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29/08/08

"L’homme mobile est une figure du XXIe siècle"

Politiste et juriste, Catherine de Wenden travaille depuis vingt ans sur les migrations internationales. Alors que les politiques refusent obstinément de prendre en compte la réalité de ces flux, elle en analyse les perspectives.

© ARTE France
ARTE: Comment envisagez-vous les mouvements de migration à l’horizon 2030 ?
Catherine de Wenden: Tant que la pauvreté ne diminuera pas, ils vont se poursuivre. Mais au-delà, il y aura aussi des migrations que je définirais comme "secondairement politiques". Il ne s’agit pas vraiment de réfugiés mais plutôt de gens jeunes, scolarisés et urbains, qui fuient des régimes autoritaires et corrompus. Les plus audacieux migrent vers l’Europe, les États-Unis ou le Canada. Enfin, les grandes réserves démographiques se situent d’abord en Asie : aujourd’hui, le migrant moyen est un Asiatique qui va vers un pays du tiers-monde.
 
L’Europe vieillissante est-elle prête à accueillir ces migrants ?
Elle les accueille mal parce que pendant longtemps, elle ne s’est pas pensée comme une terre d’immigration mais comme une terre de départ – vers les colonies, les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Et elle ne s’imagine pas en terre de peuplement parce qu’elle ne s’est jamais sentie vide. D’où sa difficulté à devoir reconstituer sa culture, son identité, avec les migrants. Elle vit sur la défensive, en développant des sentiments ultrasécuritaires accrus par le chômage, la xénophobie et le terrorisme. Mais la migration va se faire et se fait déjà. L’homme mobile est une figure du XXIe siècle. Mieux vaudrait songer aux meilleures solutions pour en tirer profit.
 
© ARTE France
Pourquoi les politiques restent-ils sourds à ces évolutions ?
C’est une question totalement taboue, dans la France de la campagne pour la présidentielle comme dans d’autres pays européens. Une série de contradictions aboutit à la politique de l’autruche : contradiction entre, d’un côté le besoin de main-d’œuvre et le vieillissement démographique, de l’autre le chômage, le repli identitaire, la ghettoïsation et l’insécurité ; contradiction entre la nécessité de s’inscrire dans une compétition internationale pour les compétences – ne pas rater Einstein une fois de plus ! – et la crainte d’être concurrencé sur son propre terrain ; contradiction, enfin, entre la prise de conscience du fait que l’immigration est nécessaire pour payer les retraites et la peur qu’elle pèse sur les charges sociales.
 
Le droit de migrer pourrait-il, demain, faire partie des droits fondamentaux ?
Quelques textes, y compris aux Nations unies, commencent timidement à l’énoncer. Comment, dans le futur, jugera-t-on la manière scandaleuse dont on traite les clandestins, ne serait-ce qu’en Europe, quand ils sont portés pieds et mains liés dans les avions, frappés et reconduits dans des pays où ils sont éventuellement à nouveau emprisonnés ? De plus, le droit de migrer, c’est aussi celui de bouger. Car les clandestins, sans papiers, ne prennent plus le risque de repartir. Plus les frontières sont fermées, plus les gens s’installent ; plus elles sont ouvertes, plus ils circulent. Au final, le droit de migrer sera donc aussi un gain pour les pays de départ.

Propos recueillis par Sylvie Dauvillier

Edité le : 16-03-07
Dernière mise à jour le : 29-08-08


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