
Quatuor Jerusalem
Label : Harmonia Mundi

Cela dit, lorsque l’on écoute le Quatuor Jerusalem, on ne pense guère à tout cela. Trop à faire sans doute avec le mouvement qui nous porte et la beauté de l’œuvre qu’ils restituent. Ce n’est qu’a posteriori que la cohérence du programme et l’évolution du style de Haydn sautent aux oreilles, comme ces scénarios de film qui nous tiennent en haleine et qu’on ne décrypte que pour les besoins d’une discussion amicale.
Le jeu du Quatuor Jerusalem dépasse en finesse à peu près tout ce que j’ai pu entendre ces deux dernières années. Ce n’est pas seulement la perfection de la réalisation qui marque les esprits, c’est l’impact émotionnel que la musique produit. Et cet impact tient à l’imagination des interprètes, à leur sens des couleurs et du rythme. Il se produit ici ce qui se produit en peinture lorsque Rembrandt décide de rendre compte des effets de la lumière sur les visages de ses sujets. Les couleurs en musique, ce n’est rien d’autre que jeu de contraste qui semble, par son improbable intensité, révéler l’œuvre tout entière. J’ai le sentiment, en écoutant le Quatuor Jerusalem, que cette lumière a épousé un bref instant le visage de Haydn et que les sons entremêlés aux rayons de la lampe ont fait de son œuvre un objet hors du temps…
Mathias Heizmann







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