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Juin 1994. Le génocide des Tutsis du Rwanda dure depuis deux mois déjà. Le reporter Jean-Christophe Klotz, qui effectue son deuxième voyage dans ce pays livré à l'horreur, se rend à Kigali, la capitale, régentée par les extrémistes hutus. Lors de l'attaque d'une mission chrétienne où se sont réfugiées une centaine de personnes, il est atteint d'une balle à la hanche. Il est évacué et rapatrié le jour même ; moins de 48 heures après, la plupart des protégés de la mission seront massacrés. Sur son lit d'hôpital, à Paris, le journaliste va voir passer en boucle à la télévision les visages qu'il a filmés au Rwanda, matière première d'un battage médiatique destiné à « lancer » l'opération Turquoise, la tardive intervention menée par l'armée française. Obsédé par la tragique absurdité de ces morts instrumentalisées, symboles d'un massacre que le monde a laissé perpétrer sciemment, il repart au Rwanda dix ans après. Il veut revoir ceux qu'il avait croisés lors de ses deux voyages, et leur montrer ses images - parmi les seules tournées durant le génocide. Il retrouve aussi Bernard Kouchner, ainsi que les très rares Occidentaux restés alors sur place, tous hantés par leur impuissance face aux bourreaux : le chef français de la mission, le père Blanchard, le Canadien Roméo Dallaire, représentant de l'ONU privé de tout moyen militaire, et le responsable suisse de la Croix-Rouge Philippe Gaillard.
L'aveuglement
Le génocide rwandais est désormais entré dans les consciences comme l'un des plus monstrueux événements de notre histoire récente. Mais on a oublié l'indifférence qui entoura, deux mois durant – ces huit semaines cruciales où des centaines de milliers de personnes furent exterminées avec des armes rudimentaires –, ce que l'Occident voulut d'abord considérer comme une « guerre ethnique » de plus. Le premier choc, vertigineux, suscité par le documentaire, c'est de remettre très concrètement le spectateur face à cet aveuglement bercé par le ronron absurde de l'« info » – essence, nous suggère Jean-Christophe Klotz, de notre rapport collectif au monde. Mais si la portée en est universelle, ce récit à la première personne ne lâche jamais le fil du singulier. Entre les images de 1994, sobrement commentées par leur auteur – notamment les séquences filmées dans le sillage d'un Bernard Kouchner en mission, d'autant plus glaçantes que tout autour, on sait que les massacres se poursuivent à grande échelle –, et les témoignages recueillis dix ans plus tard auprès des rares survivants et témoins, il émeut constamment, pour mieux interroger l'usage de l'émotion.
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Kigali, des images contre un massacre
Un film de Jean-Christophe Klotz
(France, 2005, 94 mn)
ARTE F







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