L’acteur Klaus J. Behrendt est plus connu du public dans la série policière « Tatort » où il incarne un commissaire qui traque les criminels. Il a changé de registre en jouant dans « Le naufrage du Pamir », film catastrophe qui s’inspire d’une histoire vraie.Quand la série TV « Tatort » est tournée à Cologne, c’est le commissaire Max Ballauf qui mène l’enquête. Et il coince toujours le coupable… Klaus J. Behrendt se glisse dans la peau de ce personnage. Cet acteur de 46 ans a plusieurs cordes à son arc, et le prouve dans la fiction « Mein Vater » (Mon père), qui a reçu plusieurs récompenses. ARTE a discuté avec lui de son dernier tournage, « Le naufrage du Pamir ». Il y tient le rôle principal et c’est aussi lui qui a eu l’idée de faire ce film.
M. Behrendt, le titre du film annonce déjà la couleur, et on sait qu’il n’y aura pas de happy end.
Je suis né en 1960, mes parents m’ont raconté comment le navire-école « Pamir » a coulé en 1957. Ce fut le plus grand naufrage qu’ait connu la nation allemande après la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, comme une grande partie de la population a oublié cette histoire, je pense qu’il est bon d’en reparler. Je ne veux surtout pas faire de comparaison mais quand James Cameron a tourné l’histoire du « Titanic », on savait aussi comment cela allait finir.
Le terme de « film catastrophe » est-il approprié pour « Le naufrage du Pamir » ?
Il donne l’impression que le film verse dans le sensationnalisme. Mais pour autant, ce n’est pas un film où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il raconte une terrible catastrophe à laquelle six personnes seulement ont survécu et où les autres, surtout des personnes jeunes, ont péri noyées dans des conditions dramatiques.
Ce film se déroule en 1957, une époque où l’on croyait encore en l’autorité. Brosse-t-il un tableau réussi des années 1950 ?
Douze ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, un tout autre climat régnait encore en Allemagne. Impossible de comparer la génération d’alors avec celle d’aujourd’hui. On le voit dans le film avec des scènes comme le contrôle des mains. A Buenos Aires, seuls les marins qui ont des ongles propres, une tenue soignée et les cheveux coupés à ras ont le droit de descendre à terre. Ce navire est un porte-étendard de la République fédérale d’Allemagne. Mais ce n’est qu’un univers en soi, un microcosme au milieu du macrocosme. Il ne faut pas faire l’amalgame avec ce qui se passe au sein de la société. Sur un bateau, on vit autrement, il faut obéir aux ordres – sinon ça ne peut pas marcher.
Le retour à la discipline fait débat aujourd’hui. Les jeunes de l’époque étaient-ils mieux préparés à la vie ?
Sur le principe, je ne trouve pas mauvais de montrer aux jeunes ce qu’est l’obéissance, de leur demander de respecter une certaine discipline. Mais sur le « Pamir », on applique une discipline militaire, cela me fait penser à l’époque nazie. Ce n’est pas vraiment souhaitable.
Vous êtes l’un des initiateurs de ce projet de fiction. Comment avez-vous été impliqué dans les préparatifs du « Naufrage du Pamir » ?
L’auteur du film, Fritz Müller-Scherz, est un très bon ami à moi. Il a grandi sur une péniche qui était amarrée à l’année à Travemünde, près du « Passat », le bateau-jumeau du « Pamir ». Dès l’enfance, il savait que le « Pamir » avait coulé, entraînant beaucoup de gens dans la mort. Son rêve, c’était d’écrire un scénario en s’inspirant de ce fait divers. Pour ma part, c’était génial de le pouvoir lui faire rencontrer le bon producteur : Matthias Esche, qui a tout mis en branle afin que ce projet onéreux puisse voir le jour.
Qu’est-il advenu du « Passat », le bateau-jumeau du « Pamir » ?
Depuis 1957, le « Passat » mouille dans le port-musée de la ville de Travemünde – pour nous, c’étaient des conditions idéales : le navire est en parfait état, nous avons pu y filmer les scènes d’intérieur. Les scènes en extérieur ont été tournées sur le navire russe « Sedov ».
Pourquoi sur un navire russe ?
Le « Sedov » a navigué un temps sous pavillon allemand. Construit en 1921, il a été d’abord baptisé « Magdalene Vinnen » puis « Kommodore Johnsen ». Après la guerre, il a été donné en réparation aux Russes. Actuellement, c’est le plus grand quatre-mâts barque au monde. Il sert de navire-école à la marine marchande, et Murmansk est son port d’attache. Il a presque les mêmes dimensions que le « Pamir ». A Emden, au nord de l’Allemagne, nous l’avons repeint dans les couleurs du « Pamir », en rouge et noir. La vraie star de ce film, c’est ce navire.
Comment se fait-il que vous qui avez été mécanicien des mines, vous connaissiez si bien l’histoire de la navigation maritime ? Etes-vous un passionné de voile ?
Absolument pas. Mais on aurait eu l’air fin si le téléfilm n’avait eu ni queue ni tête. C’est pourquoi je me suis familiarisé avec cette matière. Quand le tournage a commencé, nous avions déjà navigué pendant 15 jours à la voile sur le « Sedov » ; nous sommes partis d’Amsterdam pour les Canaries en traversant le golfe de Gascogne. C’était idéal pour se familiariser avec le navire.
Comment s’est déroulée la collaboration avec les marins du « Sedov »?
Nous avons eu pendant tout le tournage une centaine de cadets russes à bord. Ils ont fait beaucoup de manœuvres, ils ont travaillé dur et ont dû grimper sur les mâts. Cela ne leur a pas forcément plu.
Avez-vous apprécié le tournage ?
Disons que j’étais content quand ça s’est terminé, quand j’ai pris l’avion pour quitter Malte où nous avions tourné les dernières scènes. Sur le navire, nous dormions sur des couchettes étroites dans des cabines de six ou de vingt personnes. Pour le tournage, nous partions en mer pendant une semaine et nous ne revenions que le week-end sur la terre ferme.
Vous êtes connu pour vous engager dans des initiatives comme celle de l’association « Tatort – Straßen der Welt » qui, s’inspirant de l’épisode sur Manille de la série TV « Tatort », dénonce le trafic d’enfants et le tourisme sexuel.
Je trouve bon de traiter dans les films de thèmes qui font débat. Des films qui ne soient pas des produits de consommation mais qui interpellent les téléspectateurs. Si on atteint ce but, c’est déjà beaucoup. Il y a des choses pour lesquelles il vaut la peine de se battre. L’association « Tatort » existe depuis neuf ans, elle est de taille modeste mais elle a déjà porté ses fruits. Ceci ne reste pas moins un engagement à titre privé. Sur le plan professionnel, je m’efforce de faire du bon travail avec des professionnels.
Vous faites partie de ces acteurs à qui on ne peut quasiment reprocher aucun mauvais film.
Je n’irai jamais reprocher à un confrère qu’il fait de mauvais films. J’ai le privilège, pour l’instant – je ne sais pas encore combien de temps cela durera - de choisir mes films. J’ai de la chance ou peut-être la main heureuse. Il y a encore quelques bons films en prévision.
Par exemple ?
Notamment « Einfache Leute » (Des gens simples), une fiction de la chaîne allemande NDR. J’interprète un maître-nageur homosexuel – mais ce film ne se veut en aucun cas diffamatoire. L’intrigue se déroule en zone rurale, où il n’est pas aussi facile de vivre son homosexualité qu’en milieu urbain. De ce fait, beaucoup de couples sont obligés de se cacher, ce qui les ronge. C’est un film sans prétention mais il est très beau : il est complètement différent du « Naufrage du Pamir », qui campe un milieu exclusivement masculin, avec des durs à cuire, du moins en apparence.
En apparence ?
Quand on dit « film masculin », on pense à des durs à cuire. Mais si l’on se penche d’un peu plus près sur les personnages, on s’aperçoit qu’ils ont une grande sensibilité.
Propos recueillis par Christian Bartels pour ARTE Magazin
ARTE PLUS
Klaus J. Behrendt : né en 1960 à Hamm, près du bassin de la Ruhr. Formation de mécanicien des mines ; de 1981 à 1984, cours d’art dramatique à l’école Hedi Höpfner de Hambourg. Depuis 1996, il interprète le commissaire Max Ballauf dans la version made in Cologne de la série « Tatort ». Il vit à Berlin et il est le père de cinq enfants.
Filmographie (une sélection) :
« Donna Roma » (2006);
« Das Kanzleramt » (2004/05);
« Mein Vater » (2002) a reçu le prix Adolf-Grimme, le Bayerischer Filmpreis, un Emmy Award






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