La nuit, sur l’île bretonne de Saint-Rémy, des enfants de 7 à 14 ans, tous déguisés, visitent des propriétés et les cambriolent. Le butin compte moins pour eux que l’excitation du vol. L’histoire se complique après leur deuxième larcin, lorsqu’un homme profite de leur passage pour assassiner sa femme. La police doit enquêter et un commissaire est chargé des investigations. Au fil des jours, les secrets de famille se dévoilent. Et les enfants, à travers leurs jeux, paraissent bien innocents face au monde des adultes qui, lui, se révèle dans toute sa noirceur.
La violence faite aux enfants
En mettant au premier plan une bande d’enfants qui cambriolent par jeu, défi ou désoeuvrement, Gérard Mordillat dénonce la violence faite aux enfants : “Pas seulement la violence physique, mais toutes les formes de violence qui s’exercent contre eux : l’abandon, l’humiliation, le dénigrement,la vénération, la négligence.” La recherche de l’assassin passe dès lors au second plan et l’enquête n’est qu’un leurre : “L’île Atlantique ne se joue pas dans la sphère policière mais dans le théâtre de l’intimité, le secret de famille où les êtres se révèlent dans ce qu’ils ont de plus cru, de plus violent, de plus lourd. Et lentement apparaît l’inacceptable vérité : les enfants, supposés coupables, sont les véritables victimes.”
Mais si le livre de Tony Duvert est dur, et brutal, Mordillat a tenu à glisser dans son film une note d’espoir : “Je veux démontrer qu’il est possible de s’arracher à ce qui nous maltraite et nous hante. C’est en faitun hymne à la liberté individuelle.”Coréalisateur avec Jérôme Prieur des séries documentaires Corpus Christi et L’origine du christianisme, Gérard Mordillat a signé plusieurs comédies comme Vive la sociale ! (1983) ou Billy-ze-Kick (1985). L’île Atlantique est le dernier film d’une trilogie dramatique inspirée par des oeuvres littéraires, faisant suite à En compagnie d’Antonin Artaud (d’après Jacques Prevel) et à L’apprentissage de la ville (d’après Luc Dietrich).
Explorant des voies narratives spécifiques, Gérard Mordillat reste toujours fidèle à l’esprit de l’oeuvre. Dans ce film à la méchanceté parfois drolatique, l’auteur a voulu faire partager une fois de plus son admiration pour la littérature, mettre en images les incomparables émotions qu’elle lui procure. Lire notre entretien page suivante. La diffusion de L’île Atlantique coïncide avec la réimpression aux Éditions de Minuit du roman de Tony Duvert, paru en 1979.“Je voulais interdire aux spectateurs de détourner le regard ou de se boucher les oreilles.”
(Gérard Mordillat)
L’île Atlantique
Téléfilm de Gérard Mordillat
(France, 2005, 1h31mn)
Scénario et dialogues : Gérard Mordillat d’après le roman de Tony Duvert
Avec : Catherine Jacob (Chantal Seignelet), Franck de la Personne (Robert Seignelet), Marianne Basler (Yvonne Lescot), Julie Jezequel (Laure Boitard), Jean-Damien Barbin (Maurice Glairat), Patrice Valota (Hugo Grandieu) Judith Burnett (Gilles Grandieu) Luc Thuillier (le président Gassé) Finnegan Oldfield (Jean-Baptiste) Martin Jobert (François-Gérard), Sara Summa (Amélie-Lyanne), Jean-Charles Deval (Camille), Priscilla Attal-Sfez (Anne-Grâce)
Image : Laurent Barès
Montage : Sophie Rouffio
Musique : Bach, Couperin
Coproduction : ARTE France, Archipel 33
ARTE FRANCE






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