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Actu Musique - 03/02/2009 - 29/04/09

Joseph Haydn interpreté par Zhu Xiao-Mei

L’un des plus beaux disques consacrés à Haydn ? Peut-être bien ! Riche et colorée, l’interprétation de Zhu Xiao-Mei sonne en tout cas comme un appel à la vie…

a écouter également

Joseph Haydn

Sonate n° 38 en fa majeur, Hob. Xvi.23, Sonate n° 53 en mi mineur, Hob. Xvi.34, Variations en fa mineur, Hob. Xvii.6, Sonate n°60 en ut majeur, Hob. Xvi.50, Sonate n° 62 en mi-bémol majeur, Hob. Xvi.52.

Zhu Xiao-Mei (piano)

Label : Mirare
Distribution : Harmonia Mundi

Il y a quelques années de cela, le nom de Zhu Xiao-Mei était à peu près inconnu. Rescapée des camps de rééducation chinois, elle s’est fixée à Paris en 1984 après un bref séjour aux États-Unis. Récemment, elle a signé pour la firme Ambroisie deux disques consacrés à Bach, remarquables de clarté et d’intelligence. Elle poursuit aujourd’hui avec Haydn, sans doute un peu pour sacrifier à la manie des hommages, plus sûrement en raison d’une vieille passion estudiantine qui plaçait le vieux maître au sommet de la génération des classiques.

Mais commençons par l’hommage : le 31 mai 2009, on fêtera en grande pompe le 200e anniversaire de la mort d’Haydn. C’est dire si le disque de Zhu Xiao-Mei tombe à pic. Par chance, la beauté de son interprétation nous interdit de le penser comme une intervention opportuniste, impression renforcée par les propos de l’artiste. Qu’elle estime ses sonates supérieures à celle de Mozart n’est certes pas sans intérêt. Mais le discours qu’elle tient à leur endroit montre qu’au-delà du jugement de valeur, c’est bien une certaine idée de l’œuvre qui conditionne sa lecture et permet son originalité.

Haydn, l’homme qui console et qui délasse. Haydn, le compositeur qui écrit « pour le plaisir de l’auditeur, qui aime la vie, la gaieté, le soleil », Haydn, l’amoureux de la vie, le joyeux compagnon amateur de plaisanterie et, qui sait, de soleil. Ce n’est certes pas des idées très musicologiques, mais sans aucun doute la voix la plus simple et la plus juste pour décrire, si ce n’est l’œuvre elle-même, du moins son climat.

Lumineux, ce piano l’est assurément. Il fait des instants de mélancolie une chose suffisamment légère pour tenir tout drame à distance, et des mouvements vifs de véritables appels à la vie. Affaire de légèreté et de souplesse, de vitalité et d’improvisation. Surgissement de couleurs, surprise à découvrir un objet que l’on connaît pourtant, tout cela fait que l’on ne s’ennuie pas, que l’on écoute, que l’on sourit à notre tour en réentendant le même thème dont aucune reprise ne se ressemble, et pas seulement pour des raisons de structure.

Zhu Xiao-Mei dans Haydn, c’est une sorte de rêve éveillé. Je ne crois pas avoir entendu ces derniers temps un piano si lumineux et si libre. Voilà pourquoi j’ai parlé d’improvisation, même si le terme est impropre - ou du moins imprécis - dans ce contexte musical. Si Haydn lui-même devait surgir de terre pour se risquer à jouer ses œuvres, je ne doute pas qu’il ferait quelque chose de semblable : une musique imprévisible et follement joyeuse.

Mathias Heizmann

Edité le : 21-10-08
Dernière mise à jour le : 29-04-09