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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 04/12/08

L’Homme sans âge

( note Arte: 3 ) Le héros du nouveau film de Francis Ford Coppola est un linguiste qui renaît miraculeusement, mais poursuit ses études. Une gageure plutôt qu’un gâchis.

  • Festival de Rome

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De Francis Ford Coppola
(2007, Roumanie – USA, 2h05)
Avec Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz…

Un DVD PATHE!


Synopsis : 1938, en Roumanie. Le professeur Dominic Matei (Tim Roth) se désespère, Afin de se consacrer à sa grande œuvre, un essai titanesque sur les origines du langage, Il a fait le choix de tout sacrifier, en particulier son amour de jeunesse Laura (Alexandra Maria Lara). Le fantôme de la jeune femme ne quitte pas ses pensées. A 70 ans, il sent qu’il ne pourra pas venir à bout de ses recherches et conclut qu’il a lamentablement raté sa vie. Frappé par la foudre au cours de sa promenade du soir, il est conduit à l’hôpital où il réalise peu à peu qu’il rajeunit. Cet évènement miraculeux le dote de pouvoirs extraordinaires et de la présence d’un double méphistophélique. Les nazis s’intéressent à son cas, puis les alliés, mais lui ne veut penser qu’à la continuation de son livre, désormais facilitée par sa jeunesse et sa condition de surhomme. Cette fois-ci, il va pouvoir remonter aux sources du langage, et isoler rien moins que le début de la conscience humaine. Pourtant, il lui faudra faire une fois encore ce choix cornélien qui a guidé sa vie et scellé son destin.

Critique : Si ce film était signé d’un maître du cinéma d’Europe de l’est (le tchèque Jiri Menzel ou le polonais Wojciech Has, l’auteur de « La Clepsydre » et du « Manuscrit trouvé à Saragosse » auquel répond la construction stéréoscopique de « L’Homme sans âge), personne n’y trouverait à redire. Oui mais voilà, il est signé Francis Ford Coppola et beaucoup seront tentés de se demander en quoi son projet est spectaculaire et surtout fédérateur. Le malentendu n’a jamais quitté le metteur en scène américain, mais celui-ci a trouvé la solution, passé ces dix années durant lesquelles il n’a pas signé un seul film mais fait fructifier son vignoble et son travail de producteur : la fuite en avant, substituée à celle du professeur roumain. Sur ce papier, cette adaptation dense et protéiforme d’un ouvrage ésotérique du philosophe Mircea Eliade semble s’adresser en premier lieu à une poignée de cinéphiles et surtout aux amateurs de romans-fleuves au cours desquels l’auteur peut se permettre des audaces rarement admises dans le cinéma actuel, en retard (le cinéma est cher et s’autocensure pour rassurer ses financiers, mais Coppola est ici son propre producteur et « L’homme sans âge » est loin d’être une superproduction).

Dominic Matei est effectivement un drôle de personnage, un peu monstrueux, auquel s’offre le scénario le plus séduisant qui soit (ce qui suffirait à prouver que ce film s’adresse au plus grand nombre) : une déclinaison fantastique où la magie se joint à un questionnement sur le temps, celui qui passe et celui qu’on emploie, à la résurgence de l’amour, à la régénérescence et à la quête icarienne du savoir. Devenu un homme d’exception, notre linguiste choisit de rester un pur esprit et de continuer à plonger son nez dans les livres, comme un immense bras d’honneur adressé à la dictature du plaisir et du vedettariat qui caractérise non l’époque dans laquelle s’inscrivent ses pérégrinations prolongées, mais celle où le film dont il est le héros choisit de se dévoiler au public, la nôtre. Si l’amour persiste, la politique, la guerre et les femmes qui ne sont pas Laura sont autant d’obstacles aux études. Voilà un postulat culotté (même si légitime, le créateur est celui capable de faire le vide autour de lui), qui passe avec aisance grâce à une élégance stylistique qui a souvent distingué Coppola. Le film ne comporte quasiment que des plans fixes et le statisme du cadre contribue étrangement à la fluidité d’une histoire particulièrement touffue.

Les costumes en tweed du professeur Matei et sa façon de traverser les frontières et les cultures rappellent davantage, soyons rassurés, l’élan d’un Indiana Jones que le mulet capillaire d’un Tom Hanks omniscient dans « Da Vinci Code ». Coppola goûte longuement l’esthétisme Mitteleuropa de ce film tourné en Roumanie, comme celui des années 1950 qui prédomine dans sa deuxième partie (on n’est pas loin de l’atmosphère d’un roman – encore – de Max Frisch, comme « Homo Faber »). Les allusions cinéphiles (« Le Troisième homme », « Vertigo » et la flamboyance du duo Powell/Pressburger) s’imbriquent avec musicalité dans un récit dépourvu de temps mort et parcouru de l’esprit de la bande dessinée « ligne claire », pour faire passer avec grâce (et une peu de fantastique kitsch, Coppola se souvenant peut-être de ses débuts chez Roger Corman) l’éternelle question de la vanité à laquelle le cinéma est forcément lié. La péremption, l’égoïsme, l’utopie, la mythologie, la prémonition et la traversée du vingtième siècle s’écoulent dans l’alambic d’une aventure teintée d’un romantisme contrarié. Cette aventure est également celle d’un film laboratoire qui permet à son auteur de se ménager une voie d’avenir au lieu de faire la somme de ses obsessions, dans un réflexe d’antiquaire reclus (un cinéaste ne pense jamais que son nouveau film pourrait être le dernier). C’est surtout une très belle gageure et une passionnante proposition de cinéma.


Julien Welter


Les compléments du film:

- Conférence de presse de Francis Ford Coppola
- La musique de "L'homme sans âge" (26 mn)
- Sur le plateau du film : le maquillage (18 mn)
- Galerie photo

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L’Homme sans âge
De Francis Ford Coppola
(2007, Roumanie – USA, 2h05)
Avec Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz…
Un DVD PATHE!

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Edité le : 21-10-08
Dernière mise à jour le : 04-12-08