
Variations en fa mineur HOB XVII n° 6, Sonate en fa majeur HOB XVI n° 23, Sonate en ut majeur HOB XVI n° 50, Sonate en ut mineur HOB XVI n° 20
Evgeni Koroliov (piano)
Label : Hänssler Profil
Distribution : Intégral

Qu’y a-t-il donc de si précieux dans l’interprétation d’Evgeni Koroliov ? Sûrement pas d’avoir mieux compris Haydn qu’un autre. Qui pourrait d’ailleurs se vanter d’un tel exploit ? Certes pas les bons musiciens qui savent mieux que quiconque la relativité de leurs trouvailles.
Koroliov vient à Haydn avec une modestie touchante : jouer simplement, se laisser porter par le mouvement irrésistible de ces sonates, faire chanter ce qu’il faut et équilibrer les masses sonores, c’est déjà bien assez !
On sait l’importance de la forme chez les classiques. Mais ce serait une erreur d’y voir une fin en soit. Car il y a chez Haydn une joie enfantine à se jouer des structures et un art consommé de la suggestion : sa musique procure toujours un sentiment d’évidence, elle nous entraîne dans son sillage comme seuls savent le faire les plus grands chefs-d’œuvre.
Il y a, dans le jeu si sensible d’Evgeni Koroliov, une joie de vivre extrêmement contagieuse. Ce n’est pas rien cela, en ces temps de sécheresse et de maîtrise. Et si la musique, suivant les mouvements de l’âme, porte parfois le noir jusqu’au mile du printemps, une étrange chaleur vient toujours nous rappeler la promesse d’un jour meilleur.
Au début de l’adagio de la Sonate en fa majeur n° 23, Evgeni Koroliov fait sonner les ornements avec une infinie tendresse ; de très infimes ruptures rythmiques viennent là comme autant de regrets, hésitations d’amants devant l’épaule qu’on dénude. Ce geste-là, croyez-moi, vaut plus que tout autre.
Mathias Heizmann







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