La vie quotidienne est un demi-sommeil, une "survie", c’est-à-dire une vie de surface.
Vivre au quotidien impose de bannir la nouveauté, de réduire le monde à son utilité, d’endormir la vigilance au profit des réflexes et du préjugé.
Est-ce la peur ou la paresse qui nous ferme les yeux ?
Comment secouer la torpeur du quotidien ?
En pratiquant la philosophie, c’est-à-dire en apprenant à admettre ce que nous savons (mais que nous voulons oublier), ou bien à regarder ce que nous avons sous les yeux (mais que nous refusons de voir).
Appliquer la philosophie à la vie quotidienne, c’est sortir de l’amnésie, surmonter les étiquettes, donner à chaque moment la densité d’une expérience.
Contrairement à ce qui a un sens, ou une fonction, la philosophie ne sert à rien mais elle contribue, du coup, à extraire la réalité toute nue de la gangue des lieux communs.
En faisant d’images familières (tantôt célèbres, tantôt tirées de l’actualité) la matière d’un questionnement libre sur des sujets comme le pouvoir, la responsabilité, le mélange, le corps ou la mélancolie, l’émission "Philosophie" veut s’inscrire dans cette démarche.

Raphaël Enthoven
Professeur de philosophie, Raphaël Enthoven enseigne aujourd’hui à Sciences Po et à l’Ecole polytechnique. Conseiller de la rédaction de "Philosophie Magazine", il anime une émission à France Culture et a écrit de nombreux ouvrages parmi lesquels, "La Philosophie, un jeu d’enfant", "Kant, la tête dans les nuages" et "Sartre, la liberté dans tous ses états".

Partant du principe que ce n’est pas la pensée qui donne un sens à la vie mais la vie qui donne des raisons de penser, et que tout ce que nous vivons a déjà été pensé, décrit, décrypté par les philosophes, l’ambition de l’émission est moins d’enseigner quoi que ce soit que d’en appeler à la candeur du téléspectateur en se posant (à l’aide des grands textes philosophiques) les questions que, sans le savoir, il porte en lui.
Loin de céder sur le fond, ou d’éluder la difficulté, « philosophie » est une tentative de dire simplement (mais sans les simplifier) des choses compliquées, de remplacer la conviction par le dialogue, de répondre par le doute à l’actuelle « demande de sens ». En un mot, si nous parlons en marchant, c’est que la philosophie ne tient pas en place.






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