Synopsis : Peping, un jeune étudiant en criminologie, est recruté par son ancien camarade de classe, Abyong, pour travailler en tant qu’homme à tout faire au service d’un gang local de Manille. Cette activité lui permet de gagner de l’argent. Abyong propose alors au jeune homme de s’engager dans une « mission spéciale », particulièrement bien rémunérée…
Critique : Il est essentiel de ne pas révéler les détails de l’intrigue de « Kinatay » (qui se traduit tout de même par « massacre »). Le souci est de préserver bien entendu l’attention du spectateur, mais aussi d’exacerber sa mise en situation à laquelle Mendoza tient plus que tout. Grâce à une montée graduelle de l’effroi, obtenue de surcroît par une narration quasi en temps réelle, le cinéaste philippin projette son personnage principal, Peping (un nom prédestiné), le double du spectateur, face à un terrible cas de conscience. Peping s’engouffre au propre comme au figuré dans une nuit sans fin. A l’écran, la fourgonnette dans laquelle il a choisi de prendre place fait de même dans l’obscurité des rues de Manille livrées à la face nyctalope de cette ville où la vie ne vaut presque rien, où une mort en remplace très rapidement une autre.

Kinatay
de Brillante Mendoza
(2009, Philippines – France, 1h50)
Avec Coco Martin, Julio Diaz, Mercedes Cabral…
Compétition

Pour cet homme encore très jeune, après avoir été le témoin et le complice d’un acte horrible, il n’y aura plus de soleil. Peping ne sortira sans doute jamais de cette nuit noire et le bruit des coups de machette va peut-être le hanter toute sa vie… Brillante Mendoza aime bien les métaphores (on se souvient du furoncle éclaté face caméra dans « Serbis »). Dans « Kinatay », c’est un pneu crevé qui nous interpelle. Peping veut fuir et rentrer chez lui, mais le taxi dans lequel il a pris place et s’est assoupi est victime d’un pneu crevé. Le heurt violent vaut comme un réveil brutal, alors que le passager pensait oublier un peu ses tourments dans le sommeil. Il quitte aussitôt le véhicule, mais pas seulement par peur : A Manille, lorsqu’une chose ou une personne n’est plus utile aux intérêts de quelqu’un, il l’abandonne aussitôt. La métaphore est par conséquent doublée, mais grâce à l’énergie qu’insuffle Mendoza dans sa mise en scène, et grâce à son souci de rester concret et jamais sentencieux, il parvient à la faire passer. Ce n’est pas rien que de réussir cela.
Julien Welter