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L'inde - Un monde rêvé - 19/10/06

L’Inde entre dans une nouvelle ère

Interview


Cette année, l’Inde est le pays à l'honneur au Salon du livre de Francfort. Le sous-continent entre à pas de géant dans une nouvelle ère. Une interview de Vikram Seth, l’un des plus grands écrivains de ce pays.

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Depuis la parution en 1993 d’Un garçon convenable, roman-fleuve de quelque 1 400 pages, Vikram Seth est surnommé le « Tolstoï indien ». Considéré comme l’un des plus grands auteurs contemporains du sous-continent, il est souvent cité avec Salman Rushdie, Amitav Ghosh ou Arundhati Roy. Il appartient à ce groupe privilégié d’auteurs indiens qui écrivent en anglais et dont la notoriété a, de ce fait, passé les frontières. Ce n’est pas le cas de la plupart des écrivains indiens. « Nous avons une foule de bons écrivains qui écrivent en marathi, tamoul, bengalais, punjabi, ourdou ou gujarati. Mais même chez nous, il y a des problèmes de traduction avec les langues nationales », explique Seth. Il espère que la présence de l’Inde au salon du livre de Francfort, à titre de pays invité, fera connaître au lectorat d’Occident ses confrères qui écrivent dans des idiomes régionaux.

Même si plus de 35 % de la population est analphabète, les auteurs indiens peuvent compter sur 600 millions de lecteurs potentiels. Le marché du livre est en pleine expansion, plus de 15 000 éditeurs publient 77 000 livres par an dans une vingtaine de langues nationales. Mais comment trouver un dénominateur commun à la création littéraire dans un pays si riche en facettes, sur les plans religieux comme linguistique ? Les sujets de prédilection des écrivains indiens contemporains sont le boom économique, la « nouvelle Inde » qui arrive à grands pas, mais aussi les conflits persistants entre hindous et musulmans, les droits de la femme ou le système de castes qui reste une réalité. Dans son roman No God in Sight (pas encore paru en français), la jeune auteure Altaf Tyrewala, qui jouit d’une belle réputation en Inde, tente d’appréhender la diversité de Mumbay (appelée Bombay jusqu’en 1995), mégalopole de 14 millions d’habitants ballottée entre une expansion à tout crin et une pauvreté de masse. Idem pour le journaliste Suketu Mehta qui a consigné ses observations dans Bombay – Maximum City (pas encore paru en français).

A l’instar de nombre de ses confrères indiens anglophones, Vikram Seth a suivi des études universitaires à l’étranger. Il a d’abord étudié à Oxford, puis à Stanford et à l’université de Nankin en Chine – partageant très tôt son temps entre ces continents. Il possède une résidence à proximité de Londres et une maison à New Delhi, tout près de celle de ses parents. L’anglais est pour lui une langue d’Inde au même titre que les 22 autres langues nationales.
La vie de l’élite culturelle est tellement en marge de la population pauvre et illettrée que les histoires qu’elle raconte se déroulent essentiellement dans les couches moyennes et supérieures. Il en va ainsi du roman Ravan & Eddie (2005) d’Anders Kiran Nagarkar (pas encore paru en français) dont l’action se passe dans les « chawls » – les HLM de Bombay –, et des écrits d’Arundhati Roy, l’altermondialiste la plus connue en Inde. L’auteure du roman Le dieu des petits riens (1997), lauréate du Booker Prize, défend depuis plusieurs années les droits de la population rurale défavorisée au travers d’essais et d’actions politiques et elle met en garde contre les répercussions d’un développement qui priverait les pauvres de leur voix et de leurs droits.

Vikram Seth, lui, fait confiance au gouvernement multiethnique et aux structures démocratiques : « En Inde, aucun gouvernement ne saurait abandonner les pauvres à leur sort. J’espère une chose, que ceux qui misent tout sur la prospérité des villes et ignorent les populations rurales soient chassés du pouvoir aux prochaines élections. »

Le magnat de l'acier Lakshmi Mittal a déclaré récemment à l’hebdomadaire allemand Die Zeit : « Les Indiens sont issus d’un monde pluriculturel et polyglotte, ce qui explique pourquoi nous avons plus de facilités à évoluer sur l’échiquier international. ». Sur cet échiquier, on trouve des acteurs de l’économie mondiale mais aussi des grands noms de la littérature comme Vikram Seth.


Propos recueillis par Maike van Schwamen pour ARTE Magazin

Edité le : 27-09-06
Dernière mise à jour le : 19-10-06