De Keisuke Kinoshita(1958, Japon, 1h38)
Avec Kinuyo Tanaka, Teiji Takahashi…
Un DVD MK2
Synopsis : Isolé dans les montagnes, un petit village menacé par le manque constant de nourriture s’est contraint à observer des règles strictes qui permettent sa survie, notamment le départ, dès 70 ans, des membres de la communauté vers la montagne de Narayama, où ils iront mourir. Grand-mère Orin approche de l’âge fatidique, contente de mener à bien sa destinée, mais Tatsuhei son fils aîné, déjà veuf, ne peut se résoudre à la perdre. Kesakichi par contre, le cadet dont la petite amie est enceinte, se réjouit : il y aura bientôt une bouche de moins à nourrir…
Critique : L’occasion est enfin donnée de découvrir la première adaptation à l’écran du roman de Shichirô Fukazawa, réalisée dans la foulée de la parution de l’ouvrage en 1956 et un temps disponible en VHS. Pour Keisuke Kinoshita, un des grands maîtres avec Ozu du studio de la Shoshiku, le décor d’inspiration théâtrale et la mise en scène de cinéma se conjuguent au lieu de s’opposer. Le style Kabuki et la permanence de l’accompagnement musical au Shamisen, sorte de luth japonais, se raccordent à la pudeur du ton, loin d’une quelconque gêne occasionnée par l’artificialité. Kinoshita privilégie incontestablement la dimension intimiste et douloureuse de la relation entre Tatsuhei et sa mère, là où la version célèbre de Shohei Imamura, réalisée en 1983 et auréolée de la Palme d’Or à Cannes, observe de manière plus globale et presque entomologique les rites communautaires et le cycle des saisons, favorisés par un tournage en extérieurs. Moins paillard, Kinoshita n’en demeure pas moins aussi dur qu’Imamura. Quand ce dernier ausculte la dimension charnelle du récit, dans sa bestialité ou son état putride, la filiation au Kabuki chez Kinoshita jumelle le visage déformé d’Orin (qui mutile sa dentition afin de légitimer son départ à la montagne, alors qu’elle est en bonne santé) à celui d’un spectre, figure essentielle de la culture japonaise. Rien de passéiste pourtant, le récit par tableaux en toiles peintes aura accompagné tout le cinéma moderne japonais, de « Kwaidan » de Masahiro Kobayashi (1965) au plus récent « Rêves » d’Akira Kurosawa (1990). Mais le pragmatisme exacerbé de la seconde version entame un dialogue passionnant avec la spiritualité de la première, là où Orin semble presque hébétée par la perspective de son voyage vers la mort et le respect de la tradition, quand Tatsuhei est carrément halluciné par les émois dramatiques d’une piété filiale qu’il ne peut réfréner.
Les Bonus : Le critique Charles Tesson commente plusieurs scènes du film, pour expliquer de façon détaillée le rôle du Kabuki, le jeu des lumières et des ombres. A l’opposé du besoin obsessif et prépondérant chez Imamura, qu’il soit alimentaire ou sexuel, Kinoshita se référait à la peinture sur rouleaux et à l’architecture japonaise en panneaux coulissants, d’où son usage du travelling latéral. Il trouvait d’ailleurs « pornographique » la version de son successeur. Tesson s’entretient aussi avec le cinéaste Kiju Yoshida, une figure essentielle du cinéma moderne des années 1960 et 1970, qui fut l’assistant de Kinoshita. Peu enclin au cérémonial, Yoshida évoque une relation chaleureuse et surprenante. Admis à la Shochiku grâce à une chance inouïe qui lui permit de réussir un concours particulièrement difficile, le jeune Yoshida se trouva face au maître Kinoshita, pour lui glisser qu’il ne connaissait absolument rien à son travail, sans tout de même lui avouer combien il n’a réalisé que bien plus tard la valeur de ses films, d’abord assimilés par le jeune turc à un équivalent nippon du cinéma de papa.
Julien Welter
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La Ballade de Narayama
De Keisuke Kinoshita
(1958, Japon, 1h38)
Avec Kinuyo Tanaka, Teiji Takahashi…
Un DVD MK2
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La plus ancienne et la plus spirituelle des deux versions du roman de Shichirô Fukazawa.
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