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Berlinale 2006 - 16/09/08

L'histoire de la Berlinale

Les années cinquante

Le premier Festival international du film de Berlin est inauguré le 6 juin 1951, au cinéma " Titania-Palast ", dans le quartier de Steglitz, sous la direction d'Alfred Bauer. A l'origine, l'idée avait été lancée par les forces américaines 6 ans après la fin de la guerre et peu après la création des festivals de Cannes et de Venise. Elle fut concrétisée par Oscar Martay. Le film inaugural, hors compétition, est Rebecca d'Alfred Hitchcock avec Laurence Olivier et Joan Fontaine, vedette présente à Berlin. Le jury allemand décerne l'Ours d'or, une statuette reproduite à partir d'une sculpture de Renée Sintenis, à cinq films : Die vier im Jeep (Suisse), de Leopold Lindtberg, Sans laisser d'adresse (France), de Jean-Paul Lan Chanois, Justice est faite (France), d'André Cayatte et deux productions Walt Disney : Cendrillon (USA) et Beaver Valley (USA).

Rebondissant sur le succès de l'année précédente, le Festival change d'adresse et s'installe dans la prestigieuse allée Kurfürstendamm. Cette année, pas de jury pour décerner des prix, ce rôle est dévolu au public, qui vote en déchirant son billet d'entrée à différents niveaux correspondant aux verdicts "très bien", "bien", "moyen" ou "mauvais". Le premier lauréat est Hon Dansade en sommar (Elle ne dansa qu'un été, Suède), d'Arne Mattson, l'Ours d'argent est décerné à Fanfan la Tulipe (France), de Christian Jaque. Sensible au glamour et au divertissement, le public se détourne des œuvres artistiques mais moins divertissantes comme Rashomon (Japon), d'Akira Kurosawa, et Der Strom ("The River" USA), de Jean Renoir.

La troisième édition de la Berlinale, en 1953, est quelque peu éclipsée par les émeutes ouvrières qui enflamment Berlin-Est quelques jours avant l'ouverture du Festival. Rien de fracassant cette année-là, on déplore de nombreuses défections, notamment américaines. Gary Cooper, l'invité d'honneur, venu avec sa famille, fait scandale en critiquant publiquement le maccarthysme qui fait rage dans son pays.

La quatrième année, place aux paillettes et au glamour : Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Yvonne de Carlo, Paula Wessely, Jean Marais, Eva Bartok, Vittorio De Sica et bien d'autres sont acclamés par le public. Le Festival se forge une réputation internationale et sa fréquentation ne craint plus la comparaison avec Cannes ou Venise. Le public consacre Hobson's Choice (Grande-Bretagne), de David Lean, et, au second rang, Pane, Amore e Fantasia (Italie), de Luigi Comencini.


Un jury international, demandé depuis quelques années et mis en place cette année, jugera désormais les films selon des critères artistiques. L'Ours d'or est attribué à Invitation to the Dance (USA), de Gene Kelly. La même année, le gouvernement allemand proteste contre un film projeté à Cannes, "Nuit et brouillard" (France), d'Alain Resnais, un documentaire sur le camp de concentration d'Auschwitz. Après consultation du Sénat de Berlin, le film est finalement montré à un public restreint lors d'une projection spéciale.

La devise de la septième édition est "Festival du cinéma dans un nouveau Berlin". La Berlinale est organisée dans le cinéma "Zoo-Palast", une salle de prestige rénovée pour l'occasion, qui accueillera le Festival jusqu'en 1999. Errol Flynn et Henry Fonda honorent le Festival de leur présence. Les prix ne sont plus décernés par le public, l'Ours d'or est attribué à Twelve Angry Men, de Sidney Lumet ("Les douze jurés", USA). Cinquante trois pays participent à la Berlinale de 1959, un record. Journalistes, artistes et personnalités politiques viennent en grand nombre alors même que la ville traverse sa deuxième grande crise après le blocus de 1948 / 49. Nikita Khrouchtchev avait dénoncé en novembre 1958 le statut quadripartite de Berlin et exigé que Berlin-Ouest soit déclarée "Ville libre et démilitarisée". Le thème de cette année est la "Nouvelle Vague". La Berlinale offre à Truffaut, Chabrol et Godard une tribune qui suscite des débats animés. L'Ours d'or revient au film de Claude Chabrol Les Cousins.

Les années soixante

Après une première décennie assez ouvertement hollywoodienne, la tendance du Festival de Berlin, lentement mais sûrement, s'oriente de plus en plus vers l'Europe de l'Ouest. En 1959, c'était un film "Nouvelle Vague" qui avait obtenu le premier prix ; en 1960, l'Ours d'argent vient récompenser le film de Jean-Luc Godard A bout du souffle, l'or revenant à César Ardavin pour El Lazarillo de Tormes (Espagne). En 1961, c'est La Notte ("La nuit", Italie) de Michelangelo Antonioni qui est à l'honneur. La même année, une rétrospective est consacrée à l'œuvre d'Akira Kurosawa. L'invitée défraye la chronique, Jane Mansfield, qui dévoile, outre ses talents de comédienne, des rondeurs qui semblent magnétiser la presse et provoquer des commentaires plus enthousiastes que la compétition.

voit le Festival se faire à nouveau damer le pion par l'actualité politique. La polémique autour du statut de Berlin dégénère en bras de fer et le 13 août 1961, Walter Ulbricht, numéro un de RDA, fait ériger un mur entre la partie Est et les secteurs Ouest de la ville. Cette initiative jette un froid sur la douzième édition de la Berlinale. Finalement, le Festival aura quand même lieu mais dans une ville coupée en deux. Cette année, comme les précédentes, aucun film de l'Est n'est à l'affiche. Le premier prix est attribué à A kind of loving (Grande-Bretagne), de John Schlesinger. Les années suivantes, le film européen marque des points : en 1965, c'est Alphaville de Jean-Luc Godard qui vaut de l'or, Le Bonheur d'Agnès Varda de l'argent. A partir de 1965, le jury et la commission de sélection des films accueillent des critiques de cinéma. "Cul-de-Sac" (Grande-Bretagne) de Roman Polanski décroche l'or en 1966.


Le Festival prend la forme juridique d'une SARL à partir de cette édition. On espère ainsi, grâce à des invitations envoyées directement aux Etats socialistes, sans devoir passer par le gouvernement fédéral, obtenir des films de ces pays. Seule la Yougoslavie accepte l'invitation. Les tentatives de réforme s'enlisent. Le Départ (Belgique) de Jerzy Skolimowski, est Ours d'or. 1968 - pouvait-il en être autrement ? - est placée sous le signe de la contestation estudiantine. L'inconcevable se produit à Cannes : la compétition est interrompue en plein milieu : soutenus par Truffaut et Godard, des étudiants solidarisés avec des ouvriers en grève occupent la grande salle du Festival. A Berlin, on craint également des dérapages, qui ne se produisent pas. Plusieurs festivals de second rang avaient été bousculés par de violentes protestations, et marqués par des discussions houleuses sur le cinéma allemand, mais point de révolution. A la place, des discussions incessantes. Même l'idée d'organiser un contre-festival, évoquée un moment, est abandonnée. L'Ours d'or est attribué à Ole Dole Doff (Suède) de Jan Troell.


Les années soixante-dix

Au début de cette décennie, la Berlinale est au bord du gouffre : un conflit éclate à l'occasion de la projection d'O.K., une parabole sur le Viêtnam signée Michael Verhoeven (Allemagne). Ce film raconte l'histoire vraie d'une fillette vietnamienne violée et assassinée par des soldats américains. La projection divise le public : les uns protestent, les autres, plus nombreux, applaudissent. Le lendemain de la projection, le film est retiré de la compétition, les raisons invoquées sont les mêmes que celles qui avaient provoquées à Cannes en 1956 une vive polémique autour de "Nuit et brouillard" : "O.K." contreviendrait au principe du Festival selon lequel les films présentés doivent contribuer "à une meilleure compréhension entre les peuples". La polémique et la vague de protestation qui s'ensuivent - journalistes et réalisateurs se solidarisent avec Verhoeven - provoquent la dissolution du jury. La compétition est suspendue et, c'est une première dans l'histoire de la Berlinale, aucun prix n'est remis.

s'ouvre par la création du Forum International du jeune cinéma, qui apporte un complément et un contre-poids au Festival. Petit à petit, la Berlinale s'ouvre au monde, elle accueille des films africains et sud-américains. Première en 1974, avec la projection d'un film soviétique. En 1975, Jakob der Lügner (RDA), de Frank Beyer, est en compétition, renouant avec la tradition des films de la DEFA, tandis que le jury accueille un membre soviétique. En 1976, pleins feux de nouveau sur le cinéma américain : cinq films sont en compétition, l'Ours d'or est dévolu à Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bulls History Lesson (USA) de Robert Altman. Coup d'éclat au Forum du jeune cinéma : le tribunal d'instance de Tiergarten fait peser sur le film de Nagisa Oshima Ai No Corrida (Japon/ France) le soupçon de la pornographie et décide son retrait de la compétition. Il ne sera pas donné suite à cette action en justice, mais la projection du film a été empêchée. La même année, Wolf Donner reprend le sceptre de la direction du Festival tenu pendant 26 ans par Alfred Bauer.

est l'occasion pour la Fondation Deutsche Kinemathek de lancer l'idée de rétrospectives sur l'histoire du cinéma, qui auront de plus en plus de succès les années suivantes. La même année, la communauté juive proteste contre Rainer Werner Fassbinder, membre du jury, jugeant la pièce "Der Müll, die Stadt und der Tod" antisémite.

Nouveau scandale en 1979, avec le film de Michael Cimino sur la guerre du Viêtnam La descente aux enfers ("The Deer Hunter", USA). En signe de protestation, les délégations de plusieurs pays socialistes retirent leurs films et quittent le Festival. Ce même film sera projeté à l'occasion du 50e anniversaire du Festival en 2000.


Les années quatre-vingt

Nouveau changement à la tête du festival : trois années seulement après sa nomination, Wolf Donner jette l'éponge. C'est le Suisse Moritz de Hadeln qui reprend le flambeau. Heartland (USA), de Richard Pearce, est l'Ours d'or 1980. L'année suivante, la Berlinale est à nouveau le théâtre d'une crise : Moritz de Hadeln était critiqué depuis quelques années déjà pour rechercher un compromis entre grosses productions internationales et cinéma d'art et d'essai, une voie qui semble une impasse pour les producteurs et réalisateurs allemands, d'autant qu'en 1981, un seul film ouest-allemand est en compétition : Der Neger Erwin, de Herbert Achternbusch. La Berlinale est menacée de boycott si elle ne décide pas de se réformer et de se donner une nouvelle direction. En dépit de toutes ces turbulences, le Festival enregistre un taux record de visiteurs, de Hadeln se maintient à la direction.

Cette année là, les stars affluent : Claudia Cardinale, Jeanne Moreau, Lino Ventura, Michael Piccoli et James Stewart, à qui le Festival consacre un hommage. L'Ours d'or est décerné à Die Sehnsucht der Veronika Voss (Allemagne), de Rainer Werner Fassbinder.

En 1983, la rétrospective de la Fondation Deutsche Kinemathek est consacrée à six comédiens allemands en exil. En 1985, elle porte sur les effets spéciaux. Le film de Rainer Simon Die Frau und der Fremde est le premier film de RDA a remporter l'Ours d'or.

Joli scandale à nouveau en 1986 avec Stammheim, le film de Reinhard Hauff sur la Fraction armée rouge, qui reçoit l'Ours d'or et pour lequel sont déployées des forces de police sans précédent. Avant que le Festival ne commence, des perturbations sont annoncées, des menaces de mort sont proférées. Le film sur le procès des terroristes de la RAF est projeté dans un climat de forteresse. Après l'annonce du vainqueur, Gina Lollobrigida enfreint son devoir de réserve de membre du jury en annonçant publiquement qu'elle a voté contre le film. En 1987, c'est le film Tema, de Gleb Panfilow (URSS), qui est lauréat, l'Ours d'argent est attribué à Platoon (USA), d'Oliver Stone. Surprise en 1988 : pour la première fois, un film de Chine populaire est primé au Festival, Hong Gaoliang ("Rotes Kornfeld") de Zhang Yimou. C'est à partir de 1988 que la Berlinale décerne également le "Teddy Award", prix décorant des films sur la thématique homosexuelle.

Les années quatre-vingt-dix

reste marqué par la réunification du Festival, avec des projections organisées dans la partie Est de la ville. En 1992, inauguration avec Star Trek VI - Das Unentdeckte Land (USA). Le vainqueur de cette année est Grand Canyon (USA) de Lawrence Kasdan. En 1993, à l'occasion du 60e anniversaire du classique du répertoire King Kong, une version restaurée de Ernest B. Schoedsacks, King Kong et la femme blanche (USA) est montrée dans une projection spéciale. Un Ours d'or est remis à Gregory Peck et à Billy Wilder pour l'ensemble de leur carrière. Mais plutôt que des oeuvres d'outre-Atlantique, ce sont les films asiatiques, africains et européens qui remportent la mise. L'Ours d'or revient à Xian Hunnü (Chine) de Xie Fei et à Hsi Yen (Chine) d'Ang Lee.

Larry Flint de Milos Forman se voit décerner cette année là la plus haute distinction. En 1999, la Berlinale tire sa révérence au cinéma " Zoo-Palast ". L'année suivante, la 50e édition se déroulera sur la Potsdamer Platz. Le dernier film qui aura été honoré au " Zoo-Palast " est l'épopée guerrière "La ligne rouge" (The thin red Line", USA), de Terrence Malick. Le Festival du cinquantenaire s'ouvre sur une production germano-américaine de Wim Wenders, The Million Dollar Hotel. Sont présentes des stars d'envergure internationale comme George Clooney, Milla Jovovich, Leonardo DiCaprio et Jeanne Moreau, a qui est consacré un hommage, de même qu'à Robert De Niro. L'Ours d'or est attribué à Magnolia (USA), de Paul Thomas Anderson.

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Kristina Fischer

Edité le : 03-02-06
Dernière mise à jour le : 16-09-08