance de Joseph Ratzinger, le grand rhétoricien (« bouche d’or » l’appelle-t-on dans certains cercles du Vatican, par allusion à l’évêque byzantin Jean Chrysostome). Nous reconnaissons également l’admirateur de Platon, de Plotin, de Saint Augustin et de Saint Bonaventure. Le partisan de l’humanisme chrétien de Steinbüchel et de son directeur de thèse Söhngen. Le critique intransigeant de Saint Thomas d’Aquin et de la philosophe des sciences de Karl Popper.

L’idée, ensuite, d’une seule Église, unie, comme à ses origines. Ainsi proclame-t-il dans son discours de Ratisbonne : « Le plus important est de retourner vers ce qui est grec au meilleur sens du terme dans notre religion. » Une Église unique, dont le dogme désigne la vérité de Dieu. Il n’est ainsi point étonnant que Benoît XVI soit convaincu de la singularité de l’Église romaine catholique. Conviction qu’il a rendu publique le 10 juillet 2007 dans un document publié par la Congrégation de la Foi, et qui a contrarié les protestants, plusieurs fois rendus responsables de la « perte de l’héritage grec » de l’Église. Un héritage que le pape considère comme fondamental pour la naissance de notre civilisation : « La rencontre entre la culture gréco-romaine et l’Église a créé ce que nous pouvons clairement appeler aujourdhui lEurope. » Un appel en faveur de l’orthodoxie de l’Église d’avant le concile Vatican II. La levée de l'excommunication et la réintégration des quatre évêques  intégristes de la confrérie Saint-Pie X en janvier 2009 est aussi à voir sous ce jour-ci. Et cela, bien que l’un d’entre eux, le britannique Richard Williamson, est connu depuis plus de vingt ans pour sa négation de l’Holocauste. Lassé par la médiatisation de l’affaire, le pape a fini par affirmer  « avoir ignoré » les prises de position de Williamson.

Pour Joseph Ratzinger, la défense des valeurs anciennes de l’Église revient à la défense de l’idée même de religion : « c’est la prise en considération de la foi et de la religion qui nous rendent ouverts aux autres cultures ». Cependant, bien qu’il cherche la paix et le dialogue, Benoît XVI oublie souvent d’inclure la perception historique de l’autre au monde hermétique des idées. Outre sa célèbre citation de l’empereur byzantin Manuel II Palaiologos sur la violence innée de l’islam, le discours d’Aparecida au Brésil en 2007 est révélateur. Lorsque le pape affirme que « l’enseignement de l’Évangile de Jésus-Christ aux indigènes ne s’est, à aucun moment, fait contre la volonté des populations précolombiennes », ses propos sont cohérents avec sa perception de la religion. Mais en aucun cas avec la réalité historique du massacre de plus de 40 millions d’indigènes, au nom de la Croix.

C'est toute l’ambivalence de Joseph Ratzinger. Or le pape Benoît XVI, également le chef d’un petit État puissant, représente plus de deux milliards de fidèles. La difficulté de concilier le dogmatisme et la diplomatie fait que Joseph Ratzinger pourrait entrer dans l'histoire  comme un personnage contradictoire et polémique, capable de discours virulents en faveur de la paix et d’une orthodoxie qui paraît, à certains égards, médiévale.

Alexander Knetig

Edité le : 17-02-09
Dernière mise à jour le : 26-03-10


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