
"Il est plus facile de dénaturer du plutonium que le mauvais esprit des hommes." Albert Einstein aurait fait cette constatation dans les années 1950. On ignore si cette remarque tristement sarcastique visait l’humanité en général ou lui-même en particulier. Diverses publications récentes sur Einstein font apparaître qu’il avait de bonnes raisons de douter des nobles sentiments de l’humanité et de certains de ses concitoyens.
Albert Einstein fut certes le physicien génial, souvent qualifié de Newton du xxe siècle, mais il était aussi un homme, que ses convictions politiques exposèrent à de multiples attaques, à l’envie et à une surveillance malveillante de personnes politiquement puissantes, pendant presque toute sa vie et dans des systèmes politiques variés ; parallèlement, Einstein était de son vivant un symbole, que les puissants et les grands de ce monde n’ont cessé de courtiser. Le mythe d’Einstein est vivace et ne manquera sûrement pas de se renforcer durant cette année 2005 où l’on célébrera le savant. On l’honorera en tant que physicien visionnaire et génial, dont les opinions politiques progressistes seront présentées comme des vertus par excellence, intemporelles et inattaquables, contestées uniquement par les jaloux et les grincheux.
Toutefois, Einstein ne fut pas seulement contesté par ces misanthropes. Durant les quatre dernières décennies de sa vie, il fut surveillé presque en permanence non seulement par la police politique et les services secrets de la dictature nazie, mais aussi par ceux de sociétés dotées de constitutions démocratiques, tels que les États-Unis. C’est ce que nous allons découvrir.
Le comportement politique d’Einstein fut exceptionnel comparé à celui de ses collègues. Ainsi, devant l’imminence de la Première Guerre mondiale et face à l’enthousiasme qu’elle suscitait, il s’est soustrait, dès l’été 1914, à tous les courants chauvins et nationalistes auxquels nombre de ses collègues adhéraient sans trop réfléchir.







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