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Le Décalogue

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27/08/08

Krzysztof Kieślowski

«Tel est le propre du grand art kieslowskien qui ne met jamais en avant ses propres effets de style au profit d’une lisibilité de tous les instants. N’adhérant à aucun catéchisme idéologique ou esthétique, Krzysztof Kieslowski (…) est d’abord et avant tout un artiste dont l’objectif est à la fois d’éprouver sa propre liberté de création et de mettre son spectateur face aux multiples possibilités de vie qui s’offrent à lui, donc, en dernière instance,
de le confronter lui aussi à sa propre liberté.»
Thierry Jousse

Krzysztof Kieślowski est né à Varsovie le 27 juin 1941. Il suit d’abord une formation de décorateur au Collège des techniciens du théâtre à Varsovie avant d’intégrer en 1965, l’école de cinéma de Lodz où il réalise dès l’année suivante, deux courts métrages, de fiction d’abord : «Tramwaj» (Tramway) puis documentaire : «Urzad» (Le bureau).

«C’était tout naturel de commencer par le court métrage. Mon enfance s’est passée «en voyage» : mon père était malade et nous avons souvent déménagé de sanatorium en sanatorium, de ville en ville. J’ai appris à observer le monde.»

Dès lors et jusqu’en 1981, date à laquelle sort son film «Pzypadek» (Le hasard), Kieślowski enchaînera les documentaires, pour la plupart de format court, témoins obsessifs d’une société polonaise en implosion. «La cicatrice» long métrage réalisé en 1976, constitue néanmoins une sorte de transition vers la fiction ; dans un style au confluent de la narration et du cinéma vérité, Kieslowski continue d’interroger la réalité du socialisme polonais à travers un personnage incarnant le rôle d’un technocrate discrédité par la population locale qu’il administre.

Kieślowski fait alors partie, aux côtés de quelques cinéastes comme Agnieszka Holland, Falk, Kijowski, Munk, … de cette génération de cinéastes influencés par le cinéma d’Andrej Wajda ou de Krzysztof Zanussi et dont l’œuvre s’inscrit dans ce qui fut communément désigné par le courant du «cinéma de l’inquiétude morale». Un cinéma de la révolte, du désaveu d’une réalité travestie. Dans cette Pologne des années 70, les cinéastes sont solidaires ; les aînés tendent la main aux plus jeunes, les acquis des uns servent à nourrir les autres.

Rattrapés par une censure qui se radicalise, les cinéastes se séparent quelques années plus tard, convaincus d’avoir été jusqu’au bout de ce qu’il était possible de montrer. Pour Kieślowski, au-delà du pessimisme politique, un autre questionnement a déjà commencé ; pendant le tournage de «Premier amour» (1974), le réalisateur a le sentiment importun de voler les larmes du jeune père qu’il filme ; il s’interroge alors sur la légitimité éthique du documentaire, de la réalité rendue comme telle, hors du prisme de la représentation.

«J’ai commencé par le documentaire. Je l’ai abandonné car tout réalisateur de document finit par percevoir les limites à ne pas transgresser, celles au-delà desquelles on risque de faire du tort à ceux qu’on filme. C’est alors qu’on ressent le besoin de faire des longs métrages.»

Une nouvelle problématique viendra hanter les films de Kieślowski; aux masques de l’hypocrisie politique qu’il s’attachait à faire tomber en filmant la réalité se substituent les artifices du cinéma et de l’image. Le cinéma comme médiation de la réalité devient alors l’objet central de ses films à compter de «L’amateur» qu’il réalise en 1979, où la question principale qui y est posée pourrait se résumer à «que filmer ?». «L’amateur» figure un personnage qui, ayant découvert l’acte de filmer, va petit à petit faire corps avec sa caméra, celle-ci devenant sa seule fenêtre sur le monde. Autarcie de l’artiste, claustration, sur-lucidité ? Autant de thèmes que Kieslowski déclinera à travers une mise en scène traversée d’écrans, de filtres, de panneaux, comme autant d’obstacles à la vérité, à la vie, jusqu’à l’illumination libératrice de «Rouge», son dernier film.

«De plus en plus souvent, je m’aperçois que la vie, c’est tout autre chose que le cinéma. Et je me rends compte que je commence à passer à côté de ma vie. C’est pourtant tout ce que je possède.»

Kieślowski s’est éteint le 13 mars 1996; il avait 54 ans.

Edité le : 12-03-08
Dernière mise à jour le : 27-08-08