Trouble et effroi en compétition : « L’Autre » (***) de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic avance avec style, porté par la formidable Dominique Blanc.
« L’Autre » d’après le roman d’Annie Ernaux « L’Occupation », est le troisième long métrage de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic après « Dancing » (2003) et « Une famille parfaite » tourné pour ARTE (2000). Au centre, l’actrice Dominique Blanc endosse le rôle d’Anne-Marie qui, après s’être séparée d’Alex (Cyril Gueï) tout en conservant avec lui une relation amicale, tombe progressivement dans les affres d’une jalousie psychotique, incapable d’admettre que son ex est à nouveau en couple. Alors que Dominique Blanc exprimait récemment son bonheur d’incarner pour la première fois le rôle d’une amoureuse dans « Capitaine Achab » de Philippe Ramos, dans « L’Autre » elle poursuit son exploration à vitesse grand V. L’actrice porte ce film de bout en bout, propose un savant mélange de douceur et d’apathie dans laquelle se lovent les craquelures d’une folie puissante et brutale. Néanmoins, en contrepied du personnage incarné par Isabelle Carré dans « Anna M. », Anne-Marie dans « L’Autre » mesure toujours ses obsessions délirantes à l’aune du réel, s’applique à un combat interne d’autant plus difficile qu’elle s’examine perdre pied, un constat effroyable presque comparable à celui d’une victime du « Voyeur » de Michael Powell assistant en direct à son propre assassinat.

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L’Autre
De Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic
France, 2008, 97 min.
Avec Dominique Blanc, Cyril Gueï, Peter Bonke, Christèle Tual, Anne Benoit
Compétition officielle

Les fêlures d’Anne-Marie sont accompagnées en parallèle d’une mise en scène attentive à camper la modernité froide du contexte, des ambiances citadines concentrées sur les lieux aseptisés voire cliniques, qui jouent souvent de faux semblants et de trompes l’œil au travers des reflets multiples et ambigus provenant de l’accumulation de vitres, fenêtres et autres surfaces polies. Ces partis-pris façonnent une perte de repères à l’image de son personnage principal, jamais excessive et au profit d’une finesse insidieusement délétère. C’est ainsi que par petites touches pointillistes le duo de cinéastes progresse sans précipitation et avec style, restituant cette amertume pernicieuse très troublante qui perdure, au-delà du roman original, au-delà de l’écran.
Olivier Bombarda