Voir le reportageUn reportage de Gabriel Vedrenne et Xavier Ameller
Sur cent idées, combien sont réellement approfondies puis réalisées ? Parmi celles mises de coté, il s’en trouve pourtant peut-être une, géniale, qui attend son heure. L’artiste doit donc garder, classer, organiser ses idées et ses intuitions pour ne rien perdre.
L’arborescence, qui n’est qu’une méthode de classification parmi d’autres, répond à cette exigence, mais peut aussi devenir un objet artistique et un formidable espace de jeu. C’est l’idée qu’Isabelle Le Normand et Florence Ostende, les deux commissaires de l’exposition, ont décidé de mettre en valeur dans Argument de la diagonale. Le terme peut paraître fastidieux et évoquer de lointains souvenirs de géométrie. Mais lorsque l’art contemporain s’en empare, la diagonale prend la tangente et se fait déviante, ouverte à la digression.
Eric Duyckaerts symbolise cette approche du sérieux par l’absurde. Artiste et enseignant à la Villa Arson (Nice), il garde les habits du professeur pour disserter sur la notion d’analogie dans une installation vidéo remplie de rapprochements tant logiques qu’incongrus. Les deux commissaires confient d’ailleurs s’être inspirées de cet art de la digression pour imaginer une exposition « tournée vers les méthodologies qui organisent la pensée en même temps qu’elles la brouillent ».
Cette discipline, certains en jouent et en font une démarche artistique, que l’exposition Argument de la diagonale s’attache à montrer. Finie la genèse de l’œuvre soigneusement cachée, dans cette exposition l’artiste montre sa manière d’ordonner ses idées. C’est ainsi que Julien Prévieux expose La somme de toutes les peurs, un travail de collecte de synopsis de « films de sécurité nationale ». L’artiste en a gardé les mots clefs pour les retraiter à l’aide d’un logiciel d’aide à la décision, obtenant ainsi une cartographie improbable. Sur ce mapping, tout un genre cinématographique prend des allures de réseau, reliant des éléments clefs, tels que les mots « tue », « cyclone », « terroriste » ou « Sarah Connor ».
Les logiques organisationnelles contaminent la création contemporaine. Mais même en voulant s’organiser, l’artiste sera toujours tenté de se perdre dans les règles, de se laisser distraire, une tendance que Raymond Queneau avait érigé en principe central du collectif littéraire l’Oulipo. L’exposition Argument de la diagonale procède d’une interrogation assez proche, qui, malgré l’aspect peu fertile de l’arborescence, rend créatives toutes ces œuvres inspirées de schémas organisationnels. Internet, la pensée en réseau et en hyperlien sont passés par là et semblent imprégner l’art contemporain d’une envie de prolifération ordonnée.
L'expositionArgument de la diagonale
jusqu'au 26 juillet
Centre d'art Bétonsalon
9 esplanade Pierre Vidal-Naquet, Paris
>> Le site du centre d'art Bétonsalon






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