Taille du texte: + -
Accueil > Mang'Arte > Planète Manga > Juin- Juillet 07

Mang'Actu - 28/06/07

Juin- Juillet 07

C’est l’évènement. Après deux ans d’absence, Japan Expo, le rendez-vous incontournable du manga et de japanim’ revient du 6 au 8 juillet 2007 au parc d’expositions de Paris-Nord Villepinte.
Expos, fêtes, dédicaces, jeux, cosplays et tuning viendront célébrer la culture asiatique! On vous en reparlera mais d’ici-là voilà de quoi soigner votre « manganite aigue » avec ce Mang’Actu de juin pour aborder sereinement les vacances. Bonne lecture !

Daiô
Iô Kuroda
Sakka / 10,95 €

Recueil d’histoires courtes de Iô Kuroda touchant à tous les genres : fantastique, anticipation, sport, quotidien, poésie…

Kuroda est décidément un mangaka difficile à cerner. De sa trilogie des Aubergines au Clan des Tengu, son approche décomplexée des genres qu’il s’agisse du quotidien ou du fantastique assure toujours une fraîcheur et une originalité à ses récits qui se défient des contingences narratives classiques. De fait, on est un peu déstabilisé à le lire tant Daiô condense tout l’iconoclasme du dessinateur lequel se fait fort de partir d’un point de départ incongru au possible et de voir jusqu’où celui-ci peut le mener. Ainsi, que se passerait-il si un éléphant vivait coincé dans un studio avec pour voisine, une jeune fille fraîchement plaquée par son copain ? Parfois, le mécanisme s’inverse et d’une situation banale, on dérive peu à peu jusqu’à un emballement implacable et paroxystique, une bagarre entre gamins s’achevant même en apocalypse nucléaire ! Jusque dans les défauts de dessins, le trait hésitant, Kuroda essaye des choses, il « bricole » semblant toujours se demander comment faire pour raconter encore une histoire quand tout a déjà été raconté. Faut-il y voir la raison de la relecture consciencieuse de Métropolis, manga premier âge de Tezuka, où Kuroda prend un malin plaisir à s’attarder sur tout ce que le Dieu du manga expédia en quelques cases ? Une chose est sûre pour apprécier toute la finesse de ce jolie détournement, on conseillera tout de même de lire l’œuvre d’origine éditée chez Taïfu (cf. Mang’actu). Un Kuroda anecdotique mais pas inintéressant.


Yumenosoko. Au plus profond des rêves.
Hisae Iwaoka
Kana / 10 €

Après s’être endormie, une petite fille débarque dans un drugstore situé au milieu de nulle part. Coincée dans ce no man’s land, elle se lie avec le curieux patron qui lui explique le rôle particulier de son magasin où transitent des livreurs de rêves venus chercher dans les étalages des cannettes collectant les amertumes et regrets de la vie.

Publié dans Ikki, l’une des grandes revues de manga alternatif qui édita entre autres l’inclassable Number 5 de Taiyo Matsumoto, Yumenosoko déroule un conte mélancolique et poétique autour d’un banal drugstore transformé en point de rencontre où convergent les esprits égarés. Espace mental de tous les possibles, cette zone franche où toutes les tensions s’apaisent, est aussi un purgatoire où il est donné à chacun sous l’apparence indécise d’un ectoplasme de venir solder une dernière fois ses erreurs et ses fautes. Le dessin fin et gracile de Hisae Iwaoka n’a rien de «mignon» mais évoque quelque part, à travers ses personnages hydrocéphales, les peintures de Yoshimoto Nara. Plombé parfois par trop de bons sentiments, le récit est heureusement pimenté par quelques réparties pleines d’humour qui maintiennent l’intérêt.

Tomonen
Kenya Ohba
Kana / 10 €

Série d’histoires courtes. Des enfants partis en randonnée font la connaissance d’une apprentie sorcière, une jeune fille est troublée par le don d’un garçon capable de lire dans le cœur des gens, une gamine se fait des amis par la magie du dessin…

Indéniablement, il flotte un parfum de Miyazaki dans Tomonen. On y retrouve des visages qui nous sont comme familiers et surtout un dessin tracé au crayon parcouru d’un doux lavis, qui évoque les croquis préparatoires de ses animes. Publiées dans des fanzines à l’origine, les historiettes qui composent Tomonen peinent à s’affranchir de l’ombre tutélaire du maître, Kenya Ohba n’ayant pu choisir entre une forme d’hommage discipliné et l’expression libre et entière de son imaginaire intérieur. On a ainsi la vague impression de se retrouver en terrain connu avec ce mélange de décor « rustique », de poésie du quotidien et de magie. Avec simplicité et un dépouillement apparent, l’auteur tisse une oeuvrette sympathique. Mais sans surprises.


L’élégie de l’hécatombe t.3 (en cours au Japon)
Morohoshi Daijirô
Doki-Doki / 8,95 €

Shiori et Shimiko deux lycéennes téméraires sont aux prises avec de curieux phénomènes qui viennent rompre la douce quiétude de leur ville : hôpital hanté par des spectres de la dernière guerre, poétesse exaltée et satanique, chien invisible, siamois à sept têtes, œuf au plat glouton… 

La BD d’horreur au Japon, le kowaï,  a la particularité d’être un genre particulièrement lu et apprécié des adolescentes. C’est précisément pour ce public que Morohoshi Daijirô a conçu cette délicieuse série gentiment effrayante rappelant par certains côtés un certain Shigeru Mizuki dans cette manière de fondre l’étrange dans l’ordinaire et surtout dans l’invention d’un bestiaire de monstres invraisemblables finalement plus rigolos qu’effrayants. Dans le traitement des décors, on pense aussi à Sugiura dont on retrouve les paysages lunaires et surréalistes à l’époque des histoires éditées par Art Spiegelman dans Raw. Travaillant sans assistant et fort d’une carrière truffée paraît-il d’œuvres passionnantes, Morohoshi a conquis une place à part dans le cœur des Japonais et a été salué par les plus grands mangakas depuis ses débuts dans les années 70. Espérons qu’il en sera de même par les lectrices et lecteurs français sensibles au titre mystérieux de ce recueil.

L’étrange petite Tatari t.2 (série en six volumes)
Kanako Inuki
Delcourt / 5,95 €

Tatari entre en cinquième mais subit bientôt les sarcasmes cruels de ses petits camarades de classe. Naïve et timide, elle tombe allégrement dans leurs pièges, mais gare à ses pouvoirs magiques…

Érigée au rang de «Reine de l’horreur», Kanako Inuki se montre plutôt avare en hémoglobine et en monstres affreux en comparaison à ses homologues masculins Kazuo Umezu ou Junji Ito. Il faut dire que cette série recherche moins les images fantasmagoriques « chocs » destinées à marquer la rétine, qu’à faire naître l’horreur à travers la réalité crue et cruelle du quotidien. Sous couvert de fantastique, L’étrange petite Tatari aborde ainsi un thème tabou de la société japonaise « l’ijime », les brimades dont sont victimes certains élèves qui ont pour seul tort de ne pas être intégrés au groupe car jugés bizarres ou simplement différents. En porte-parole de ces souffre-douleur, l’héroïne aux faux airs de Kitarô vient rendre justice, sans d’ailleurs vraiment la rechercher. Mais si ce personnage de Caliméro en jupette inspire immanquablement l’empathie, on aurait aimé plus de surprises dans la construction narrative de ces histoires calquées toujours selon le même modèle.

Chagrin dans le ciel
Lee Hee-jae, Lee Youn-bok
Hanguk / 14.75 €

L’histoire vraie de Lee Youn-bok, un gamin de 6 ans qui tente de subvenir au besoin de sa famille miséreuse dans la Corée des années 60. Ou quand la vie s’apparente à la survie…

On avait déjà souligné toute la force des récits de Lee Hee-jae, auteur éminemment social qui s’attachait dans son recueil Vedette à mettre en lumière la vie des sans-grade et miséreux de la Corée de l’après-guerre. Il poursuit dans cette veine en adaptant le journal écrit au jour le jour par Lee Youn-bok, enfant confronté à des conditions de vie dramatiques entre une mère partie sans laisser d’adresse et un père malade incapable de travailler et de nourrir ses enfants. Cette histoire qui émut tout le pays à l’époque, fut portée sur les écrans marquant à jamais Lee Hee-jae qui avait alors le même âge que Lee Youn-bok. La force de cette adaptation est de conserver la force brute du témoignage et le regard originel de l’auteur plein d’espérance qui rejoint quelque part l’attitude frondeuse et optimiste de Gen dans le chef-d’oeuvre de Nakazawa. Mis en couleur à l’aquarelle dans des tons ocre et sépia, Chagrin dans le ciel n’en reste pas moins une œuvre émouvante et profondément mélancolique.


Fantôme
Suk Jung-hyun
Hanguk / 14, 75 €

Dans le futur, suite à une série de catastrophes planétaires, la paix règne sur terre. Jusqu’à ce qu’un attentat vienne frapper une ville sous les yeux d’une équipe TV.

La BD digitale est décidément en vogue. Dans la lignée du Chinois Benjamin, le Coréen Suk Jung-hyun manie avec une habileté confondante la palette graphique. S’il utilise une gamme chromatique plus terne, il conserve comme lui une fraîcheur et un élan à son style qui ne sombre jamais dans un esthétisme glacé. Problème Suk Jung-hyun a encore les défauts de sa jeunesse et au niveau de l’histoire, il se perd dans ses messages et discours militants brocardant à tout va la manipulation médiatique, politique et la publicité, le tout dans un enrobage de thriller d’anticipation ponctué par des scènes d’action qui tirent trop en longueur. Finalement, on s’intéresse plus aux à-côtés de l’histoire, au making-of du livre et à cette anecdote terrifiante et vraie racontée par l’auteur sur l’alerte Defcon 2 digne de Docteur Folamour qui aurait pu faire l’objet d’une passionnante adaptation.

*

On reste en Corée, avec Feux, recueil composé d’histoires courtes réalisées par Oh Sé-young dans un style réaliste et fouillé évoquant parfois plus la BD européenne qu’asiatique. Ce qui frappe vient de la diversité des thèmes abordés par l’auteur qui passe sans problème du quotidien anecdotique (Presque parfait), à l’étrange (L’évasion) jusqu’à la chronique familiale, à travers laquelle se dessine en creux toutes les blessures de cette Corée déchirée entre Nord et Sud mais plus encore par la rupture entre les générations sous l’avènement de la modernité, de la consommation et de l’argent. Un manhwa subtil, très écrit presque littéraire passionnant à lire et que l’on ne saurait trop conseiller à tous ceux qui sont rétifs à l’idée de lire de la BD asiatique. (Hanguk, 14,75 €)

Après le terrible drame qui la frappait dans le précédent volume, Mlle Ôishi remonte lentement la pente et deux heureux évènements vont chambouler sa vie à jamais. Concluant cette chronique quotidienne comme elle l’avait commencée, Q-ta Minami  allie la finesse du découpage, subtilité du trait et des sentiments pour parler comme peu d’autres de la vie à deux et de l’amour aujourd’hui. Une nouvelle réussite pour cette mangaka qui mérite bien son statut de très grande du manga contemporain (Sakka, 9,95 €).
C’est tout pour ce mois-ci, on se retrouve à la rentrée. Passez un bel été !
Mata ne !
Nicolas Trespallé

....................................................................
Mang'Arte, le magazine du manga différent
Mang'Actus, mangas, strips & dossiers complets
en ligne tous les mois
www.arte.tv/mangarte
# 30 - Juin-Juillet 07
...................................................................

Edité le : 28-06-07
Dernière mise à jour le : 28-06-07