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Interview - 11/09/07

Karim Dridi

Interview de Karim Dridi, auteur et réalisateur de la fiction « Gris Blanc »


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Comment est née l’idée du film ?
Depuis une dizaine d’années, je viens me réfugier pour écrire dans le petit village de Souliers dans le Queyras. Un jour, je suis venu avec un ami d’origine maghrébine que les villageois n’ont cessé de taquiner en l’appelant «Grise Biche», un nom un peu raciste, qui m’a quelque peu choqué mais qui au fond n’était pas si méchant. En le voyant côtoyer un garçon du village un peu candide, je ne suis dit «Tiens, voilà le Gris et le Blanc»…

C’est l’histoire d’une rencontre improbable qui permet au « Gris » et au « Blanc » de trouver leur identité…
Lak est un citadin, intéressé par le profit et le confort illusoire de la ville. Par ailleurs, il a décidé de cacher son origine maghrébine. Cette rencontre et le dilemme auquel il doit faire face lui permettent de revenir à des choses essentielles et, quelque part, de donner un sens à sa vie. Au contact de Lak, François, qui lui s’est isolé dans sa montagne, apprend à devenir un homme dans la société. Un individu capable de dire « non » et de vivre un amour qui, depuis des années, le dévore.
Au fil des séquences, chacun parvient à trouver en effet son identité. Par extension, c’est un film qui dit que rien n’est jamais blanc ou noir. Chacun peut passer par des zones d’ombres et de lumières. Et qu’au fond nous sommes tous gris.

Nous sommes toujours à la frontière de la réalité…
Je dirais que ce film est un conte réaliste. Mon idée était de réaliser une fable qui flirte avec les limites du possible. A la fois panthéiste, qui traite de l’amitié. J’ai souvent réalisé des films urbains et assez violents. J’avais envie d’une histoire simple, sans pour autant être simpliste ou naïve, où le retour à la nature peut faire du
bien. Une sorte de médicament, de bouffée d’oxygène pour les spectateurs et pour moi-même !

Comment s’est déroulé le tournage ? Filmer à 2500 mètres d’altitude n’a pas dû être facile…
Effectivement les conditions étaient assez rudes. Pendant vingt trois jours, il a fallu jongler avec le froid mais aussi la lumière qui était assez rare et difficile à capter. J’ai veillé, lors du casting, à recruter une équipe qui connaisse parfaitement la montagne.
Ainsi, les quatorze personnes du tournage étaient à la fois des amoureux du cinéma mais aussi de la nature.

Comment avez-vous réussi à filmer ces scènes, exceptionnelles, avec les cerfs ?
J’avoue que ces séquences ont été assez magiques alors que le pari était difficile à relever. Nous avons fait appel à un animalier – Monsieur Cadéac – très connu dans le monde du cinéma français. Le cerf que l’on voit au début arrivait de Rambouillet. Il venait de passer sur le tournage des Rois Maudits. Dans la montagne, nous avons construit un parc de plusieurs hectares car on ne pouvait laisser les bêtes en totale liberté. Les cerfs ne sont pas des animaux qui s’apprivoisent mais qui s’acclimatent à l’homme. À chaque prise, notamment celle où le cerf vient lécher le visage de Simon Abkarian, ce fut un petit miracle, qui s’est reproduit à chaque fois !

Confier le rôle de François à Clovis Cornillac était pour vous une évidence ?
Je voulais, depuis très longtemps, travailler avec Clovis. Avant même qu’il ne devienne une star. Il a lu une première mouture du scénario et tout de suite il m’a donné son accord. Malgré toutes les autres propositions qu’il a eues par la suite, il a tenu parole. Ce fut un grand bonheur de travailler avec lui ! Dès le départ, il a eu l’instinct du personnage, une vision très claire du Blanc. Face à ce grand acteur, il fallait trouver un comédien à sa mesure. Simon Abkarian était l’homme de la situation. Il a à la fois un côté dramatique et un côté burlesque, il a su apporter cette dose d’humour qui n’était qu’en germe dans le scénario. Enfin je souhaitais vivement tourner avec Myriam Boyer, la maman de Clovis Cornillac. Une grande comédienne que j’admire.

Quelles consignes avez-vous données à Jean-François Pauvros pour cette musique si particulière?
J’avais imaginé une musique très simple, semblable à l’esthétique du film. Il fallait quelqu’un qui soit capable d’improviser sur les images, de créer une musique à la fois organique et minimale. Pour certains morceaux, Jean François Pauvros a travaillé avec une guitare électrique, parfois il utilise un archer, ce qui donne ce son très particulier. A d’autres moments, il utilise un instrument éthiopien, très original dans ses sonorités.


  • LE REALISATEUR / KARIM DRIDI
Karim Dridi est l’auteur réalisateur de plusieurs longs métrages coproduits par la Filiale Cinéma d’ARTE France. « Bye-Bye », en 1995, est sélectionné dans la catégorie Un certain regard à Cannes où il reçoit le prix de la Jeunesse. La même année « Pigalle » est sélectionné en compétition officielle à Venise et reçoit la distinction « Michel Simon » (pour Véra Briole et Francis Renaud).
Suivront Hors jeu, sélectionné au Festival de Locarno, en 1997 (Prix d’interprétation à Rosy de Palma), « Cuba Feliz », en 2000, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, et « Fureur », en 2003, sélectionné au Festival de Berlin. Karim Dridi a aussi réalisé des documentaires : « Impression d’Afrique du Sud » (1996) et « Citizen Ken Loach » (1997).

Edité le : 12-12-05
Dernière mise à jour le : 11-09-07