Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > CANNES 2008

Cannes 2008

Retrouvez toute l'actualité de la 61ème édition du festival de Cannes dans ce dossier.

> Tous les films > L’échange

Cannes 2008

Retrouvez toute l'actualité de la 61ème édition du festival de Cannes dans ce dossier.

Cannes 2008

Festival de Cannes 2008 - Compétition - 21/08/08

L’échange

Un film de Clint Eastwood


Avec une bouche inversement proportionnelle à son talent, Angelina Jolie monopolise une œuvre bancale signée par le grand Clint.

Synopsis : Los Angeles, 1928. Christine Collins (Angelina Jolie) ne vit que pour son fils, mais travaille dur comme opératrice téléphonique. Un jour, elle rentre à son domicile en retard. Le petit Walter a disparu. Quelques mois plus tard, les policiers ramènent son garçon à la mère bouleversée. Ils espèrent mettre à profit ce succès pour redorer leur image. Mais Christine affirme que l’enfant n’est pas le sien. Dès lors, le LAPD met tout en œuvre pour la discréditer, et même la neutraliser lorsqu’elle tente de se faire entendre par voix de presse.

Le trailer du film

Critique : Il y a au moins deux films en gestation dans ce long métrage de Clint Eastwood, à nouveau plongé dans le passé américain (Après « Mémoire de nos frères » et le récit de la bataille d’Iwo Jima, c’est le mandat du président Coolidge qui sert de point de repère). Le titre lui-même semble inviter à la réversibilité. La première heure voit le loner préféré de la critique de cinéma livrer un plaidoyer contre les mesures liberticides et totalitaires qui pourrissent la Californie à la veille du crash boursier, cette violence et cette corruption inouïe dont les auteurs de polars ont suffisamment fait leur miel, pour mieux décrire une mégalopole justement irréelle. Il est difficile de ne pas reléguer à l’arrière plan l’image récurrente des enfants perdus de l’Amérique dont le jeune Walter Collins grossit les rangs et dont le vieux Clint livre une sempiternelle déclinaison, tant le mélodrame politique prend le dessus sur le film noir, et pas forcément pour le meilleur. Déjà irregardable dans la première de ses collaborations avec Eastwood (le polar « Dans la ligne de mire » réalisé par Wolfgang Petersen en 1993), John Malkovich maintient son jeu cabot pour incarner le révérend Gustav Briegleb, l’abbé Pierre local. Mais ce n’est rien en comparaison de la contre-performance d’Angelina Jolie, visage extraordinaire mais talent ordinaire, voire médiocre. Eastwood est décidément mal à l’aise avec les personnages féminins, à moins qu’il n’en cultive une vision franchement tordue, de l’ex maîtresse psychopathe (« Un frisson dans la nuit », sa première réalisation en 1972) à l’improbable italienne perdue à l’ombre des ponts de Madison County (Meryl Streep) en passant par la boxeuse extirpée de la fange (Hilary Swank dans « Million Dollar Baby » en 2004). Comment s’attacher au personnage de Christine Collins, une oie blanche qui semble tout ignorer du fascisme rampant dont font état les autorités de Californie, mais qui se transforme en guerrière redoutable dès qu’elle trouve un soutien ? S’il restera toujours « A Few Good Men » dans la cité des anges, le spectateur, lui, reste circonspect.

Bien meilleure est la seconde partie, dédiée plutôt à la mascarade et l’imposture qui prédisposent pour Eastwood à tout évènement récupéré (la médiatisation du cas de Walter Collins relève de la même idée que la photo de la Colline d’Iwo Jima, exploitée jusqu’à la nausée). C’est le prétexte à une belle scène de procès durant laquelle la recherche de la vérité est sacrifiée par la performance des prévenus et autres avocats. Au cours de ces moments, l’outrance du jeu est enfin légitimée, on a bel et bien basculé dans le conte : le ravisseur présumé du petit Walter s’extirpe de la réalité par ses allures de dandy dégénéré qui rappellent le croquemitaine de l’onirique « La Nuit du chasseur ». Cette dualité à nouveau rapportée à l’idée « d’échange » culmine dans la conclusion du film, ambiguë, forcément ambiguë. Véritable icône, Christine est tout à la fois habitée par la foi et l’espoir, un esprit de combativité désormais à toute épreuve, et prisonnière de son calvaire, condamnée à l’obsession et au ressassement d’un drame qui empoisonnera le reste de son existence. L’Amérique lugubre et (un peu) gothique, les fantômes et la visite aux enfers ont pourtant inspiré au cinéaste des oeuvres autrement plus fortes et mieux menées.

Julien Welter
............................
L’échange
De Clint Eastwood
(2008, USA, 2h21)
Avec Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Eore, Amy Ryan…


Edité le : 20-05-08
Dernière mise à jour le : 21-08-08