Le chemin pour Gaza passe immanquablement par Israël. Et ses interminables mesures de sécurité et de contrôle auxquelles il faut se plier sans discuter. Suit la demande d’accréditation auprès des autorités, une obligation administrative qui prend la matinée. L’autorisation de tournage accordée, départ pour le poste frontière Eretz, à une heure et demie de route de Jérusalem. Un périmètre hautement sécurisé, un déploiement militaire impressionnant. Atmosphère plombée. Sensation d’oppression qui colle à la peau.
Juste avant le passage de la frontière, tout près des miradors, un jeune Palestinien se jette à terre en hurlant. Il est aussitôt ceinturé. Israël resserre l’étau : les allers et retours journaliers des habitants de la bande Gaza sont de plus en plus rares.
« L’autre côté » se rejoint à pied. Nous traversons un passage d’environ 200 mètres, entrecoupé de sas, en longeant d’immenses murs de béton, accompagnés par une persistante odeur d’urine. Dans cinq minutes, je vais basculer du monde au tiers-monde. A Gaza, des gardes frontières palestiniens, vieilles kalachnikov chinoises en bandoulière, nous gratifient de poignées de main chaleureuses comme s’ils attendaient notre visite depuis longtemps.
C’est mon deuxième séjour dans la Bande de Gaza. Ce reportage est lié à l’idée du retour. Pour voir et essayer de comprendre, trois mois après les élections législatives de janvier 2006, ce qui a changé depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir. Pour retrouver les personnages attachants qui ont témoigné de leur vie quotidienne sur ces 360 kilomètres carrés de prison à ciel ouvert.
Jamel, le pêcheur, interdit de sorties en haute mer, Abou Rahman l’agriculteur, qui après le retrait des colons israéliens a rêvé de campagnes riantes, Youssef, le chef d’entreprise, qui envisageait d’exporter ses fruits et légumes vers l’Europe.
Nous voyageons à deux. Cette fois, mon « cameraman » est une femme. Evoluer dans un monde d’hommes, être la cible de regards obliques, inquisiteurs ou indifférents ne la gêne pas.
Faute de parler l’arabe, notre « stringer » - il est journaliste, chauffeur et traducteur - et un garde du corps complètent notre équipe. Les deux sont armés. L’un refuse de se séparer de son 9mm, l’autre tient dur comme fer à sa Kalaschnikov cachée dans le coffre de la voiture...
Autre détail marquant : la circulation automobile est devenue rare à Gaza. Aussi rare que l’essence. Nous croisons quelques limousines d’où sortent d’élégants messieurs en costume sombre. Entourés par des gardes de corps armés jusqu’aux dents….
Au loin, le bruit sourd des détonations n’en est que plus flagrant. Des tirs d´obus de mortier israéliens en direction du nord du territoire… Jour et nuit. On en compte plus que 5.000 depuis le mois de mars dernier. Sans oublier le passage des bombardiers F-16 qui survolent inlassablement la bande de Gaza.
Retour à l’hôtel délabré situé en bord de mer où nous faisons partie des rares clients avec quelques correspondants et des membres d’associations humanitaires.
Nous retrouvons nos personnages. Tous déplorent une situation qui s’aggrave de jour en jour depuis l’arrêt de l’aide internationale. Les USA et l´Union Européenne continuent à boycotter le nouveau gouvernement dirigé par les islamistes du Hamas et toute la population vit dans un extrême dénuement. Les gens vivent de leurs économies et à crédit. Beaucoup d’enfants ne sont plus scolarisés : la route de l’école est devenue trop dangereuse… Les denrées de base se raréfient : pas de viande, peu de poisson, un peu de farine, quelques fruits et légumes, pas de médicaments. Les partisans du Fatah et du Hamas se déchirent, les Palestiniens sont pris entre deux feux. La crispation entre les deux mouvements est à son comble, beaucoup d’armes sont entre les mains de clans. Gaza est au bord de l’asphyxie, au bord de l’explosion sociale, au bord d´une guerre civile.
Cinq jours plus tard, nous quittons le territoire pour retourner en Israël. Au check-point, après deux heures de contrôles, les grilles se referment sur notre passage. Derrière nous, la vie suit son cours…
A mon retour tombe une triste nouvelle : la maison de notre « stringer » vient d’être partiellement détruite par un tir israélien sur une voiture garée juste devant l’entrée.







Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter