Anticipation
« Je ne pense pas qu’il y aura encore des romans, en tout cas pas sous la forme de volumes, dans cinquante ou cent ans. Ils seront remplacés par le journal quotidien qui a exercé déjà tant d’emprise dans la vie des nations en plein essor. Les romans ne sont pas une nécessité, même aujourd’hui ils perdent leur mérite et leur intérêt. Ce sont les journaux que le monde conservera comme archives historiques. Les journalistes ont si bien appris à colorer les événements de tous les jours que leur lecture donnera à la postérité une image plus vraie que ne pourrait le faire le roman historique ou descriptif, et quant au roman psychologique qui va bientôt disparaître, vous le verrez mourir d’inanition. »
Sources : « Jules Verne Says the Novel Will Soon Be Dead », The Pittsburgh Gazette, 13 juillet 1902, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905,textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998.
Ballon
Le lundi 28 septembre 1873, une grande fête aérostatique eut lieu dans la ville d’Amiens. L’animation fut à son comble quand on apprit que le Météore, le ballon d’Eugène Godard, emportait à son bord l’auteur de Cinq semaines en ballon. Parti de la place de Longueville devant le Cirque municipal, Jules Verne s’envola pour une croisière qui se termina 24 minutes plus tard au village de Longueau. Ce fut son unique vol en ballon. Entre autres attractions, la fête prévoyait également des courses en sac, un carrousel comique, la cruche aérienne, les douches polonaises, une flottille aérostatique, la descente en parachute du singe Jacques, un concert d’harmonie, etc.
Sources : « Chronique locale. Ascension du Météore », Jules Verne en son temps, Textes réunis par Jean-Michel Margot, Paris, Belles Lettres, 2004, p.48.
- Cerveau
« On va à tant de kilomètres plus vite que le train, mais est-ce un réel progrès ? Et tous ces sports auxquels s’adonne aujourd’hui le jeune Français, je trouve cela très déplorable. C’est un signe de décadence. Il vaut mieux faire des cerveaux que des jambes et des bras forts »
Sources : « The Prophecies of Romance », Pall Mall Magazine, mai 1904, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998.
Dansaert, M. A.
Journal d’Amiens, 24 mars, 1875 : « La société belge protectrice des animaux, s’est émue du rôle qu’on faisait jouer à l’éléphant dans Le Tour du monde en 80 jours qu’on représente en ce moment à Bruxelles. A un moment donné, le pachyderme doit pousser un cri, chose peu habituelle chez les animaux de son espèce. Le Conseil de la Société royale protectrice des animaux, ayant été informé que cette exclamation était un cri de douleur provoqué par une blessure faite par derrière l’oreille de l’animal, le bureau a désigné un de ses membres pour vérifier le fait. M. A. Dansaert, vice président, s’est rendu à deux reprises dans l’écurie où a été installé l’éléphant et a procédé à une visite minutieuse […]. Le gardien de l’éléphant, un jeune anglais à la fois calme et énergique comme le sont d’ordinaire les montreurs de bêtes a fait exécuter, devant les délégués de la société, le rôle que l’éléphant est chargé de remplir à la représentation. L’éléphant a « bravement » crié sans aucune douleur apparente. […] La société protectrice des animaux se dit donc en mesure d’affirmer que les bruits qui ont été répandus touchant les mauvais traitements dont l’éléphant serait l’objet à Bruxelles, ne sont nullement fondés. »
Sources : Journal d’Amiens, 24 mars, 1875, cité par V. Dehs, Bulletin de la Société Jules Verne, N°123, 3e trim. 1997.
Electricité
« Que la science nous réserve encore quelques miracles étonnants, qui modifieront complètement les conditions d’existence sur cette Terre, cela je le crois volontiers et encore davantage : beaucoup de ces merveilles se réaliseront encore de notre temps. La science, surtout celle de l’électricité, en est à ses premiers pas. Et si les mystères se découvrent encore plus largement et plus complètement, alors le temps sera venu où les mystères de l’écrivain devront disparaître et perdre toute signification devant ceux, plus profonds et plus rares, du présent. »
Sources : « Une visite chez Jules Verne », Die Woche, 16 août 1902, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 183.
Femmes (les)
« Regardez Mistress Branican, et les charmantes jeunes filles de certains de mes romans. A chaque fois qu’il y a nécessité d’introduire un personnage féminin, vous pouvez être sûr de le trouver. L’amour est une passion absorbante et laisse très peu de place dans les cœurs ; mes héros ont besoin de tous leurs esprits et la présence d’une charmante jeune dame pourrait de temps à autre gêner leur entreprise. De plus, j’ai toujours souhaité que mes histoires puissent être placées sans la moindre hésitation être les mains de tous les jeunes et j’évite scrupuleusement toutes scène qu’un garçon n’aimerait pas que sa sœur lise. »
Sources : « Jules Verne at Home », The Strand Magazine, février 1895, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 103.
Globe trotter
Phileas Fogg et Passepartout, les héros du Tour du monde en quatre-vingt jours, ne sont pas les seuls héros des Voyages extraordinaires à avoir accompli le tour du monde. On n’oubliera pas ces autres circumnavigations verniennes que sont Les Enfants du capitaine Grant, 20 000 Lieues sous les mers et Robur le Conquérant, ni le baron Weissschnitzerdörfer, malheureux globe-trotter qu’un mauvais sort fait rater toutes ses correspondances (Claudius Bombarnac).
La formule littéraire fit des émules. Le 14 novembre 1889 à 9h40 du matin, Nelly Bly, journaliste au World, quittait New York pour y revenir 72 jours plus tard, après un périple circulaire qui comptait une courte escale à Amiens, où la jeune voyageuse put rencontrer l’auteur du Tour du Monde. Notre écrivain déboucha pour l’occasion une de ses bonnes bouteilles, à laquelle Nelly Bly ne daigna pas porter ses lèvres. Le record de Nelly Bly fut de nouveau battu par Gaston Stiegler, journaliste au Matin qui, parti de Paris le 29 mai 1901 à 01h50 du soir, put abaisser le record de Phileas Fogg à 63 jours et 16 heures. Il fut plus heureux que son adversaire Henri Turot, parti dans l’autre sens. Toutefois, comme le fit remarquer Jules Verne, « aujourd’hui ce n’est plus une affaire de tourner ainsi, commodément installé dans un wagon, autour du monde ».
Hommes-barques
« Chaque semelle du pied droit de l’appareil portait une douille, destinée à former l’emplanture du bâton qui servait de mâtereau. Kin-Fo, Soun, les deux agents s’étendirent d’abord sur le dos ; puis ils ramenèrent leur pied en pliant le genou et plantèrent le bâton dans la douille, après avoir préalablement passé à son extrémité la drisse de la petite voile. Dès qu’ils eurent repris la position horizontale, le bâton, faisant un angle droit avec la ligne du corps, se redressa verticalement. « Hisse ! » dirent Fry-Craig. Et chacun, pesant de la main droite sur la drisse, hissa au bout du mâterau l’angle supérieur de la voile, qui était taillée en triangle. La drisse fut amarrée à la ceinture métallique, l’écoute tenue à la main, et la brise, gonflant les quatre focs, emporta au milieu d’un léger remous la petite flottille de scaphandres. Ces « hommes-barques » ne méritaient-ils pas ce nom de scaphandres plus justement que les travailleurs sous-marins, auxquels, il est ordinairement et improprement appliqué ? » (Les Tribulations d’un Chinois en Chine, ch. XIX)
Inventions
« Parlant de faits réels et d’imaginaire, dites aux lecteurs anglophones, pendant que je suis encore en vie, que je ne suis pas un auteur imaginatif pur, que mes livres, aussi extravagantes que puissent paraître certaines de leurs affirmations, ne sont pas uniquement des inventions de l’esprit, des créations éthérées, le résultat d’une folie visionnaire, hélas. […] Mes livres remplissent de nombreux rayonnages dans plus d’un pays, mais peu de gens connaissent le vrai Jules Verne. Comprenez surtout que je ne prétends pas être un savant ou un inventeur. Je n’ai jamais rien inventé si ce n’est l’art d’intéresser le plus grand nombre à des sujets scientifiques sur lesquels, sans moi, ils n’auraient pas la moindre idée. »
Sources : « Le centième livre de Jules Verne », The Commercial Appeal, 30 novembre 1902, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905,textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 192.
Jumbo l’éléphant
Lors de la représentation du Tour du monde en quatre-vingt jours au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 7 novembre 1874, la direction du théâtre voulut s’assurer les services d’un véritable éléphant, Jumbo, pour lequel on dût étayer complètement la scène. Surmonté de la l’envoûtante indienne, Aouda, et surgissant au bruit des cymbales sous le clair de lune dans la nécropole des Rajahs, l’animal fit sensation et fut immédiatement adopté par les Parisiens. Aussi fût-il convié au dîner qui fut donné au Grand Hôtel pour célébrer la 372e du Tour du monde (7 novembre 1875) où l’on put voir « au milieu des toasts le pachyderme artiste se promenant noblement autour de la table, recueillant au bout de sa trompe les verres de champagnes ».
Source : Ch. –Noël Martin, « Encore l’éléphant », Bulletin de la Société Jules Verne, 2e trimestre, 1984.
Kiralfy
Né en Hongrie, Bolossy Kiralfy, surnommé le Napoléon de la scène, fut l’instigateur de grands spectacles verniens aux Etats-Unis. On luit doit, en août 1875, un Tour du monde en 80 jours, importé du Théâtre parisien de la Porte Saint-Martin au Bowery theater de New York, pour lequel on avait loué à Barnum un éléphant, ainsi qu’un ballon dont on pouvait suivre l’envol sur la scène. Pour les tournées de la pièce aux Etats-Unis, on loua un train entier qui se déplaça difficilement à cause de l’habitude, contactée par le pachyderme, de tirer sur le signal d’alarme. Plus tard, au cours de ses différentes tournées, Le Tour du monde serait perturbé par Buffalo Bill, un autre spectacle de Kiralfy, l’acteur cow-boy prenant un malin plaisir à venir terroriser les indiens du Tour du Monde en tirant des balles à blanc depuis les coulisses.
Avant d’être sérieusement concurrencé par le cinéma, Kiralfy fut à l’origine de fantastiques productions musicales, ainsi un Mathias Sandorf interprété en 1888 par des gymnastes, des clown musiciens et plus de 150 girls. C’est à lui encore que l’on doit Orient, joué à l’Olympia de Londres, avec 2500 figurants, le plus grand spectacle jamais présenté dans le monde.
Sources : Philippe Burgaud, « Les spectacles de Jules Verne aux USA », Bulletin de la société Jules Verne, N°102, 2e trim. 1992.
Lune
En août 1835, bien avant la publication de Autour de la Lune de Jules Verne, parut dans le New York Sun une description attribuée à l’astronome, Sir John Herschell, qui révélait l’existence sur la Lune de sélénites, un peuple d’hommes ressemblant à des chauve-souris. Le canular fit grand bruit en France qui vit se succéder dans les journaux des descriptions frappantes de la flore et de la faune lunaire : sapins, cyprès, chênes, castors bipèdes, moutons, bisons aux « bizarres visières placées au dessus des yeux », « Vespertillo Homo » ou « grands êtres ailés d’une figure jaunâtre, un peu mieux conformée que celle de l’orang-outang ». L’« affaire » de la Lune alla si loin qu’elle appela en avril 1836 un démenti officiel de François Arago à l’Académie des Sciences, dénonçant une « ignoble spéculation » de journalistes. Contre le courant dominant, Jules Verne s’est prononcé contre l’habitabilité de la Lune dans un récit qui préfigure de manière troublante le vol spatial et la mission américaine Apollo VIII. L’orographie sélénienne, qui lui devait bien une dédicace, lui a accordé un de ses cratères, le cratère Jules Verne, au sud du cratère Gagarine, sur la face cachée de la Lune.
Sources : Liliane Durand-Dessert et René Guise, « Le Voyage dans la Lune en France au début du XIXe siècle », Colloque d’Amiens, Nouvelles recherches sur Jules Verne et le voyage, Minard, 1978.
- Marinetti
« Je crois qu’il faut souligner chez Jules Verne deux traits qui ont influencé la poétique de Marinetti, surtout la poétique de la vitesse. En premier lieu, le « romanticisme » du globe (l’intérêt pour la géographie, le sens global etc. –dans sa forme « vernesque » […]). En second lieu : l’enthousiasme pour les sciences techniques, pour les inventions (de communications), pour le merveilleux scientifique, etc. […] Nous savons bien que les futuristes discutaient sur Jules Verne – Boccioni laissa à sa mort une malle contenant, entre autres, des ouvrages de Jules Verne, de Max Nordau et des manuels de mécanique et d’électricité ».
Sources : Pär Bergman, « L’esthétique de la vitesse ; origine et première manifestation » in Présence de F. T. Marinetti, actes du colloque international tenu à l’UNESCO, 15-17 juin 1976, cité par Raymond Pourvoyeur, Bulletin de la Société Jules Verne, n°67, 3e trim. 1983.
Nina Ricci
En 1984, la maison Nina Ricci lança un nouveau parfum pour hommes, nommé Phileas : « L’homme vrai est toujours à l’image de Phileas Fogg, celui qui sait où il va et réussit ».
Sources : « Actualités de Jules Verne, Bulletin de la Société Jules Verne, N°71, 3e trim. 1984.
Orang-outan
« Rien d’horrible comme leur figure monstrueuse, leur bouche énorme, leur nez épaté et écrasé sur les joues, leur mâchoire inférieure proéminente, armée de dents blanches, mais proclives. Jamais créatures humaines n’avaient présenté à ce point le type d’animalité.
« Robert ne se trompait pas, dit le major, ce sont des singes – pur sang, si l’on veut ‑, mais ce sont des singes !
Mac Nabbs, répondit Lady Helena, donneriez-vous donc raison à ceux qui les chassent comme des bêtes sauvages ? Ces pauvres êtres sont des hommes.
Des hommes, s’écria Mac Nabbs ! Tout au plus des êtres intermédiaires entre l’homme et l’orang-outang ! Et encore, si je mesurais leur angle facial, je le trouverais aussi fermé que celui du singe ! »
Mac Nabbs avait raison sous ce rapport : l’angle facial de l’indigène australien est très aigu et sensiblement égal à celui de l’orang-outang, soit soixante à soixante-deux degrés. Aussi n’est-ce pas sans raison que M. De Renzi proposa de classer ces malheureux dans une race à part qu’il nommait « pithécomorphes », c’est-à-dire hommes à forme de singes » (Les Enfants du capitaine Grant, II, XVI).
Prophétie
« L’Afrique offrira aux races nouvelles les trésors accumulés depuis des siècles dans son sein. Ces climats fatals aux étrangers s’épureront par les assolements et les drainages ; ces eaux éparses se réuniront dans un lit commun pour former une artère navigable. Et ce pays sur lequel nous planons, plus fertile, plus riche, plus vital que les autres, deviendra quelque grand royaume, où se produiront des découvertes plus étonnantes encore que la vapeur et l’électricité » (Cinq semaines en ballon, XVI).
Quadrillage
« C’est mon intention, écrivait Jules Verne en 1894, de compléter avant que mes forces m’abandonnent, mon histoire de la surface et des cieux ». Volume après volume, l’écrivain aura balayé toute la surface du globe, à l’exception du Proche-Orient, de la Pologne, l’Espagne, l’Indochine et la Hollande.
Sources : Daniel Compère, Jules Verne écrivain (Droz, Gennève, 1991), p. 40 (« Le quadrillage du globe »).
Refroidissement
« Les savants admettent généralement qu’un jour notre globe finira, ou plutôt que la vie animale et végétale n’y sera plus possible, par suite du refroidissement intense qu’il subira. Ce sur quoi ils ne sont pas d’accord, c’est sur la cause de ce refroidissement. Les uns pensent qu’il proviendra de l’abaissement de température que le soleil subira après des millions d’années ; les autres, de l’extinction graduelle des feux intérieurs de notre globe, qui ont sur lui une influence plus prononcée qu’on ne le suppose généralement. Je tiens, moi, pour cette dernière hypothèse, e me fondant sur ce fait que la lune est bien véritablement un astre refroidi, lequel n’est plus habitable, quoique le soleil continue toujours de verser à sa surface la même somme de chaleur. Si donc la lune s’est refroidie, c’est parce que ces feux intérieurs auxquels, ainsi que tous les astres du monde stellaire, elle a dû son origine, se sont complètement éteints. Enfin, quelle qu’en soit la cause, notre globe se refroidira un jour, mais ce refroidissement ne s’opérera que peu à peu » (L’Île mystérieuse, I, XX1).
Style
[Alexandre Dumas fils, au sujet du style de Jules Verne :]
« J’essaie de faire en sorte que l’Académie reconnaisse ses mérites. Je pousse sa candidature. Mais pourquoi veut-il habiter au bout du monde ? Pourquoi habite-t-il Amiens ? Les absents ont toujours tort, et ils lui reprochent que son style est mauvais, qu’il n’a pas de style, comme si cela n’était pas une contradiction en soi. Ne pas avoir de style, c’est avoir un bon style. Dumas n’avait pas de style. Je n’ai pas de style. Le style est uniquement nécessaire à l’écrivain qui n’a rien à dire ».
Sources : Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 69.
Trains de projectiles lunaires
« Je ne crois donc pas trop m’avancer en disant qu’on établira prochainement des trains de projectiles, dans lesquels se fera commodément le voyage de la Terre à la Lune. Il n’y aura ni choc, ni secousse, ni déraillement à craindre, et l’on atteindra le but rapidement, sans fatigue, en ligne droite, « à vol d’abeille », pour parler le langage de vos trappeurs. Avant vingt ans, la moitié de la Terre aura visité la Lune » (De la Terre à la Lune, XIX).
Unesco :
Dès 1869, l’éditeur Pierre-Jules Hetzel s’avisa de faire traduire Jules Verne dans différentes langues. En 1870, l’auteur était traduit en anglais, en russe et en suédois, en 1873 en italien et en allemand, en 1874 en néerlandais, en 1876 en grec et en espagnol, en 1877 en polonais, en persan, en tchèque et en croate, en 1884 en arabe, en 1891 en turc.
Depuis, les ouvrages de Jules Verne ont été traduits en 148 langues : chinois, japonais, vietnamien, estonien, kazah, kirghiz, lettonien, lithuanien, moldave, ukrainien, ouzbek, tatar, assamais, bengali, goujrati, mahrate, oriya, etc. D’après l’Index Translationum de l’Unesco, on comptait en 1978 une moyenne de 25 pays traducteurs des Voyages extraordinaires, soit la plus forte moyenne après la Bible.
Source : Marcel Destombes et Piero Gondolo della Riva, « Jules Verne à la Bibliothèque nationale, Bulletin de la Bibliothèque nationale, septembre 1978.
Voyage
« Je pense qu’une lecture attentive des ouvrages les plus documentés sur n’importe quel sujet nouveau vaut mieux que l’expérience concrète, du moins lorsqu’il s’agit d’écrire des romans. Un bon livre sur les coutumes et mœurs d’un pays ne peut être écrit qu’après deux années de séjour, alors que moi, au mieux, je ne pourrais y effectuer qu’un rapide voyage, et, de toutes façons, mes livres se réduiraient à un très petit nombre de volumes ».
Sources : Evening Post (Chicago), 25 mars 1905, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 232.
Wells
« Je suis très frappé par votre écrivain H.G. Wells. C’est une inspiration très spéciale que la sienne ; ses livres sont très curieux. Il y a un monde entre nos deux méthodes. Je crois que je suis le romancier le plus vrai des deux. Mr. Wells imagine la réalisation de certains exploits par des moyens impossibles. Par exemple, quand il veut projeter son héros dans l’espace, il invente un métal sans poids. Et bien, quand j’envoie mon homme vers la Lune, je l’envoie avec un canon. Il est certain que si quelqu’un va effectivement faire un tour sur la Lune, ce sera par ce moyen-là. »
Sources : « Les prophéties du roman », Pall Mall Magazine, mai 1904, in Entretiens avec Jules Verne, 1873-1905, textes réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 232.
Xirdal, Zéphirin
« Pour Zéphirin Xirdal, la matière n’est qu’une apparence ; elle n’a pas d’existence réelle. […] Qu’on la décompose en molécules, atomes, particules, il restera toujours une dernière fraction pour laquelle le problème se reposera intégralement, et ce sera éternellement à recommencer, jusqu’au moment où l’on admettra un principe premier qui ne sera pas de la matière. Ce premier principe immatériel, c’est l’énergie ». Albert Jacquard s’est étonné de la modernité des théories du personnage de Zéphirin Xirdal, introduit par Michel Verne, le fils du romancier, dans La Chasse au météore (1908) : « la fameuse équation d’Einstein établissant l’équivalence entre matière et énergie E=mc2 » ne fut en effet, publiée dans le Jahrbuch des Radioactivität qu’en 1907 !
Sources : Guy Desloges, « Michel & Zéphirin ou E=mc2 presqu’avant la lettre, Bulletin de la Société Jules Verne, N°103, 3e trim. 1992.
Yacht
Après le Sant-Michel I et le Saint Michel II, Jules Verne fit l’acquisition au cours de l’été 1877, pour la somme de 55 000 francs, du Saint-Michel III, un somptueux yacht à vapeur d’une longueur de 28 mètres. La dernière croisière qu’il y effectua, au cours de l’été 1884, en compagnie de sa femme Honorine et de son fils Michel, le mena en Méditerranée où il essuya près de Malte une très forte tempête. Jules Verne en était à invoquer Saint-Michel du péril en mer, quand un pilote parvint à s’introduire à bord et à conduire le navire jusqu’au port de la Valette. On gagna ensuite plus paisiblement Catane, puis Naples, mais Honorine ne voulut plus quitter la terre ferme. En fait de yachting, le couple dût revenir à Nantes en empruntant un prosaïque chemin de fer. Le 15 février 1886, le Saint-Michel III fut vendu pour la somme de 23 000 francs à M. Martial-Noe qui le revendit ensuite au prince de Montenegro.
Zola
« Je dirai un mot de Jules Verne. Celui-là n’écrit pas précisément des romans ; il met la science en drame, il se lance dans les imaginations fantaisistes en s’appuyant sur leurs données scientifiques nouvelles. En somme ce sont bien des romans, et des romans plus aventureux et plus imaginaires que les nôtres. Le goût public est à ces vulgarisations de la science. Je ne discute pas ce genre qui me paraît devoir fausser toutes les connaissances des enfants. […] Mais je suis bien forcé de constater le succès, qui est stupéfiant. M. Verne est certainement, à cette heure, l’écrivain qui se vend le plus en France. […] Cela, d’ailleurs, n’a aucune importance dans le mouvement littéraire actuel. Les alphabets et les paroissiens se vendent également à des chiffres considérables. »
Sources : Emile Zola, Le Messager de Saint-Petersbourg, septembre 1878.






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