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Cannes 2005 Compétition - 18/05/05

Kilomètre Zéro

Un film de Hiner Saleem


Ako, un jeune kurde enrôlé de force dans l’arme irakienne en 1988, cherche à s’enfuir à tout prix…

(France – Kurdistan, 2005, 96 mn)
Avec Nazmî Kirik, Belcim Bilgin, Eyam Ekrem…
Compétition

Synopsis : Février 1988, en pleine guerre Iran-Irak. Ako, jeune kurde, rêve de fuir le pays, alors que sa femme Selma s’y refuse tant que son père est vivant. Enrôlé de force dans l’armée de Saddam Hussein, Ako est envoyé au front. Soldat malgré lui, le jeune homme cherche en vain la « bonne blessure » pour être démobilisé. Un jour, il reçoit l’ordre de ramener la dépouille d’un martyr de guerre à sa famille…

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L'interview avec Hiner Salem

Critique : Deux ans après le touchant « Vodka Lemon » récompensé au festival de Venise, Hiner Saleem aborde un thème qui le touche de très près : la vie sous le régime de Saddam Hussein au moment de la guerre Iran-Irak. Ce jeune réalisateur d’origine Kurde s’est en effet exilé à Paris dès le début des années 80 pour fuir la dictature en Irak et s’inspire ici des déboires de son frère qui a déserté l’armée à cette époque. Ce road-movie atypique commence dans les montagnes du Kurdistan puis à la frontière où se déroulaient les combats et enfin retourne dans les montagnes kurdes qui bordent la frontière avec la Turquie.

Ce parcours chaotique est aléatoire est celui d’Ako successivement piégé par la mort imminente de son beau-père, par son enrôlement musclé dans l’armée, par la mort qui frappe au hasard puis par le voyage imposé en compagnie d’un chauffeur hostile pour ramener le corps d’un soldat mort dans son unité à sa famille habitant à deux jours de route du fort. Dans les scènes les plus dramatiques, les plus violentes, Hiner Saleem glisse toujours de l’absurde et de l’humour en antidote à l’insoutenable. Les images du film toujours construites au cordeau et nimbées d’une lumière de poussière et de soleil misent sur l’étonnement et la surprise : un lit le long de la route comme dans « Vodka Lemon », des voitures couvertes de cercueils et de drapeaux, un homme-faune sans bras au sommet d’une colline. Le cinéaste donne aussi à ressentir cette impuissance lourde ressentie face à la cruauté et à la brutalité crasse. Avec ce recul qui caractérise les artistes, il montre toute l’abyssale bêtise de ces hommes qui succombent au syndrome du petit chef et qui profitent de leur minuscule et immense pouvoir pour faire le mal, dominer et écraser les plus faibles. Propos universel s’il en est. Le massacre des populations kurdes par Saddam Hussein est sobrement évoqué : par le vide avec un village dont les habitants ont été déportés et par le racisme dont sont victimes Ako et ses compagnons. Nazmî Kirik, qui incarne ce jeune « soldat malgré lui », a l’air inquiet puis dépassé et révolté. Son air lunaire et un rien déboussolé fait merveille dans les scènes où Ako « pète les plombs » en brandissant sa jambe au dessus des tranchées sous le feu, dans le but tordu d’être réformé pour mutilation. « Kilomètre Zéro » réussit le pari d’être à la fois un film pessimiste sur cette inhumanité banale qui dresse les gens contre les autres, une fable anti-guerre d’une belle efficacité, et de finir sur une envolée lyrique, pleine de joie et de beauté : un concentré de vie.

Delphine Valloire

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Kilomètre Zéro
Un film de Hiner Saleem
(France – Kurdistan, 2005, 96 mn)
Avec Nazmî Kirik, Belcim Bilgin, Eyam Ekrem…
Compétition - Filmfestival Cannes 2005

Edité le : 12-05-05
Dernière mise à jour le : 18-05-05