De Jean-Pierre et Luc Dardenne(France, Belgique, 2004, 95 min.)
Avec Jérémie Renier, Déborah François, Jérémie Segard
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Synopsis: Bruno, 20 ans et Sonia, 18 ans, vivent d’une allocation misérable et des vols commis par Bruno. Sonia vient de donner naissance à Jimmy, leur enfant...Critique: Comme à leur habitude, les frères Dardenne s'intéressent dans leur nouveau film, « L’enfant », à des personnages marginaux aux prises avec des conditions de vie misérables. A Seraing, lors du tournage de leur précédent film « Le fils », intrigués par une jeune fille poussant un landau dans lequel dormait un nouveau né, les frères ont imaginé le profil du père supposé de l'enfant. Ils ont ainsi donné naissance au personnage central de « L’enfant », Bruno, un jeune adulte léger, pauvre, vivant de petits trafics et qui ne fait aucun cas de sa paternité récente : ce dernier décidera de vendre son enfant à l’insu de Sonia, sa compagne.
Dans l’exposition du film, les frères Dardenne s'attardent tout d’abord sur l’image d’un couple passionné en insistant sur l'aspect profondément immature de Sonia et Bruno. Les jeunes gens vivent une passion amoureuse portée par une forme d’animalité enfantine qu'ils ont tous les deux en commun. De plus, leur position sociale les oblige bien souvent à vivre en pleine nature. Le manque d’argent est néanmoins au centre de tout, pousse Bruno à diverses malversations dans lesquelles il entraîne des gamins comme Jérémie pour des vols de sac à la tire, des ventes d’objets tombés du camions jusqu’à ce qu’il ait l’idée de céder son propre fils contre une liasse conséquente de billets. Bien évidemment, lorsque Sonia découvre la disparition de son fils, le drame fait irruption dans sa vie. Elle est inanimée quand Bruno la transporte aux urgences. Par la suite, il fera tout pour récupérer l’enfant, réalisant enfin la monstruosité à l'oeuvre dans son acte et dans les premiers mots qu'il a eu pour minimiser ce geste : « c’est pas grave, on en fera un autre ». Par la suite, Bruno subit un mutisme forcené de Sonia, elle le repousse, lui hurle son trauma au visage et l’abandonne. Sur le tournage, les frères Dardenne ont filmé « L’enfant » sous le même mode que leurs précédents films, organisant quelques répétitions mais surtout un nombre illimité de prises pour capter « une » vérité au sens où l’entendait par exemple Robert Bresson pour ses propres films. Ce que chaque scène de ce film donne à voir atteint une perfection quasi irréprochable, les frères ayant scruté les comédiens dans toute l’étendue de ce qu’ils pouvaient apporter, visant la justesse du jeu, celle de l’émission des dialogues et du son, des mouvements et des postures. Une séquence plutôt étirée de course-poursuite (Bruno et Jérémie sont traqués par les victimes d’un larcin) apporte également une notion inédite au cinéma des Dardenne. Si ces derniers admettent dans ce cas « s’être fait plaisir », elle introduit une nouvelle dimension rythmique à leur univers sans que jamais les cinéastes ne se départissent de leurs exigences premières.
Au bout du compte, les frères Dardenne qui répondent en toute humilité faire des films sur des déclassés parce qu’ils les aiment, parviennent une fois encore à transmettre des émotions très vives et profondément marquantes.
Olivier Bombarda
Synopsis: Bruno (Jérémie Renier) , 20 ans, et Sonia (Déborah François), 18 ans, viennent d'avoir un bébé qu'ils ont baptisé Jimmy. Sonia vit de l'aide sociale, Bruno est le chef d'une bande de gamins qui se livre à des petits trafics en tous genres. Bruno peut-il assumer ses responsabilités de père, lui qui ne vit que dans l'instant, uniquement préoccupé par l'argent de ses larcins ? Critique: Une très jeune mère avec un bébé en pleurs dans les bras… Elle vient tout juste de sortir de l'hôpital où elle a accouché, et cherche le père de l'enfant. Un portable est le seul moyen dont elle dispose pour le contacter. Comme dans tous les films des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, la caméra à l'épaule ne lâche pas les protagonistes d'une semelle. Cette fois-ci, il s'agit d'une jeune beauté de banlieue qui, par ses origines sociales et son tempérament, n'est pas sans rappeler la jeune Rosetta dans le film de même nom qui avait remporté la Palme d'Or et le Prix d'interprétation féminine à Cannes en 1999. Avec cependant une différence essentielle : dans le nouveau film des cinéastes belges, l'intérêt de la caméra se porte très vite (dès que Sonia a retrouvé son Bruno) sur la réaction du jeune homme brutalement confronté à sa paternité.
Ce Bruno, chef d'une bande de jeunes voleurs, est bien mal préparé à son nouveau rôle. Pire encore, il ne voit pas son enfant. Mais on ne peut même pas lui en vouloir, car il vit totalement dans l'instant, préoccupé uniquement par l'argent de ses petits trafics. Il passe son temps à attendre des coups de fil, toujours à l'affût d'un nouveau larcin. Un jeune homme d'aujourd'hui, sans repères, sans aucun sens des responsabilités, juste obnubilé par l'argent. Face à cela, le contraste étonnant du bonheur que ce garçon de 20 ans est malgré tout capable de ressentir avec sa petite amie, les moments où il lui fait l'amour comme un jeune chien fou, où ces jeunes amoureux retrouvent l'éblouissante légèreté de l'être, avant la naissance de leur enfant.
Mais c'en est bientôt fini du bonheur et de la légèreté, quand l'idée vient à Bruno d'échanger aussi le petit Jimmy contre une bonne liasse de billets. Une affaire d'adoption véreuse négociée contre la volonté de la jeune mère avec d'anonymes magouilleurs. Un acte que Sonia ne peut pardonner à son chéri. Le drame fait alors irruption dans la vie de Bruno qui, pour ne pas perdre l'amour de sa belle, tente de récupérer l'enfant. Tout en restant fidèles à leur style, les frères Dardenne déploient ici de façon plus spectaculaire que d'habitude leur approche narrative ramassée et concentrée, jusqu'à atteindre même les qualités du thriller : une séquence de course-poursuite d'une tension quasi intolérable apporte une note inédite à leur cinéma.
Mais cette tension n'a absolument rien d'accrocheur, elle est liée surtout à une approche minutieuse des personnages et – ce qui fait le caractère unique et fascinant des films des Dardenne – aux objets utilisés de façon quasi fétichiste par les protagonistes, et d'où jaillissent des gestes, postures et rituels très particuliers. Chez les Dardenne, la psychologie et l'existence même d'un personnage se définit par l'utilisation d'un portable, le parcours d'un landau, la façon dont Bruno change de vêtements dans une planque sur les berges bétonnées d'une rivière. De même, les lieux sur lesquels ces personnages reviennent sans cesse jouent un rôle central pour la définition de leur personnalité. Seraing la petite ville de province, le périphérique, le parking d'un centre commercial, la Meuse, l'eau froide, une planque, ce sont tous des lieux déjà vus dans de précédents films des frères Dardenne. Sauf que ces lieux sont filmés sous une perspective nouvelle qui permet de montrer les personnages sous un angle différent. Lors de la conférence de presse, Jean-Pierre Dardenne, l'aîné des deux frères, a livré l'un des « secrets » de leur réussite : seul le recours à des choses familières, qu'il s'agisse de gestes ou de lieux, leur permet d'introduire de nouvelles dimensions dans leur création, et de creuser plus avant le mystère de l'aventure humaine.
Martin Rosefeldt------------------
L'enfant
De Jean-Pierre et Luc Dardenne
(France, Belgique, 2004, 95 min.)
Avec Jérémie Renier, Déborah François, Jérémie Segard






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