Cette première petite robe noire porte la griffe de Coco Chanel, créatrice de légende qui aura marqué d’une empreinte indélébile la mode des années 20. Bien davantage que d’explorer un nouveau style vestimentaire, elle révolutionne l’image de la femme. Les années qui suivent la Première Guerre mondiale fleurent l’émancipation. En Allemagne, les femmes obtiennent le droit de vote dès 1918. En France, elles devront attendre jusqu’en 1944, mais déjà, elles font des avancées impressionnantes dans tous les domaines : elles gagnent leur vie comme téléphoniste ou secrétaire ; la cigarette à la main, elles deviennent des adeptes de la vie nocturne, même sans compagnie masculine, et le week-end, elles jouent au tennis ! Les femmes jeunes ne se laissent plus cantonner au rôle de spectatrices. Elles sont coureurs automobiles, « tenniswomen », aventurières. Si ces fameuses années ont été « folles », elles l’ont surtout été pour elles. Par leur tenue, elles expriment leur nouvelle liberté. C’est le temps des coupes à la Jeanne d’Arc ; les cheveux courts sont bien plus commodes à porter. Et les corps se libèrent des corsets de la Belle Epoque.La mode en mouvement
Pour Coco Chanel, « il n’y a d’autre beauté que la liberté du corps ». Une révolution ! Jusque-là, les tenues de ces dames devaient être belles et faire de l’effet, marquer la position sociale ou la fortune de leur mari. Et la liberté de mouvement dans une robe qui tombe jusqu’à terre, avec une taille de guêpe ? Aucune importance ! Les vêtements amples étaient réservés au petit personnel. Tout change dans les années vingt, on attend désormais autre chose de la mode. D’ailleurs, comment danser le charleston en corset ?
La « petite robe noire » de Coco Chanel épouse très bien le corps des femmes, faisant fi du corset. Courte, elle permet les grandes enjambées. Sa coupe est si confortable que les femmes se sentent bien habillées jusqu’au soir, ou pourquoi pas jusqu’au petit matin... En plus, sur l’étoffe noire, les taches et les plis se remarquent à peine...
« La petite robe noire » est synonyme de liberté, mais aussi d’élégance. Coco Chanel est la première à reconnaître que le noir n’a, en fait, rien de triste. Certes, c’est la couleur du deuil et donc celle des veuves, mais elle possède aussi un côté mystérieux et séducteur. Une couleur pour les femmes, pas pour les poupées.
Look de pauvres pour filles de riches
De nombreux contemporains nostalgiques des robes de soie violette trouvent que la petite robe noire est une fripe de gagne-petit. Dans les années trente, pendant la crise économique mondiale, elle devient la robe idéale. Dans Vogue, on peut lire : « Maintenant qu’il est de mauvais goût de s’habiller en riche, le look de pauvre est à la mode. Des femmes fortunées se promènent en petites robes toute simples. » La « petite robe noire » est copiée à tout va. Celles qui ne peuvent se payer une robe Chanel prennent leurs ciseaux et en imitent la coupe, qui n’a rien de sorcier, et le tissu noir court les rues ! C’est d’ailleurs à cette même époque que l’industrie de la confection prend son essor.
Pourtant, il faudra attendre les années cinquante pour que la « petite robe noire » accède au panthéon du classicisme. Christian Dior, Givenchy et… Coco Chanel, encore elle, dessinent de petites robes noires évasées qui retrouvent une taille marquée : c’est la mode de la « robe cocktail ».
Pas forcément petite, mais toujours noire
« C’était une soirée tiède, presque déjà l’été, elle portait une robe noire droite toute simple, des sandalettes noires, et un collier de perles ras de cou. » C’est ainsi que Truman Capote décrit en 1958 son personnage principal, Holly Golightly, dans « Petit-déjeuner chez Tiffany ». En 1961, le roman était adapté à l’écran sous le titre « Diamants sur canapé » avec la délicieuse Audrey Hepburn dans le rôle principal. La longue robe sans manches qu’elle porte dans le film est signée Givenchy. Comment ne pas penser à elle lorsqu’il est question de cette fameuse « petite robe noire » ?
Depuis, la fameuse robe ne s’est plus jamais démodée. Sans doute parce qu’elle s’adapte à tous les styles. Selon les époques, elle s’allonge ou se raccourcit. Elle peut avoir des épaulettes ou être sans manches, à « fourreau » ou portée par-dessus quatre jupons, avec ou sans décolleté, dégageant le dos ou non. Une seule chose reste immuable : le noir.
Texte : Vanessa Loewel






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