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Mercredi 19 mai 2004 à 22.40 - 07/05/04

La Ballade de Narayama

Synopsis : Au Japon, en 1860. Lorsqu'un habitant de la région de Shinshu, province montagnarde et reculée, a atteint l'âge de 70 ans, il doit se rendre au sommet de Narayama la montagne aux Chênes, pour y attendre la mort. Vivant parmi les villageois, il prend en effet la place d'un être productif ou d'un nouveau-né, une situation qui n’est pas tenable pour l’équilibre de cette communauté subsistant avec difficulté de l’agriculture dans une contrée particulièrement rude. Tatsuhei, veuf et père de deux enfants, se rend compte que cette année, il devra se rendre à Narayama pour y accompagner Orin, sa mère, qui a atteint l’âge fatidique.

Critique : Tout comme « Dersou Ouzala » contribua au retour d’Akira Kurosawa, « La Ballade de Narayama », Palme d’Or à Cannes en 1983, a permis à Sohei Imamura de revenir sur le devant de la scène, lui qui, comme le réalisateur de « Kagemusha », avait connu une série de graves échecs commerciaux durant les années 1970 qui l’avaient quasiment contraint à l’inactivité ou à un travail pour la télévision. Violemment sarcastique et marqué par une exubérance sans cesse portée à ses limites, le cinéma d’Imamura ne devait a priori pas s’orienter sur « La Ballade de Narayama », un roman dont une première adaptation fut tournée dans les années 1950, avec une sobriété relative à ce récit articulé autour des thèmes du sacrifice et de l’abnégation.
Pourtant, si la version d’Imamura se concentre effectivement sur la logique du rituel, substituant la balancier immuable des saisons qui régulent la vie de ces paysans du Japon médiéval à cette règle ancienne et indiscutée qui veut que tout nouveau septuagénaire accomplisse le pèlerinage vers la montagne de Narayama pour y passer le reste de son existence, la verve iconoclaste et féroce du cinéaste se révèle intacte.
Souvent restreint à la paillardise avec laquelle est appréhendé le monde médiéval, qu’il soit oriental ou occidental, l’intérêt de Shohei Imamura, auteur de films comme « La Vengeance est à moi », qui faisait état d’une violence quasi anarchique, se porte plutôt sur la manière dont se manifestent les codes sociaux, lorsqu’ils sont comme ici débarrassés d’un voile citadin et feutré. Peuplée de paysans dépenaillés, la communauté que dépeint Imamura est pourtant remarquablement bien organisée, et sa sauvagerie ne semble poussée que dans la mesure où elle n’est pas ornée du raffinement japonais tel que se l’imagine toujours le spectateur occidental. De la même manière, le rite de la déportation à Narayama ne semble éprouvant qu’au sensible et tourmenté Tatsuhei, son regard se substituant alors à celui du public dans la découverte et l’acceptation des codes brutaux de cette société.
D’ailleurs, comparés à certains films précédents d’Imamura, d’une forme remuante et presque expérimentale comme « La Femme insecte » (1965), « La Ballade de Narayama » est une œuvre où la violence des situations n’est pas relayée par un montage paroxystique, mais se fond de manière naturelle dans le paysage et l’alternance du cycle des saisons. Ce qui se présente d’abord comme un rite barbare devient, sous l’œil équivoque d’Imamura et sa propension à une interprétation multiple, un condensé de civilisation, perché dans un petit village de montagne. C’est sans doute cette universalité qui contribua au renom du film, ainsi qu’à celui des œuvres suivantes d’Imamura où, en évoquant des sujets pourtant liés à l‘histoire japonaise (la bombe atomique avec « Pluie noire » en 1989 et « Docteur Kanzo » en 1998), le cinéaste questionnait plus généralement un état du monde moderne.

Julien Welter
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La Ballade de Narayama
De Shohei Imamura
(Japon, 1893 2h10)
Avec Takejo Aki, Tonpei Hidari, Ken Ogata, Sumiko Sakamoto

Palme d'or Cannes 1983
Sur ARTE le Mercredi 19 mai 2004 à 22.40



Edité le : 06-05-04
Dernière mise à jour le : 07-05-04