Darren Aronofsky et Mickey Rourke avec “The Wrestler’” (****) mettront-ils définitivement le Lion K.O.? Réponse ce soir avec le palmarès très attendu de la 65ème Mostra de Venise.
Marco Müller a bien caché son jeu programmant en bout de course de sa sélection compétitive, “The Wrestler’” de Darren Aronofsky. Le film, véritable coup de poing cinématographique, vient surclasser ses concurrents tant et si bien que depuis sa projection de presse, l’ensemble des journalistes italiens voient des étoiles partout. « The Wrestler » tient effectivement de l’hallucination, il est le fait du renouvellement d’un auteur et d’un acteur trouvant ici une sorte de rédemption inespérée dans un rôle qui, à lui seul, pourrait être la parabole de sa propre vie.
Darren Aronofsky, réalisateur chéri des critiques américains à la fin des années 90 suite à « Pi » et surtout « Requiem for a Dream », s’était largement fourvoyé avec son film précédent « The Fountain », un opus fantastique foutraque présenté en première mondiale à Venise il y a deux ans. Aujourd’hui le cinéaste se refait avec “The Wrestler’” en changeant son fusil d’épaule : connu pour un style qui privilégiait beaucoup les effets de prise de vue et de montage, Aronofsky parie à présent sur une mise en scène dépouillée, un classicisme voué à l’attention de son personnage Randy « The Ram » Robinson, catcheur adulé dans les années quatre-vingt dont il suit l’ordinaire vingt ans plus tard. Ce dernier, colosse vieillissant d’esprit juvénile, est à deux doigts de lâcher la rampe des combats ultra-violents et sanguinolents (souvent truqués) dont il reste encore l’objet idolâtré. Aronofsky, tel un farfadet impressionné dans les premiers plans suivant de dos un monstre mystérieux aux cheveux longs oxygénés, soutient globalement à l’égard du géant une posture de respect et d'humilité inquiète. Randy-Mickey Rourke, à moitié nu la plupart du temps, le visage buriné, tuméfié, le corps bodybuildé et bronzé, aspire ainsi à lui la caméra dans le contexte d’une terre de contrastes : d’un côté l’univers saturé des cris et des lumières de la scène, de l’autre, la misère et l’accablement souvent pathétiques en coulisses, notamment lorsqu’il s’agit pour survivre d’abandonner la boucherie du ring pour la remplacer par celle, bien plus anonyme, du comptoir d’un supermarché.

The Wrestler
de Darren Aronofsky
(USA, 2008, 105 min.)
Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood
Compétition

Cette fascination pour le personnage de Randy est conjuguée par les résonnances quasi autobiographiques que l’on retrouve du parcours de Mickey Rourke. L’acteur semble s’être préparé ainsi toute sa vie à incarner ce rôle, depuis sa carrière professionnelle dans la boxe parsemée des conseils de médecins avisés lui suggérant, comme dans « The Wrestler », d’abandonner le combat. De même, l’acteur comme le catcheur Randy, connaît une gloire extraordinaire - Mickey Rourke a travaillé avec les plus grands cinéastes, de Coppola à Cimino, en passant par Barbet Schroeder - puis affronte une terrible descente aux enfers dans les années 90. Enfin, comme le catcheur au fond du trou, il retourne à la boxe au prix de s’y retrouver défiguré, ruiné et abandonné de tous. Avec cet esprit de réflexibilité, Mickey Rourke et Darren Aronofsky créent une composition de toutes pièces, convaincus à traquer ensemble l’expression de l’innocence vivace de Randy dans son armure de plomb, un homme qui assume les coups au sens propre comme au figuré, en toute conscience de brûler ses dernières cartouches : l'effroi qui traverse "The Wrestler" s’apparente ainsi à un véritable uppercut.
Olivier Bombarda
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