Le Japon féodal, époque Edo. Dans le quatrième volet de la saga, l’ancien bourreau du shogun poursuit son chemin meurtrier. Le « loup solitaire », assoiffé de vengeance, est toujours accompagné de son fils, le courageux Daïgoro. C’est alors qu’une femme experte en arts martiaux commence à semer la terreur parmi les samouraïs qu’elle attaque, semble-t-il, au hasard. La belle sabreuse Oyuki, dont le corps couvert de tatouages tétanise les assaillants, les tue et leur tranche le chignon. Ogami a un contrat sur elle. Il suit sa trace jusque chez les Gomune, ménestrels, acteurs, conteurs et autres artistes de rue organisés en une sorte de clan, où Oyuki a passé sa jeunesse. Le chef de clan aveugle est son père ; il révèle à Ogami où se trouve sa fille, bien qu’il l’aime, ou peut-être justement parce qu’il l’aime. Lorsqu’enfin Ogami débusque Oyuki, le mystère s’éclaircit. Élue « besshikime » (femme guerrière) par le prince, elle doit s’initier au maniement des armes mais se fait violer par son maître. Pour rétablir son honneur, elle tue d’innombrables samouraïs, et envoie leur chignon au prince dans l’espoir que son violeur soit enfin lancé à ses trousses. Elle pourrait alors le tuer dans un dernier combat singulier. Or, il surgit tandis qu’Ogami est en train de lui parler. Grâce à ses tatouages sur le dos et la poitrine, dont on dit qu’ils exercent un pouvoir néfaste sur ceux qui les regarde, elle assouvit sa vengeance et le tue. Ogami admire son courage et sa force morale, mais il se voit contraint de venger l’honneur de tous les samouraïs innocents qu’elle a tués. Il engage le combat. Les tatouages d’Oyuki, cachés par les habits qu’elle a revêtus, ont perdu leur pouvoir. Oyuki est vaincue. Elle riposte au coup mortel d’Ogami par un geste d’amour et de paix. La scène de mort devient une scène d’amour. En signe de respect envers cette vaillante adversaire, Ogami fait brûler le corps sur un bûcher et apporte l’urne mortuaire au père d’Oyuki. En chemin, il rencontre Gunbei Yagyu, contre lequel il s’était autrefois battu pour le poste de bourreau du shogun. Ogami avait perdu le combat mais obtenu le poste, ce qui avait déclenché la fureur du clan de Yagyu, et abouti au meurtre de l’épouse d’Ogami. Un nouveau combat se prépare entre Ogami et Gunbei, le seul adversaire qui l’ait jamais vaincu.
Comme la plupart des séries japonaises de « chanbara » (un genre où les sabres s’entrechoquent et font jaillir des fontaines de sang), les six films de la série « Kozure Ôkami » ont été tournés avec une équipe qui n’a pratiquement pas changé d’un bout à l’autre. Ils sont sortis dans les salles nipponnes de 1972 à 1974. Peu remarqués au Japon, ils ont acquis plus tard un statut de série culte en dehors du pays. Quatre d’entre eux ont été réalisés par Kenji Misumi, et ils constituent sans doute l’apogée de son œuvre : Misumi a transcendé la limite entre la brutalité du film de sabre et l’esthétique du cinéma japonais classique.
« Kozure Ôkami » est adapté du manga « Le Loup à l’enfant » de Kazuo Koike et Goseki Kojima, qui a marqué de son empreinte le sous-genre des mangas de samouraïs, mais aussi la bande dessinée américaine puisque, presque dix ans après sa parution au Japon en 1979, il a été repris par le scénariste et dessinateur Frank Miller.
Le voyage d’Ogami est un long cheminement qui le conduira, peut-être, à la rédemption. Le héros se voue à l’enfer et à la damnation. En Occident, ses excès sanguinaires pourraient passer pour du nihilisme. Mais c’est bien d’une quête d’illumination bouddhique qu’il s’agit ici - une quête qui passe par les vies de ceux qu’il a tués. C’est cela, le sens de la grande stylisation de ces films. Un concept difficile pour un occidental, mais qu’il faut absolument accepter si l’on veut comprendre le sens profond de la saga.
L’iconographie du sang et la précision horlogère des combats au sabre charme aujourd’hui encore les adeptes du trash, mais aussi des cinéastes comme Quentin Tarantino. On peut lire dans le « Lexikon des internationalen Films » que cette production est un « film dérangeant de grande qualité esthétique dont l’action s’enracine profondément dans la tradition et la philosophie japonaises ».






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