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Festival

Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Filmfestival Berlinale 2008 - Compétition officielle - 23/12/08

Kirschblüten - Hanami

Un film de Doris Dörrie


Au Japon, les cerisiers sont en fleur et la mort au travail.

Un film qui aborde de façon émouvante, chaleureuse et authentique le problème de la séparation et de la mort, et de la manière les d'appréhender.

Synopsis : Trudi (Hannelore Elsner) apprend que son époux Rudi (Elmar Wepper) est atteint d’un cancer en phase terminale et ne trouve pas le courage de le lui annoncer. Lorsque le médecin lui suggère d’entreprendre pour la dernière fois un voyage avec son mari, Trudi propose à ce dernier, qui n’aime guère quitter le petit village où le couple réside, de rendre visite à leurs enfants à Berlin. Quelque peu décevante, la visite de la capitale est rapidement suivie d’un séjour au bord de la mer Baltique. Là se produit un évènement dramatique qui va obliger Rudi à reconsidérer son épouse, passionnée par la culture japonaise et le Butoh, la « danse des ténèbres ».

Critique : Dorris Dörrie connaît bien le Japon, mais elle a décidé de confronter l’image de ce pays au portrait d’un couple typiquement allemand. Par amour pour son épouse, Rudi le casanier sort soudain de ses charentaises et entreprend un long voyage. Sans nourrir de rancœur envers ses enfants qui ne sont que ce qu’ils sont, c’est-à-dire le produit de leur époque pressée et individualiste, le sexagénaire largue les amarres et quitte ses habitudes dans un geste presque héroïque. Selon la culture japonaise, l’héroïsme se rattache à l’idée du sacrifice et de la mort bien plus qu’à celui de la victoire propre à la culture américaine. La mort qui plane autour du couple formé par Trudi et Rudi trouve une résonance au travers d’un périple au pays du soleil levant.

Lâché dans les rues de Tokyo, incapable de comprendre ou de lire le japonais, Rudi éprouve ses habitudes d’allemand en goguette et Dorris Dörrie l’imagine volontiers assis en train d’aligner les verres de bière, puis se rendre dans un club érotique. Face à un sujet nourri par sa propre expérience du deuil et propice à un dépouillement formel, la cinéaste de « Männer » (1985) et « Nackt » (2002) ne recherche pas pour autant la respectabilité. Elle est restée la même et ne dédaigne pas les blagues potaches ou les bons mots. Le choix de la caméra DV peut lui aussi étonner par son rendu un peu chiche, particulièrement flagrant dans la deuxième partie du film, lorsque l’accessoire se substitue à celui du touriste prêt à découvrir le Japon et ses cerisiers en fleur. La réputation du pays à se révéler un enfer pour les réalisateurs occidentaux désireux d’y travailler a sûrement incité la production à opter pour une équipe légère et mobile. Hormis un plan à hauteur de tatami, situé à Berlin lorsque les petits-enfants de Trudi et Rudi jouent sur le tapis du salon familial, le Japon est regardé avec les yeux de novice de Rudi. Il est tentant de rattacher à ce moment « Dolls » de Takeshi Kitano (2002), « Voyage à Tokyo » de Yasujiro Ozu (1946), « La Ballade de Narayama » de Shohei Imamura (1983) et bien entendu « Lost in Translation » de Sofia Coppola (2003) à ce voyage automnal marqué par l’acceptation et la venue de la mort. Le réflexe référentiel est toutefois secondaire, car Dorris Dörrie a voulu s’adresser en premier lieu au public allemand dans son ensemble plutôt qu’aux cinéphiles revendiqués.

Julien Welter


Synopsis : L’histoire d’un amour dévoué et d’un voyage poétique au plus profond de l’être. Trudi est la seule à savoir que son mari Rudi est atteint d’un cancer en phase finale. Lorsque le médecin lui suggère d’entreprendre pour la dernière fois quelque chose ensemble, Trudi persuade son mari d’aller à Berlin pour rendre visite à leurs enfants et petits-enfants. Ceux-ci sont toutefois trop pris par leur propre existence pour se soucier du vieux couple. Après avoir assisté à une représentation d’un danseur de butoh, Trudi et Rudi vont dans un hôtel au bord de la Baltique. C’est là que Trudi meurt subitement ; l'existence de Rudi est bouleversée. Il ne sait pas ce qu’il va devenir. Puis il décide de partir pour le Japon rendre visite à Karl, son fils cadet.
Doris Dörrie : « L’inspiration pour KIRSCHBLÜTEN – HANAMI m’est venue du film d’Ozu, TOKYO MONOGATARI (1953), qui reprenait quant à lui l’histoire du film américain de Leo McCarey, MAKE WAY FOR TOMORROW (1937). Une histoire occidentale partie en Orient et qui revient en Occident. M’inspirant en effet de la constellation du début du film d’Ozu, j’ai élaboré l’histoire du père veuf qui part d’Allemagne pour se rendre dans le pays d’Ozu. Il y trouve quelqu’un qui prend soin de lui sans pouvoir vraiment partager le même langage – c’est la jeune Yu, danseuse de butoh. »

Critique : On aspire parfois à plus d'humanité et d'empathie, et pas seulement dans le cadre d'un festival qui diffuse de nombreux films durs et pessimistes en provenance du monde entier. En l'occurrence, on peut toujours faire confiance à Doris Dörrie et au regard bienveillant qu'elle porte sur l'humanité, et bien que son nouveau film aborde le douloureux problème de la mort, de la séparation et des occasions manquées, il s'agit d'une histoire à la fois joyeuse et mélancolique, qui se prête magnifiquement aux larmes, mais avec un sentiment de bien-être et de sérénité. Une histoire à ce point sentimentale aurait pu finir en navet mélodramatique, mais Doris Dörrie parvient à maintenir l'équilibre entre compassion et distanciation envers les personnages, dont les contradictions et les touchantes faiblesses éveillent systématiquement en nous le besoin de les prendre dans les bras. Cette chaleur communicative est, d'ailleurs, peut-être poussée à l'excès, ce qui provoque parfois des réactions de rejet : après tout, on ne peut pas passer son temps à se prendre dans les bras. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Doris Dörrie transpose à Tokyo la scène où Rudi croise un groupe de Japonais qui proposent gratuitement et sans arrière-pensée de prendre les gens dans leurs bras: cette méthode du „free hugs“ existe déjà au Etats-Unis. Après une hésitation, Rudi essaye, ça lui plait, puis il poursuit son chemin. Une expérience nouvelle, certes, mais une illusion passagère, car dans ce monde, la compassion véritable et la chaleur humaine ne sont jamais désintéressées et toujours aussi éphémères. Et encore faut-il payer de sa personne, c'est ce que montrent en général les relations familiales déficientes : tous se donnent de la peine, et pourtant, tous ont mauvaise conscience de pas en faire assez et d'avoir raté certaines choses : une blessure, certes, pour la plupart d'entre nous, mais dans les conditions de vie actuelles, un dilemme insoluble. Lors de l'interview, Doris Dörrie a dit que beaucoup de personnes qui avaient vu le film, avaient ensuite appelé leurs parents ou leur avaient rendu visite. Un phénomène émouvant, mais qui ne perdurera certainement pas.

La vrai force de ce film ne réside pas dans l'histoire de famille elle-même, mais dans la confrontation avec le passé, la mort et les rituels qui lui sont associés. La façon dont Rudi apprend, au Japon justement, à faire dignement le deuil de Trudi est véritablement émouvant, sans sentimentalisme : une grande performance d'acteur de la part de Elmar Wepper. Même la danse du 'butho', qu'il effectue par la pensée avec Trudi face au Fujiyama, enfin libéré des brumes, n'est nullement grotesque, mais paraît aussi naturelle que le fait de porter le gilet bleu et le collier de Trudi pour pouvoir lui montrer les cerisiers en fleur et le Fujiyama.

On découvre avec étonnement et ravissement la mutation d'un acteur établi, dont l'image figée nous était familière depuis des décennies.
Même si le film n'est pas exempt de tout cliché, même s'il paraît parfois niaisement japonisant et franchit occasionnellement la frontière du sentimentalisme kitsch, on lui doit de faire renaître de grands acteurs, de diffuser un humanisme sincère et de démystifier la mort sous bien des aspects. Assurément un film qui sera bien accueilli partout.

Thomas Neuhauser
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Kirschblüten - Hanami
(Cherry Blossoms - Hanami)
Allemagne, 2008, 122 min
Réalisateur : Doris Dörrie
Avec : Elmar Wepper, Hannelore Elsner

Edité le : 08-02-08
Dernière mise à jour le : 23-12-08