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Samedi, 28 janvier 2006 à 20h40 - 27/01/06

L'origine orientale de la ziggurat

L'Aventure Humaine


Par François Vallat (Extraits)
 
La ziggurat, cette curieuse construction formée de plusieurs étages de grandeur décroissante, a été considérée, par la plupart des archéologues du Proche-Orient, comme un élément fondamentalement mésopotamien. Selon ces spécialistes, la plus ancienne daterait du roi Ur-Nammu (20182001), le fondateur de la troisième dynastie d'Ur.

img_vase_ziggurat.imageDataLes fouilles effectuées en Mésopotamie ont effectivement permis de retrouver les traces de nombreuses ziggurats datant de différentes périodes. Et ce type de construction a été popularisé par celle de Babylone connue dans les récits bibliques sous le nom de "tour de Babel".

Cependant, des découvertes plus ou moins récentes effectuées sur le Plateau iranien permettent de remettre en question aussi bien l'origine mésopotamienne et la fonction de ce genre de construction que l'étymologie de son nom qui viendrait de l'accadien zaqâru et qui signifierait "construire en hauteur".
Or, dans son livre intitulé Jiroft, The Earliest Oriental Civilization, (Tehran 2003) Youssef Madjidzadeh publie plus de 200 objets provenant de fouilles clandestines effectuées dans la région de Jiroft (dans la province du Kerman) parmi lesquels figurent de nombreux vases en chlorite. L'un d'entre eux, un vase cylindrique de 12 cm de diamètre et de 8,8 cm de hauteur représente, selon l'auteur, une "architectural représentation". En fait, cette construction illustre une ziggurat composée de 4 étages superposés placés sur une terrasse et décorée à son sommet d'une corne. Un édifice identique (mais ne comptant que trois étages) apparaît sur une plaque de chlorite découverte il y a une trentaine d'années à Tépé Yahya [...].
C'est l'exemplaire de Tépé Yahya qui apporte un élément déterminant pour la compréhension de cette architecture. En effet, la ziggurat de trois étages surmontée d'une paire de
cornes est construite sur un massif décoré de pilastres, ces colonnes semi encastrées, et limité sur ses deux côtés d'un motif décoratif en zigzag. Or, de tels pilastres ont été exhumés, en grandeur réelle, au Pakistan, sur le site de Mundigak fouillé par J.-M. Casal [...]. Cette façade de Mudigak qui présente cette succession de pilastres constitue la paroi d'un édifice qui compte plusieurs étages [...]. On reconnaît également ces pilastres sur le "complexe cultuel" d'Altyn Tépé en Asie centrale. [...]


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On s'est en outre beaucoup interrogé sur la fonction ou le rôle de ce type je bri de bâtiments. Les réponses sont aussi nombreuses que divergentes mais dans ces analyses, on a souvent omis la présence de corne(s) en leurs sommets. Or, les cornes, pour la plupart des commentateurs, marquent le caractère divin de l'être qui les porte ou l'aspect sacré du monument qu'elles décorent. Sur toutes les constructions à étages représentées sur les vases, plaques de chlorite où les reliefs, on distingue clairement une ou deux cornes.
Cet aspect est confirmé par la ziggurat de Suse gravée sur le relief assyrien qui en est ornée d'une double paire. D'ailleurs, la narration du sac de Suse par Assurbanipal est sans ambiguïté à ce sujet :
"Je détruisis la ziggurat de Suse qui avait été faite de briques de lapis-lazuli ;
je brisai ses cornes fondues de cuivre brillant".
On peut ajouter que les fouilles de Suse ont fourni deux cornes en calcaire d'un mètre environ portant une dédicace rédigée en élamite par le roi de l'époque néo-élamite fiutur-Nahhunte pour le temple de la déesse Pinikir.
Enfin le caractère religieux de la ziggurat peut être précisé par certaines épithètes divines, en particulier celle du grand dieu de Suze, Insusunak, qui est dit "Seigneur de la mort dans le kukunnum". Or, le Kukunnum est le temple haut de la ziggurat. En d'autres termes, c'est l'aspect funéraire du bâtiment qui apparaît dans cette expression. [...]
Il importe également de souligner que le mot ziggurat, contrairement à ce qu'on affirme ici ou là, est vraisemblablement un terme d'origine élamite et non pas accadienne. En effet, en élamite, aucun mot d'origine étrangère n'est suffixé de -me. Ce suffixe marque tantôt l'abstrait comme dans sunkime qui signifie "royaume ou royauté" et vient de sunki dont le sens est "roi", tantôt la conctruction d'appartenance comme : siyan Insusinak-me "le temple d'Insusinak". Et c'est à cette seconde possibilité qu'on peut rattacher le mot ziggurat (en élamite : zagratume/zigratume) qui serait donc "le zig du rat" ; zig- et rat- sont deux racines bien attestées en élamite. La première signifie "élever" en parlant d'un palais, par exemple, et la seconde "créer". Le nom du dieu Ruhu-rater signifie le "créateur de l'homme" ou les Nap-ratep sont les "dieux créateurs". Ainsi, les deux substantifs qui constituent le mot ziggurat peuvent signifier "élévation de la création (humaine)" ou "élévation de l'humanité".
Fouille de Konar Sandal A.Il n'est pas sans intérêt de mentionner ici une phrase d'André Parrot qui, dans les conclusions de sa longue recherche consacrée aux ziggurats, écrit:
"Au terme de cette étude la conclusion semble s'imposer. La ziggurat mésopotamienne, prototype de la "tour de Babel" de l'Écriture, était la manifestation architecturale de l'humanité désireuse sans doute de s'élever au-dessus de la terrre...".
La forme générale de la ziggurat avec ses étages d'importance décroissante est probablement née d'une construction appuyée à une montagne comme celle d'Altyn Tépé ou encore celle de Turang Tépé. Elle n'est donc construite que sur trois côtés. Mais la Mésopotamie étant dépourvue de colline le quatrième côté (du carré ou du rectangle) a dû être édifié et elle nous a ainsi légué la construction connue par les premières fouilles.
Ces différentes représentations de la ziggurat élamite datent de l'époque proto-élamite située généralement entre 3100 et 2600. Certains éléments de cette documentation semblent donc antérieurs à ceux découverts en Mésopotamie. Il sera donc désormais difficile de considérer l'Elam ou le Plateau iranien comme une "vaste zone irriguée d'influences mésopotamiennes". Les récentes découvertes de Jiroft constituent un ensemble homogène qui indique, pour le moins, que les influences étaient réciproques ! Et on ne pourra plus affirmer que les terrasses hautes d'Asie centrale sont inspirées des ziggurats mésopotamiennes !
 
  • Pour en savoir plus, consultez aussi notre sélection bibliographique (Ziggurats et tour de babel d'André Parrot...)
  • Source : Extraits de Jiroft, Dossiers de l'archéologie, n° 287 (octobre 2003) ;Collectif, Broché, 139 pages, (illustré)
 
A découvrir aussi dans ce dossier :
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Aratta, à l'aube des civilisations
samedi, 28 janvier 2006 à 20:40
Wiederholungen :
29.01.2006 à 14:00
04.02.2006 à 02:00
04.02.2006 à 11:55
(France, 2005, 52mn)
ARTE F
Réalisateur: Olivier Julien
ARTE F © Gedeon Programmes 
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Edité le : 25-01-06
Dernière mise à jour le : 27-01-06