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L'empire des samouraïs

Un cycle exceptionnel de 5 films et 2 séries cultes du cinéma nippon.

L'empire des samouraïs

Cycle de films japonais - 04/03/10

L'esprit des samouraïs

Les samouraïs devaient à leur seigneur une fidélité sans faille jusqu’à la mort. Ils ont dominé le Japon pendant 700 ans. Le mythe des chevaliers japonais perdure aujourd’hui encore – repris par la mode et la publicité, le cinéma et la bande dessinée.

Le 13 avril 1612 est l’une des grandes dates de l’histoire du Japon. Ce jour-là, le samouraï Musashi Miyamoto affrontait son rival Kojiro Sasaki et le tuait avec en guise d’arme un simple bout de bois. Les deux adversaires étaient considérés comme les deux meilleurs escrimeurs du Japon. Sasaki était ‘maître du no-dachi’, un sabre de 90 centimètres de long comme celui qu’Uma Thurman tire dans le film « Kill Bill » de Quentin Tarantino. Musashi utilisait pour sa part le katana, le sabre de 70 centimètres de long que tous les samouraïs portaient au côté et le plus souvent flanqué du wakizashi, un autre sabre plus court.

À cette époque, on se battait jusqu’au dernier sang – sauf règle moins définitive convenue avant le duel. Les historiens disputent encore de la raison pour laquelle Musashi décida de se battre avec une arme en bois mais on peut supposer qu’il voulait déstabiliser son adversaire. Il était arrivé par la mer, sans aucune arme métallique et avec trois heures de retard, autant d’éléments tactiques qu’il reprît ultérieurement dans son « Livre des cinq roues ». Lecture obligatoire de tous les managers japonais actuels, ce traité de combat rédigé à l’intention des samouraïs fut interdit quelque temps par la censure américaine après 1945. Effectivement, Sasaki se sentit humilié à la vue du sabre en bois rudimentaire qu’avait confectionné Miyamoto pour l’affronter. Sa colère devint précipitation ; il leva son sabre pour l’abattre sur son adversaire et le fendre en deux d’un coup puissant mais ne fit qu’effleurer le chignon huilé du samouraï. La contre-attaque fut immédiate et Musashi perfora le poumon de Sasaki avec le morceau de bois contondant qui lui tenait lieu de sabre avant de prendre la fuite.

Le mythe du samouraï.
400 ans plus tard, les samouraïs continuent de faire carrière : la publicité et la mode, le cinéma et la bande dessinée se sont emparés de leur univers. Le groupe pharmaceutique Contac parodie dans un spot le duel légendaire : Sasaki a pris froid et il a le soleil dans l’œil ; il est saisi d’un éternuement irrépressible – et Musashi le frappe. Apparaît alors l’image d’un médicament contre la grippe. Pour sa part, la marque japonaise Comme des Garçons a sorti cette année une collection de printemps largement inspirée des anciennes armures de samouraïs avec épaulettes, baudriers et plastrons de cuir. Et lorsqu’il veut faire ressortir son caractère de battant dans l’univers du marketing, Kashiwa Sato, l’un des plus grands directeurs artistiques japonais, baptise son studio « Samouraï ». Kashiwa Sato est âgé de 45 ans et installé à Tokyo. Microsoft et Apple comptent parmi ses clients. « ‘Sato Kashiwa Design’, c’est un nom qui n’a aucun intérêt », dit-il. « J’ai pensé à ‘Samouraï’ parce que l’un des idéogrammes du mot japonais, une croix avec un trait, figure aussi dans mon prénom Kashiwa ; je peux ainsi préserver mon identité japonaise et me présenter sur la scène internationale avec un nom que tout le monde comprend ».

ARTE PLUS
LIVRES :

« Hagakure – Le livre secret des samouraïs », Tsunemoto Yamamoto, Guy Tredaniel Editeur - Traditions, 1999 ;

« Bushidô, l'âme du Japon », Inazô Nitobe, Budostore, 2000 ;

« Histoires de samouraïs : Récits de temps héroïques », Roland Habersetzer, Budo Editions, 2007 ;

« Le sabre de vie : Les enseignements secrets de la maison du Shôgun », Yagyu Munenori, Budo Éditions, 2005 ;

« Traité des cinq roues : Gorin-no-sho », Musashi Miyamoto, Albin Michel, 1983

À l’origine, le mot ‘samouraï’ signifiait « ceux qui servent dans l’entourage de la noblesse », autrement dit des administrateurs ou des chambellans dans le Kyoto du 10ème siècle. Ils évoluèrent peu à peu jusqu’à devenir des gardes du corps qui adoptèrent le mode de vie de la noblesse puis des guerriers. On commença alors à utiliser le mot ‘samouraï’ comme synonyme de ‘bushi’, les autres guerriers japonais. Les samouraïs servaient toute leur vie et jusqu’au milieu du 19ème siècle, ils furent le pilier des dictatures militaires et du féodalisme japonais. Dans la période qui suivit, le Japon mit en place des réformes qui devaient lui permettre de rattraper l’occident. Les samouraïs perdirent leur place dans la société ; on appela ‘ronins’ ces samouraïs désormais ‘sans seigneur’ et livrés à eux-mêmes.

Piliers du féodalisme.
Le film « Le samouraï du crépuscule » (que diffuse ARTE) raconte l’histoire d’un de ces guerriers qui subissent le déclin de leur caste. Seibei vit dans la pauvreté. Il est employé dans les bureaux d’un grand magasin et y travaille dans des conditions typiques du 19ème siècle. Les ronins sont installés à de petites tables, épaule contre épaule, tête baissée et en silence. Face à eux, le chef – comme le maître à l’école. La vie ne reprend ses droits qu’après les heures de travail lorsqu’ils vont boire un verre tous ensemble. Tous - sauf Seibei, ce qui lui vaut une réputation de rebelle. Certes, on ne voit plus les salariés d’aujourd’hui porter l’épée à la ceinture ou se jeter sur le sol pour saluer un visiteur de haut rang mais les choses n’ont pas tellement changé au Japon depuis cette époque. On y trouve toujours de grands bureaux collectifs où travaillent en majorité des hommes, épaule contre épaule, en silence à leur petite table. Le costume sombre du cadre moyen a pris le relais de l’armure du samouraï. Travailler seul dans un bureau serait perçu comme une punition car cela équivaudrait à une mise à l’écart du groupe. C’est la raison pour laquelle à Tokyo l’heure de pointe se situe en fait à minuit : après le travail, les groupes au complet vont d’abord boire un verre.

La loyauté, la fidélité au clan, le respect de la hiérarchie, la maîtrise de soi et le sens de la beauté, telles étaient les vertus que devaient observer les samouraïs. Elles formaient un code qui les mettait à la merci de leur suzerain mais qui les protégeait aussi des contraintes psychiques. Le cinéma japonais fait une large place aux parias sans foi ni loi qui se sont détournés de la « Voie ». Assoiffés de sang, ils tyrannisent les villageois et, pour le simple plaisir de tester leur arme, passent au fil de l’épée les cultivateurs de riz qui ont le malheur de croiser leur chemin.

« Le Japon a été façonné pendant tant de siècles par le féodalisme militaire, je ne pense pas qu’il puisse se débarrasser de ses structures hiérarchiques dans un avenir proche », commente l’acteur et réalisateur Takeshi Kitano qui joue dans le film « Tabou » (le 18.3. sur ARTE) un commandant de la milice du Shinsengumi au milieu du 19ème siècle. Ces samouraïs se sont battus contre les réformes et l’ouverture du Japon sur le monde. Au début du film, le commandant fait décapiter un membre de l’académie parce qu’il a emprunté de l’argent, un acte qui va à l’encontre de toutes les règles, et l’on comprend que l’exigence morale des samouraïs n’a plus sa place dans la nouvelle réalité de l’époque qui s’annonce.

Admirer mais pas seulement.
Dans « Tabou », la caste des guerriers se montre sous son vrai jour : violente, sûre de son bon droit et de sa grandeur – ce qui n’a plus rien à voir avec le mythe du samouraï cultivé aujourd’hui. Ce que l’on admire, c’est le caractère strict des règles et des structures, et l’absence de peur devant la mort – et non pas ce que sous-tend cette philosophie : la mise sous tutelle d’un pays par l’épée. Les Japonais d’aujourd’hui continuent d’apprendre le maniement du sabre et les différentes étapes du combat mais les cibles sur lesquelles ils s’exercent sont des tatamis roulés.

Un objet de collection.
Les sabres – les meilleurs et les plus chers au monde – sont toujours fabriqués selon les règles traditionnelles dans les ateliers japonais. « Je parviens à en faire une dizaine par an, à peine, et ils coûtent dans les 30 000 euros pièce », explique Yoshindo Yoshihara, le plus célèbre forgeron du Japon. Son grand-père lui a appris le métier et, à 67 ans, il l’a déjà transmis à son fils Yoshikazu. Situé dans le nord de Tokyo, l’atelier aux murs noircis du forgeron attire les visiteurs du monde entier. La réputation de la famille Yoshihara est telle qu’à Hollywood, les producteurs du film « Le dernier samouraï » (avec Tom Cruise) tenaient absolument à confier le rôle du forgeron à un membre de la famille. « Vous entendrez souvent les gens dire que plus un sabre est ancien, meilleur il est, mais ce n’est pas mon avis. On n’utilise plus les sabres pour se battre dans l’espace public aujourd’hui, et c’est pour cela qu’ils doivent être meilleurs qu’autrefois – plus élégants, plus durs, plus tranchants et plus beaux. Sinon, aucun collectionneur ne s’y intéresserait plus, et cela signerait la fin de notre métier autant que celle des samouraïs ».



Roland Hagenberg pour ARTE Magazin
Roland Hagenberg est un écrivain, cinéaste et photographe reconnu dans les milieux culturels de Tokyo où il est installé depuis des années.

Edité le : 19-02-10
Dernière mise à jour le : 04-03-10