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19/05/04

Kill Bill Vol.2

De Quentin Tarantino
(USA , 2004, 135 mn)
Avec Uma Thurman, David Carradine, Michael Handsen, Daryl Hannah, Gordon Liu…
Sélection Officielle Hors Compétition
    
 Synopsis : Après s’être débarrassée de ses anciennes collègues Vernita Green et O-Ren Ishii, La Mariée poursuit sa quête vengeresse. Il lui reste à régler le sort de Budd, le frère de Bill, puis de Elle Driver avant d’atteindre son but ultime : tuer Bill.

Critique : Après le déluge de violence de « Kill Bill volume I », la deuxième partie parait plus apaisée, presque plus bavarde et d’une facture plus classique. Néanmoins, l’univers d’Eric Rohmer ou la bande des Cahiers années soixante semble bien loin, malgré une référence explicite au film de François Truffaut avec Jeanne Moreau « La Mariée était en noir ». Tarantino continue à rendre hommage au cinéma Z, bis ou ter : westerns spaghetti, films de Wu Xia Pian, films de karaté ou encore au grand « Gialo » et autres kistcheries italiennes. Un long flash-back d’un noir et blanc sec presque saturé commence le film et donne enfin les clés du massacre de l’Eglise Del Paso, lors de la répétition du mariage de « Black Mamba ».

Pour la seule et unique fois, les coups et les corps déchiquetés de balles sont hors-champ, filmés off, du ciel vers le toit de l’église. Cette tuerie possède une valeur fondatrice : noyau du film, elle motive, explique et enclenche la vengeance, les meurtres de La Mariée et le dénouement du récit. Les liquidations de « Kill Bill 2 » s’enchaînent de Budd à Bill en passant par la grande bagarre des tigresses en tornade dans une caravane : Elle versus La Mariée. Celle-ci vient d’échapper de peu à la mort, enterrée vivante par Budd six pieds sous terre. Elle s’extirpe de cette « dernière demeure » dans une scène mémorable, fantastique et claustrophobique à souhait. Une fois, la lumière et l’air libre retrouvés, elle boit un verre d’eau et dans les scènes qui suivent son prénom et son nom sont prononcés à la place du rituel bip, comme si elle était née une seconde fois, comme si sa vie venait de commencer. A signaler aussi un flash-back absolument savoureux sur l’initiation de « Black Mamba » par le Maître Pei Mei. Ces souvenirs filmés en image vidéo un peu sale, grise et documentaire réjouissent par les dialogues, jurons, insultes et noms d’oiseaux inclus, hilarants à entendre dans la bouche d’un vieux sage chinois.

Le personnage joué par Uma Thurman se montre plus ambiguë que dans le premier volume : entre mère, amante et tueuse, elle navigue en eaux très troubles. Elle et Bill figurent deux serpents qui s’entretuent parce qu’ils n’ont pas d’autre moyen de se parler, ni de s’aimer. Coincés dans leur obsession, à l’image du film lui-même. Les deux parties en un tout forment un grand œuvre à défaut d’être un grand film, subtilement déséquilibré : assez fou pour être aimé mais pas assez profond pour être adoré.

 Delphine Valloire
 
 Synopsis : La « Mariée » (Uma Thurman), qui fut naguère la « Black Mamba » du redoutable gang « Escadron international des Vipères Assassines », est toujours à la poursuite de son ancien patron et amant Bill (David Carradine) dont elle entend bien se venger. Mais celui-là, ce sera pour plus tard. D'abord, il lui faut régler leur compte à ses autres bourreaux : Budd (Michael Madsen) et Elle Driver (Daryl Hannah).

Critique : Dans son volume 2, ce film « spaghetti-samouraï-kung fu » de Quentin Tarantino, véritable hommage au cinéma d'arts martiaux et au western spaghetti des années 70, tourne au psychodrame familial en forme de clin d'œil. On y découvre que Bill n'est pas seulement un sale type imbuvable, il peut être aussi un père affectueux, et c'est sans doute sa meilleure arme pour attendrir le cœur de l'impitoyable vengeresse. D'ailleurs, il y parvient presque : un temps, il se retrouve à parler gentiment du passé avec son ex-compagne. Mais avec ce grand maître du recyclage qu'est Tarantino, on ne peut jamais être sûr de rien, sauf qu'à l'idylle succèdera à coup sûr une attaque mortelle.

Dans la seconde partie de Kill Bill, le carnage que prépare la « Mariée » prend des formes plus subtiles. Ce sera d'abord le tour de Budd, le frère cadet de Bill. Mais en bon élève de son grand frère, celui qu'on appelle « Sidewinder » (encore un nom de serpent venimeux) décide de se débarrasser de l'encombrante furie en l'envoyant sous terre. Par un long plan lugubre rehaussé d'un fond sonore non moins sinistre, Tarantino nous montre la mort sous son jour le plus oppressant : à chaque clou que Budd enfonce dans le couvercle du cercueil, c'est un peu moins de lumière pour Uma qui gît à l'intérieur, jusqu'à l'obscurité complète. Puis, lentement, péniblement, la momie vivante glisse vers les profondeurs… Un court et pesant silence, puis la terre se déverse avec fracas sur le sarcophage. La « Black Mamba » est en bien mauvaise posture, mais soyons tranquilles, Tarantino connaît la parade : il suffit d'une lampe de poche et d'un flash-back sur la Chine où la Mariée suit un entraînement spécial chez Gordon Liu, et apprend à se forger une main de fer...
 
Après tous ces rebondissements, le travail de vengeance peut se poursuivre, entrecoupé de flash-back qui nous éclairent sur les mobiles et la préparation des représailles. Chaque scène est en elle-même un petit bijou, mais les ficelles qui tiennent l'intrigue sont très ténues. S'il y a beaucoup d'habileté dans cet hommage en cinémascope à l'histoire du cinéma, il trahit aussi une vision du monde plutôt simpliste : à témoin la Mariée dont le plus cher désir est d'ouvrir un petit magasin de disques dans la province texane et de mener une vie tranquille avec son homme et sa petite fille. Un peu comme Quentin Tarantino qui adorait passer des heures à la vidéothèque pour regarder des films en boucle…

 Martin Rosefeldt

 

L'interview avec Quentin Tarantino
Extraits du "Kill Bill Vol.2"
 

Edité le : 16-05-04
Dernière mise à jour le : 19-05-04