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ARTE Reportage

Le magazine d'actualité internationale. Tous les samedis à 18h50. Présenté en alternance par William Irigoyen et Andrea Fies

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ARTE Reportage du 8 février 2006 - 20/02/06

Koweit : entre commerce et colère

Transcription


 
Jamel est à bout… surtout quand on touche aux choses essentielles … Mais pourquoi crie-t-il si fort ? Est-il à ce point en colère ?
"Pas du tout. Je suis un homme heureux. Moi même je suis Egyptien, et le Koweït est un super pays !"
"Et vous détestez tous les Européens ?"
"Non ! Nous sommes tous des créatures de dieu ! Et dieu est là pour tous. Je t’aime toi et tous les gens !"

Au marché aux poissons de Koweït-City, on s’intéresse surtout aux affaires… et à l’argent. La religion …il n’en est pas question ici. Le Koweït est un des pays les plus riches du monde. Un pays où toute la nourriture est importée – excepté le poisson. L’affaire des caricatures effraye surtout les milieux d’affaires. Il faut surtout prouver qu’on a rien à voir avec une entreprise scandinave……

Qu’est-ce qu’il y a écrit là ? Il y a écrit que ce jus ne vient pas du Danemark mais d’Arabie Saoudite.

Depuis les années 60, les revenus du pétrole assurent aux Koweïtiens un confortable train de vie. Les Emirs veillent aussi – avec la plus grande fermeté– à ce que le Koweït reste un pays calme, sans violence.

Le consulat du Danemark dans un quartier résidentiel. Ici, tout est calme, pas de drapeaux ni de bâtiments incendiés. Pas de manifestation, pas de police. Un seul gardien pour éviter tout problème – et cela suffit… Les entreprises danoises en revanche souffrent de la crise. Alors que l’année dernière, le chiffre d’affaires de cette entreprise de produits laitiers était de 15 millions de dollars… aujourd’hui le boycott fait des dégâts...

L’alimentation est le secteur le plus touché par le boycott, un boycott orchestré par le gouvernement. Dans les supermarchés d’Etat, tout ce qui est danois est pointé du doigt. Cela concerne aussi bien le beurre, les haricots, le fromage ou le chocolat que du matériel HI-FI ou les Lego.

Peter Hallberg: "En tant qu’entreprise, on a en fait rien à voir avec toute cette histoire, mais pourtant c’est nous qui en subissons les conséquences."

" Vous avez l’impression d’être pris en otage ?"

" Oui, on peut le dire comme ça."

Et voici un de ces magasins d’Etat. Il y en a dans tous les quartiers de Koweït-City. La semaine dernière, tous les rayons ont été passés au crible, afin d’ôter les produits danois – l’ordre venait des plus hautes sphères. Depuis, des affichettes sont accrochées dans certains rayons. Regardez : il y a écrit que le Danemark a publié les caricatures dans des journaux. C’est pour ça qu’on a enlevez tous les produits danois. Il n’y en a plus. Tout ce qui est Danois a disparu de nos magasins.

Mais le boycott est loin d’entraîner une pénurie, car les produits d’autres pays européens continuent d’être vendus. Même si dans ces pays on a aussi publié les fameuses caricatures du prophète.

"Nous respectons la liberté d’expression. Mais pas quand il s’agit de nos prophètes et de la religion. Si vous publiez des caricatures de nos prophètes, comment voulez-vous que je respecte alors votre liberté d’expression ? Tout ce que vous voulez, mais pas nos prophètes. Caricaturer des prophètes ? Ce n’est pas bien ! Le journal en question s’est excusé depuis. Et je pense que les gens apprécient ce geste. Dans une, deux semaines, toute cette histoire sera oubliée. Il y a des intellectuels et des religieux dans ce pays qui comprennent très bien la situation. Et ils sont satisfaits de ces excuses."

Au sous-sol du supermarché, le manager nous montre les produits incriminés – ils n’ont pas été jetés mais entreposés dans les chambres froides. On va renvoyer tous ces produits au grossiste. Il y a du beurre, du fromage et des légumes surgelés. Des aliments qui se conservent. De toute manière, des aliments périssables ne sont pas importés du Danemark. Dans les rayons, ces produits sont remplacés en partie par d’autres produits européens, mais surtout par des produits en provenance d’Arabie Saoudite. On garde tout ça ou on le renvoie ? … Non, on ne va pas vendre ces produits – on les renvoie au grossiste ! Petits pois et haricots peuvent encore être conservés 6 mois. Le manager pense qu’il pourra les vendre plus tard.

C’est la prière du vendredi dans la plus grande mosquée du Koweït. L’imam n’évoque que par allusion la crise provoquée par les caricatures:

"Dans les sourates, il est écrit : Dieu dévoilera toutes les méchancetés ! Laissez-les seulement se moquer ! Laissez-les railler ! Dieu décidera lui-même de ce qu’ils ont fait. Un jour ils devront se justifier devant dieu et alors ils diront : ce n’était qu’une plaisanterie …"

Boycott économique oui.. Mais pas d’incitation à la violence.

Au Koweït, quand le boycott a commencé, cela ne venait pas du gouvernement. Non, le boycott a démarré dans des entreprises, donc c’est parti d’individus. Le journaliste a dit que les caricatures sont l’expression de sa propre liberté d’expression – d’accord, mais alors orchestrer un boycott, cela relève aussi de la liberté individuelle. Dans son prêche, l’imam dit que la violence est inacceptable et qu’aucun musulman ne devrait en venir aux actes. Il appelle les fidèles à faire confiance à dieu pour régler cette histoire.

Dans les supermarchés, on a toujours le choix : "Si vous prenez 25 produits identiques et que vous en enlevez cinq, il en reste toujours 20. Et c’est bien ce qui fait la beauté du Koweït et des Etats du Golfe : Nous sommes un grand marché ouvert !"

Il est vrai que dans les grands temples du commerce, ce qui compte, c’est avant tout de consommer. Au Koweït, la démocratie n’existe pas, les partis politiques sont interdits. En contrepartie, les Koweïtiens ne payent pas d’impôts… et consomment énormément. Le royaume des émirs est un drôle de monde. Un monde fait de luxe où il n’y a pas de place pour les Islamistes radicaux – ici on préfère parler business. Et c’est aussi ce que l’imam a dit. Asseyons-nous ensemble autour d’une table. Il n’y a qu’en dialoguant, de manière civilisée que nous pourrons avancer. Mais si untel pense : ‘moi j’ai raison, et toi tu as tort’ et que l’autre pense aussi qu’il a raison, alors il est impossible de trouver une solution.

Le Koweït gère la crise des caricatures à sa manière : boycott oui, mais surtout pas de violence ! Car cela pourrait nuire au sacro-saint commerce !!


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Tous les mercredis vers 21h35

Edité le : 13-02-06
Dernière mise à jour le : 20-02-06


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